22 Mai 2025
Mission: Impossible - The Final Reckoning // De Christopher McQuarrie. Avec Tom Cruise, Hayley Atwell, Simon Pegg et Esai Morales.
Quand une saga vieille de près de trente ans annonce son grand final, il est difficile de ne pas y aller avec une attente un peu gonflée par les souvenirs, la nostalgie, et l’idée que tout va se jouer ici, une fois pour toutes. Mission: Impossible – The Final Reckoning promettait beaucoup : une clôture spectaculaire, un adieu à un personnage devenu iconique et, bien sûr, de nouvelles cascades à faire trembler les salles de cinéma. Le résultat ? Un film généreux en action mais inégal dans son équilibre. Impossible d’aborder ce film sans parler de Tom Cruise. À 62 ans, il reste le cœur battant de la franchise. Toujours prêt à s’impliquer physiquement, il réalise encore ses cascades sans doublure apparente, dans l’eau glacée comme dans les airs.
Nos vies sont la somme de nos choix. Tom Cruise est Ethan Hunt dans Mission: Impossible – The Final Reckoning.
Une performance physique remarquable, sans aucun doute, qui démontre une forme d'engagement rarement vue à Hollywood. Pourtant, cette omniprésence finit aussi par étouffer un peu le reste. Le film devient par moments un écrin trop centré sur son acteur principal, laissant peu d’espace à ceux qui l’entourent. Les amateurs de sensations fortes seront servis. Le film aligne les séquences spectaculaires : plongées en eaux profondes dans un décor arctique, poursuites aériennes, infiltration dans des installations ultramodernes… tout est conçu pour impressionner. La scène en petit avion, notamment, sort du lot par sa tension et sa mise en scène millimétrée.
C’est du cinéma d’action à l’ancienne, en grande partie tourné en prise de vue réelle, ce qui apporte un cachet indéniable. Mais à force de multiplier les moments chocs, l’effet d’usure finit par apparaître. L’intensité ne faiblit presque jamais, et paradoxalement, cela crée une forme de lassitude. À force de vouloir constamment repousser les limites, le film finit par manquer de respiration. Et quand les enjeux personnels tentent de se frayer un chemin au milieu de cette avalanche d’action, ils ont du mal à prendre. Le scénario tente de raccrocher les wagons avec les épisodes précédents, et de donner du sens à l’ensemble de la saga.
Cela donne lieu à quelques moments intéressants, notamment dans la façon dont certaines relations sont traitées ou refermées. Il y a un vrai effort pour faire le lien entre le passé et le présent, pour donner une résonance aux choix d’Ethan Hunt. Cependant, tout cela repose sur une intrigue qui peine à tenir la route sur près de trois heures. Le fameux "MacGuffin", cette menace à neutraliser, semble un peu générique, presque secondaire. L’intérêt repose surtout sur la dynamique entre les personnages, et c’est là que le bât blesse : les nouveaux venus n'ont pas le temps d’exister, tandis que les anciens peinent à renouveler leur partition. La mise en scène, signée Christopher McQuarrie, opte pour une approche plus brute que d’habitude.
L’image est moins lisse, les visages plus marqués, comme si le film voulait signifier que le temps a fait son œuvre, même chez les héros. Ethan Hunt n’est plus ce professionnel imperturbable ; il doute, il trébuche, et parfois, il chute vraiment. Cette volonté de montrer un héros plus vulnérable est louable, mais elle n’est pas toujours bien accompagnée dans l’écriture. Certaines scènes jouent la carte de l’émotion, mais tombent un peu à plat, soit parce qu’elles arrivent trop tard, soit parce qu’elles sont noyées dans un flot continu d’action. Il y a aussi cette impression d’un film qui veut dire adieu, tout en gardant une porte entrouverte, au cas où… Ce manque de clarté sur ses intentions alourdit un peu le ressenti final.
Le plus gros reproche que l’on pourrait adresser à The Final Reckoning, c’est sans doute son manque d’évolution. Depuis quelques volets, la franchise a trouvé une formule qui fonctionne : un héros solitaire, des scènes d’action hors norme, un humour discret mais présent, une menace mondiale abstraite. Ce film ne déroge pas à la règle, au point de donner l’impression d’un épisode de plus, plutôt que d’un véritable final. Les clins d'œil aux anciens films sont nombreux, et parfois bien amenés, mais ils soulignent aussi à quel point la saga a fini par se refermer sur elle-même. La surprise, l’inattendu, ce qui faisait le sel des premiers épisodes, s’efface ici derrière une mécanique bien huilée, mais sans vraie prise de risque.
Mission: Impossible – The Final Reckoning n’est pas un échec. C’est un film qui remplit son contrat sur le plan visuel, qui offre son lot de séquences mémorables et qui montre encore une fois que Tom Cruise est une bête de cinéma. Mais c’est aussi un film qui peine à surprendre, qui repose trop sur des recettes éprouvées, et dont la narration étirée finit par affaiblir la tension. Comme divertissement, le film fonctionne. Comme conclusion d’une saga mythique, il manque un peu de souffle, un peu de gravité, un peu d’audace. Il donne l’impression d’un chapitre de plus, au lieu d’un point final.
En sortant de la salle, difficile de ne pas admirer l’énergie déployée, mais aussi difficile de ne pas ressentir une forme de fatigue. Comme si, à force de repousser les limites, la saga avait oublié ce qui la rendait si prenante à ses débuts : l’ingéniosité, le mystère, et un héros qui n’avait pas besoin de sauter d’un avion pour captiver.
Note : 6/10. En bref, un film d’action qui nous en met plein la vue mais qui, par son histoire, échoue à livrer le « final » attendu. Je suppose d’ailleurs que Mission: Impossible – The Final Reckoning est vendu comme le dernier pour le marketing (suite à l’échec commercial du précédent film) et qu’en cas de succès, un 9ème volet verra le jour.
Sorti le 21 mai 2025 au cinéma
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