16 Novembre 2025
Opus // De Mark Anthony Green. Avec Ayo Edebiri, John Malkovich et Murray Bartlett.
Opus, premier long-métrage de Mark Anthony Green, commence comme un film qui vous happe dès les premières minutes, qui installe une ambiance, plante des décors intrigants, et suggère qu’un grand moment de cinéma est à veni. Une villa isolée dans le désert, des invités triés sur le volet, un pop-star iconique qui fait son grand retour après des décennies d’absence… Tous les ingrédients sont réunis pour une plongée captivante dans un thriller psychologique aux relents sectaires. Et pourtant, à mesure que le film avance, le doute s’installe, puis le film s’effondre doucement sur lui-même, victime de ses propres ambitions.
Le retour d'une pop star après une disparition de plusieurs décennies.
Le pitch de Opus est séduisant sur le papier : Alfred Moretti, légende de la musique recluse depuis trente ans, organise un week-end exclusif dans sa résidence ultra-sécurisée au beau milieu du désert. Objectif annoncé : dévoiler en avant-première son nouvel album. Pour l’occasion, quelques figures de l’industrie sont conviées, parmi lesquelles un rédacteur en chef égocentrique et sa jeune journaliste, Ariel (interprétée par Ayo Edebiri), qui voit là l’opportunité d’un article de fond. Très vite, les invités découvrent que le décor cache bien plus que des platines et des confidences : l’événement vire peu à peu à l’expérimentation sociale, voire au cauchemar ritualisé. L’univers sonore du film, centré autour des nouvelles compositions de Moretti, joue un rôle indéniable dans l’installation de l’atmosphère.
Les morceaux, bien qu’inégaux, sont utilisés intelligemment pour renforcer certaines séquences, et participent à ce sentiment étrange d’assister à un happening entre performance musicale, happening ésotérique et dîner mondain sous LSD. Parmi les rares éléments qui tiennent le cap jusqu’au bout, le jeu d’acteur mérite d’être souligné. Ayo Edebiri, en particulier, insuffle une réelle intensité à son personnage. Son regard souvent plus expressif que ses dialogues trahit à merveille la confusion, la peur et la détermination d’Ariel. John Malkovich, quant à lui, incarne un Moretti excentrique, théâtral et inquiétant, quelque part entre gourou new-age et rockstar sur le déclin.
Il campe son personnage avec une certaine jouissance, et même lorsque le scénario tangue, il reste une figure magnétique à l’écran. Nathan Lane Bartlett apporte quant à lui une touche d’ironie amère, incarnant un patron cynique et manipulateur, à la fois drôle et profondément antipathique. Mais au-delà de ce trio, les autres personnages souffrent d’un cruel manque de développement. Certains semblent n’avoir été écrits que pour remplir l’espace ou servir de chair à rebondissement. Là où Opus déçoit, c’est dans sa construction même. Le premier acte, bien que lent, parvient à poser une tension. Mais dès le deuxième acte, les enjeux montent en flèche de façon précipitée, sans que le spectateur ait eu le temps de se familiariser avec les dynamiques de groupe ou les intentions des personnages.
Le film passe brutalement d’un thriller atmosphérique à une sorte de fable grotesque sur la célébrité, sans transition maîtrisée. Le troisième acte, censé livrer les clés de l’intrigue, n’offre en réalité que des réponses confuses. Le scénario s’embourbe dans des scènes qui flirtent avec l’absurde sans que cela soit assumé pleinement. Le rythme s’emballe, les révélations tombent à plat, et l’impression que tout cela aurait pu être plus cohérent ne fait que grandir. Le réalisateur semble vouloir évoquer le culte de la personnalité, les dérives de l’industrie musicale, et la quête de sens dans un monde saturé d’images... Mais ces thématiques, pourtant riches, sont abordées de manière trop superficielle pour fonctionner. À vouloir brasser trop d’idées, Opus en oublie de raconter une histoire fluide et lisible.
Visuellement, Opus ne manque pas d’allure. Les décors désertiques, la villa à l’esthétique clinique, les costumes extravagants anachroniques de Moretti : tout concourt à créer un univers singulier. Certains plans, bien cadrés et éclairés avec soin, rappellent les productions soignées d’A24, le studio derrière le film. Malheureusement, derrière cette façade léchée, le contenu peine à suivre. Le recours à des effets volontairement « étranges » – dialogues cryptiques, comportements absurdes, scènes symboliques non expliquées – donne au film un vernis de mystère qui aurait pu fonctionner, si seulement tout cela servait un propos unifié.
Au lieu de cela, l’ensemble donne l’impression d’un collage de scènes inspirées par d’autres œuvres (on pense tour à tour à Midsommar, Get Out, ou encore The Menu), mais sans la force ni la cohérence de ses modèles. Opus fait partie de ces films frustrants, parce qu’ils partent d’une idée forte, d’un univers intrigant, et finissent par se prendre les pieds dans leur propre dispositif. Le réalisateur, dont c’est ici le premier long-métrage, montre un vrai sens du cadre et une volonté de proposer quelque chose de différent. Mais l’écriture manque encore de maturité, surtout dans sa manière de gérer les crescendos dramatiques et les points de bascule. Il est difficile de savoir si le film a été victime de son budget, de choix artistiques trop radicaux, ou d’un simple excès de confiance.
Ce qui est certain, c’est que malgré quelques scènes marquantes et une atmosphère globalement bien installée, Opus n’a pas su concrétiser son potentiel. L’intention était là, mais elle ne suffit pas à faire de ce film une œuvre aboutie. En somme, Opus laisse une impression d’inachevé. Il est toujours agréable de voir un film tenter quelque chose de différent, surtout lorsqu’il ose s’aventurer sur le terrain glissant de la satire sociale et du thriller psychologique. Mais ici, la tentative tourne court. Malgré de solides performances et une direction artistique soignée, le film s’enlise dans un récit décousu et des symboles vides de sens. Un film qui aurait pu être marquant, mais qui restera probablement comme une curiosité imparfaite dans le catalogue d’A24.
Note : 4/10. En bref, Opus laisse une impression d’inachevé. Il est toujours agréable de voir un film tenter quelque chose de différent, surtout lorsqu’il ose s’aventurer sur le terrain glissant de la satire sociale et du thriller psychologique. Mais ici, la tentative tourne court.
Sorti le 14 novembre 2025 directement en VOD
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