Critiques Séries : And Just Like That… Saison 3. Episode 2.

Critiques Séries : And Just Like That… Saison 3. Episode 2.

And Just Like That… // Saison 3. Episode 2. The Rat Race.

 

Quand une série installe confortablement ses personnages dans la durée, il arrive parfois que certains soient relégués en arrière-plan malgré un fort potentiel. Ce deuxième épisode de la saison 3 de And Just Like That… offre enfin à Seema l’espace qu’elle mérite, tout en poursuivant l’exploration douce-amère du lien encore fragile entre Carrie et Aidan. Et sans trop chercher à briller, l’épisode parvient à faire ce que j’attendais depuis longtemps : accorder de la place aux personnages secondaires tout en les confrontant à des dilemmes simples mais profondément humains. Seema n’a jamais été qu’un simple ajout au groupe. Elle a souvent servi de satellite autour de Carrie, réduite à l’archétype de l’amie sophistiquée, indépendante, avec une ligne de dialogue acérée ici et là. 

 

Cette fois, l’histoire la place au centre, non pas comme un accessoire narratif, mais comme une femme confrontée à une lassitude sentimentale qui semble résonner dans sa chair. Les scènes qui la montrent en train de découper méthodiquement des hommes lors de rendez-vous ratés trouvent un équilibre juste : elles évitent la caricature tout en reflétant l’humour froid que génère le désenchantement. Pas de pathos, mais une réalité : la séduction, passée un certain âge, ressemble davantage à un travail à mi-temps qu’à une aventure spontanée. Seema, loin d’être brisée ou amère, analyse les comportements masculins avec la précision d’une chirurgienne – et son constat est sans appel : les options sont rares, et le résultat est souvent médiocre.

Face à ce marasme, une nouvelle proposition s’impose : une rencontre arrangée par une entremetteuse professionnelle. Le simple fait que cette idée vienne de son entourage professionnel souligne à quel point l’amour est perçu ici comme un chantier à rationaliser. Mais ce qui aurait pu être une mécanique déjà vue se teinte d’un ton plus subtil grâce à la personnalité de Seema. Elle refuse d’emblée l’aide de la matchmakeuse avec une réplique cinglante qui évoque ses origines : pour elle, ce genre d’assistance est presque un sport national, orchestré par sa mère depuis l’adolescence. Mais la vraie surprise vient plus tard. Contre toute attente, la rencontre avec la matchmakeuse ne tourne pas au clash. 

 

Seema trouve en face d’elle une femme capable de décrypter ses postures et de lui faire entrevoir ce qu’elle dégage sans vraiment le vouloir. L’idée que ses vêtements pourraient envoyer des signaux de froideur ou d’agressivité visuelle heurte la fierté qu’elle tire de son style, mais elle accepte tout de même de jouer le jeu – un peu à reculons. Le résultat ? Une version édulcorée d’elle-même, perles au cou et palette pastel, pour un dîner avec un homme incapable de se taire assez longtemps pour la laisser respirer. Ce moment, visuellement troublant et émotionnellement inconfortable, souligne une vérité : jouer un rôle pour séduire ne garantit rien. Pire, cela efface ce qui pourrait justement attirer un partenaire vraiment compatible. 

La fin du rendez-vous remet les pendules à l’heure. Seema choisit de rester fidèle à son essence, quitte à rester seule. Pas en héroïne solitaire, mais en femme lucide. Parallèlement, Carrie semble naviguer dans une zone d’ombre émotionnelle. Le couple qu’elle forme avec Aidan continue de flotter dans un entre-deux étrange, oscillant entre désir de retrouvailles et rigueur d’un pacte imposé. L’épisode précédent avait installé une distance ambigüe entre eux, sous couvert de bonne volonté parentale de la part d’Aidan. Cette semaine, le flou persiste. L’un des fils conducteurs de cet épisode repose sur la manière dont Carrie tente de comprendre ce que signifie être « en relation » avec un homme à distance, avec des règles implicites jamais vraiment explicitées. La technologie n’aide pas. 

 

Les messages dictés à la voix sont souvent maladroits, source de confusion ou de gêne. Il est difficile de ne pas ressentir un léger malaise à chaque fois que Carrie s’en remet à ces outils numériques pour exprimer des émotions qui mériteraient des mots choisis avec soin. Heureusement, Aidan finit par revenir brièvement à New York, bousculant ses propres règles et créant un espace pour la discussion. Le dialogue qui s’en suit marque une progression rare dans leur dynamique. Carrie ose poser des questions claires : peut-elle lui parler à tout moment ? Y a-t-il des limites horaires ? Les deux arrivent à exprimer des attentes, à reconnaître que le plan initial n’était peut-être pas tenable. 

Ce genre de communication mature n’aurait jamais été possible dans leurs jeunes années. Mais cette éclaircie est de courte durée. Une incompréhension anodine – un simple emoji négatif en réponse à une photo de meuble – suffit à replonger Carrie dans l’incertitude. Elle hésite, doute, cogite pendant des jours. Le moindre geste prend une dimension symbolique. Et c’est précisément cette hésitation permanente, ce besoin de validation, qui rend son personnage encore touchant à ce stade de la série. Vers la fin de l’épisode, une nouvelle figure masculine fait son apparition. Un paysagiste vient réaménager l’espace vert de Carrie, récemment débarrassé de ses nuisibles. Sa présence a quelque chose de troublant. 

 

Sa gestuelle, son regard, même sa barbe, évoquent une version jeune d’Aidan. Il y a dans son approche une douceur décontractée, une attention silencieuse qui tranche avec les hésitations du compagnon actuel. Mais c’est moins lui que la scène elle-même qui mérite attention. Quand il lui demande ce qu’elle souhaite pour son jardin, Carrie est incapable de répondre. La phrase qu’elle finit par prononcer – “J’aimais tout comme c’était, et maintenant tout a disparu. Je ne sais pas ce qui vient après” – résonne bien au-delà du contexte. Le jardin devient métaphore. Il incarne la perte, la transformation, l’inconnu. Il serait tentant de lire cette scène comme une ouverture vers une nouvelle romance. 

Mais au-delà de cette possibilité, elle semble surtout représenter un instant d’introspection. Carrie ne sait plus ce qu’elle veut. Pas seulement dans son jardin, mais dans sa vie. Ce flottement, cette incapacité à projeter un avenir clair, c’est peut-être ce qui rend cette série encore pertinente. Ce qui émerge de cet épisode, c’est une impression de décalage générationnel, mais pas au sens classique. Il ne s’agit pas simplement de montrer des femmes vieillissantes. Il est plutôt question de montrer ce que signifie continuer à chercher – l’amour, le sens, la stabilité – quand les modèles d’hier ne s’appliquent plus vraiment. Le personnage de Miranda, ici moins central, illustre aussi cette idée. 

 

Son exploration de la sexualité lesbienne n’est pas présentée comme une rupture mais comme une continuité maladroite. Là encore, les faux pas sont fréquents, les attentes floues. Et même si la série joue avec un humour un peu facile (le concept de “hate dating” notamment), elle garde une honnêteté de ton. La solitude n’est pas un échec. L’essai, même raté, vaut d’être vécu. Ce deuxième épisode ne révolutionne rien. Il n’a pas besoin de le faire. Il propose quelque chose de plus discret : des personnages qui prennent le temps de se regarder, de s’interroger, de se heurter à leurs contradictions. La présence renforcée de Seema apporte une dynamique nouvelle et nécessaire. 

 

Et la relation entre Carrie et Aidan, même bancale, explore des zones émotionnelles rarement abordées à cet âge dans les fictions. La série n’est pas dans la performance. Elle ne cherche pas à tout prix à choquer ni à séduire. Elle se contente de poser des questions. Et dans ce paysage télévisuel saturé de certitudes, cette humilité fait du bien.

 

Note : 7/10. En bref, le fait que Seema ait (enfin) la place qu’elle mérite donne à cet épisode une allure intéressante. Cette saison 3 pourrait bien être ce que la série propose de mieux et c’est enfin une bonne nouvelle. 

Disponible sur max

 

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