Escort Boys (Saison 2, 6 épisodes) : entre dérive narrative et surenchère sexuelle

Escort Boys (Saison 2, 6 épisodes) : entre dérive narrative et surenchère sexuelle

La deuxième saison d’Escort Boys est arrivée sur Prime Video, et il m’a fallu un certain temps pour digérer les six épisodes avant de pouvoir mettre des mots sur ce que cette suite m’a fait ressentir. C’est une saison que j’attendais, car la première m’avait surpris : au-delà du concept un peu racoleur sur le papier – des hommes devenus escort boys pour sauver une exploitation familiale –, j’y avais trouvé un équilibre inattendu entre légèreté, sensualité et humanité. Ce n’est malheureusement plus le cas dans cette suite. Tout commence six mois après la fin de la première saison. Les quatre protagonistes pensaient pouvoir ranger les costumes de séducteurs tarifés et passer à autre chose. 

 

Un projet hôtelier lié à l’apiculture devait leur permettre de tourner la page. Mais la trahison d’une investisseuse change la donne, et les voilà obligés de replonger dans le monde de l’escorting pour éponger les dettes. Le point de départ reste cohérent, et je n’ai rien contre l’idée d’un retour forcé aux sources. Mais dès les premières scènes, quelque chose m’a semblé déplacé, voire artificiel. L’ambiance générale de cette saison est bien plus sombre. Et ce n’est pas nécessairement un problème en soi. L’évolution vers plus de drame peut enrichir une série, complexifier ses personnages. Mais ici, j’ai eu la sensation que cette noirceur ne servait pas toujours un propos clair. Elle s’installe comme un brouillard qui alourdit l’ensemble. 

 

Là où la première saison savait trouver des respirations, ici le ton est souvent étouffant. On assiste à des scènes qui, sur le papier, cherchent à explorer la vulnérabilité masculine, l’impuissance, le deuil ou encore la dépendance sexuelle. Ces thématiques sont fortes, mais leur traitement manque de cohérence. Parfois abordées avec justesse, elles sont trop souvent noyées dans un flot de séquences érotiques excessives qui finissent par gommer l’émotion. La série ne cache plus rien, ou presque. Là où la première saison jouait la carte de la suggestion, cette suite mise sur la frontalité. Le sexe est omniprésent, souvent chorégraphié avec soin, parfois filmé avec une vraie esthétique. 

 

Mais à force d’en montrer autant, de multiplier les scènes torrides sans toujours les inscrire dans une dynamique narrative, l’effet s’émousse. Ce n’est pas la nudité qui pose problème. C’est son omniprésence, et surtout sa répétition. L’orgie qui ouvre la saison donne le ton, mais elle n’a pas grand-chose à raconter. Elle sert davantage à choquer qu’à éclairer. Et c’est ce déséquilibre qui revient souvent : beaucoup d’exposition, peu de profondeur. Le sexe devient un outil mécanique, une distraction vide de sens. Ce qui m’avait touché dans la saison précédente, c’était la capacité des personnages à exister en dehors de leur statut d’escort. 

 

Leur humanité transparaissait, dans leurs maladresses, leurs espoirs, leurs relations parfois chaotiques. Cette fois-ci, j’ai eu du mal à retrouver cette complexité. Benjamin, Ludo, Mathias et Jérémy semblaient autrefois porter des contradictions intéressantes. Ici, leurs dilemmes sont effacés ou mal exploités. Même les scènes censées être émotionnellement fortes manquent de naturel. Certaines trajectoires frôlent la caricature. L’un devient accro au sexe, un autre cherche une vengeance sociale… Des idées en soi pas inintéressantes, mais mal développées, souvent plaquées sans vraie continuité avec ce qui a été construit auparavant.

 

Un autre point qui m’a frappé, c’est le traitement des personnages féminins. Ils sont nombreux à rejoindre la série cette saison : Clara Morgane, Josiane Balasko, Cristiana Reali, Margot Bancilhon... Sur le papier, ça donne envie. Mais à l’écran, rares sont celles qui parviennent à exister pleinement. Trop souvent, elles sont réduites à des archétypes : la cliente fantasmatique, la manipulatrice froide, la complice silencieuse. Clara Morgane, par exemple, a un rôle qui semblait prometteur, notamment par ses remarques incisives sur la gêne masculine face à certaines pratiques. Mais son personnage n’est qu’effleuré. Idem pour Balasko, qui hérite d’une scène aux intentions troubles, jamais vraiment assumées.

 

À plusieurs moments, j’ai senti que Escort Boys voulait dire quelque chose de plus large sur les rapports hommes/femmes, sur les normes viriles, sur la marchandisation du corps. Mais tout cela reste trop en surface. Les tentatives de satire sont noyées dans une esthétique trop appuyée, dans une narration qui privilégie le choc visuel à la finesse du propos. Un exemple marquant : cette scène où un personnage est censé prouver sa virilité en courant après une vachette. Difficile de savoir s’il s’agit d’une critique ironique des clichés masculins ou d’une célébration maladroite. Et c’est toute la série qui, souvent, semble hésiter entre dénoncer et rejouer les stéréotypes qu’elle prétend déconstruire.

 

Il faut tout de même reconnaître le soin apporté à la mise en scène. Ruben Alves, à la réalisation, continue de filmer les corps avec une certaine sensibilité. Certains cadrages, certaines lumières, donnent de la matière visuelle à une série qui en manque parfois au niveau narratif. Mais cette élégance formelle ne suffit pas à masquer le fond fragile. Le contraste entre l’image léchée et les dialogues trop souvent pauvres accentue même le malaise. Un peu comme si la forme ne croyait plus vraiment au fond. En refermant cette saison, je me suis demandé ce qu’Escort Boys voulait réellement être. Une comédie sexy ? Un drame social ? Une satire ? Une chronique du désir masculin ? 

 

Tout cela à la fois, peut-être. Mais cette deuxième saison peine à trouver une cohérence d’ensemble. Elle s’éparpille. Elle cherche l’effet, pas toujours le sens. Et surtout, elle a perdu une part essentielle de ce qui faisait son charme : l’humour. Celui qui permettait de prendre de la distance, de sourire malgré les situations absurdes. Ici, il a presque totalement disparu. Et sans lui, la série devient pesante, parfois morne, voire même un peu déprimante. Ce n’est jamais agréable d’écrire sur une déception. Surtout quand une série avait su me surprendre, créer un attachement. J’aurais aimé défendre cette saison 2, pointer ses audaces, saluer sa prise de risques. Mais il me faut être honnête : je n’y ai trouvé ni la légèreté de la première, ni la profondeur qu’elle semble vouloir atteindre.

 

L’évolution vers un ton plus grave aurait pu fonctionner, mais elle aurait mérité un travail plus fin sur les personnages, les dialogues, les arcs narratifs. À force de tout montrer, de tout pousser – sexe, drame, tension – la série finit par ne plus dire grand-chose. Est-ce que Escort Boys méritait une saison 3 si celle-ci n’était pas la dernière ? Difficile à dire. L’univers reste porteur, les thématiques abordées ont encore du potentiel. Mais il faudrait un vrai recentrage. Revenir à ce qui faisait battre le cœur de la série : des personnages imparfaits mais humains, des situations absurdes mais crédibles, une dose d’humour, et un regard sincère sur les rapports intimes. Il ne s’agirait pas de faire marche arrière, mais plutôt de retrouver une justesse perdue. 

 

Ce n’est pas la nudité qu’il faut cacher, mais l’excès de superficialité qu’il faudrait dépasser. La saison 2 d’Escort Boys m’a laissé une impression étrange, entre malaise et désintérêt. J’y ai vu une volonté de faire évoluer la série, de la rendre plus mature, plus intense. Mais à force de vouloir trop en faire, elle finit par se perdre. Le sexe devient un mécanisme, le drame un décor, les personnages des silhouettes. Ce que je retiens, c’est un rendez-vous manqué. Il reste des éléments à sauver, des intentions louables, quelques scènes réussies. Mais dans l’ensemble, cette saison ne m’a pas convaincu. Elle m’a même parfois mis mal à l’aise, non par ce qu’elle montre, mais par ce qu’elle ne parvient pas à dire clairement.

 

Note : 3/10. En bref, la saison 2 d’Escort Boys m’a laissé une impression étrange, entre malaise et désintérêt. J’y ai vu une volonté de faire évoluer la série, de la rendre plus mature, plus intense. Mais à force de vouloir trop en faire, elle finit par se perdre. 

Disponible sur Amazon Prime Video

Amazon Prime Video a annulé Escort Boys après 2 saisons. Les acteurs ont confirmés la fin de la série lors du lancement de la saison 2. 

 

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