Critique Ciné : 84 m2 (2025, Netflix)

Critique Ciné : 84 m2 (2025, Netflix)

84 m2 // De Kim Tae-Joon. Avec Ha-Neul Kang, Yum Hye-ran et Hyun-woo Seo.

 

84 m², thriller domestique signé Kim Tae-joon, est le genre de film parfait pour Netflix : un concept qui a du mal à tenir la longueur (comme Brick récemment sorti sur la plateforme). L'idée de départ est simple, presque anxiogène : un homme endetté, épuisé, s'offre enfin un appartement pour repartir à zéro… avant de découvrir que le cauchemar commence une fois les clés en main. Prometteur sur le papier, le film finit pourtant par s’écrouler sous le poids de ses ambitions mal digérées, laissant en bouche le goût amer d’un potentiel gâché. Le film s'ouvre sur une tension sourde, presque tangible. L’appartement tant convoité devient rapidement un espace d’enfermement. 

 

Un homme qui a tout investi dans un nouvel appartement découvre que ses quatre murs renferment des bruits dérangeants, des voisins hostiles et des secrets troublants.

 

Le personnage principal, interprété par Kang Ha-neul, découvre qu’au-delà des murs se cachent des voisins bruyants, agressifs, insupportables — et parfois tout simplement absurdes. Le bruit, ici, n’est pas qu’un élément de décor : c’est un poison, une métaphore filée du stress, de l’isolement urbain et de la fragilité mentale. Là-dessus, difficile de ne pas reconnaître une certaine efficacité dans la mise en scène. Le malaise s’installe lentement, mais sûrement. Le spectateur est pris dans une spirale sensorielle : grincements incessants, hurlements, disputes de palier… Un vrai théâtre du quotidien, jusqu’à ce que tout bascule dans l’invraisemblable. Le problème, c’est que 84 m² ne sait pas où il va. 

 

Après une première demi-heure plutôt convaincante, le récit explose dans toutes les directions. Un voisin soupçonné, un complot immobilier fumeux, une sous-intrigue autour de la cryptomonnaie, des conflits absurdes entre résidents, et même quelques scènes de violence quasi gratuites. Résultat : l’intrigue se dilue dans un brouhaha narratif difficile à suivre — et, pire encore, à prendre au sérieux. Ce qui aurait pu être un huis clos suffocant sur la paranoïa contemporaine devient rapidement une sorte de collage improbable d’idées non abouties. Les tentatives de rebondissements s’enchaînent sans véritable logique. Le personnage principal, pourtant bien campé au départ, sombre dans une caricature de victime impuissante, multipliant les décisions incohérentes. 

 

On finit par ne plus s’intéresser à son sort tant il devient frustrant de le voir répéter les mêmes erreurs. La durée du film — près de deux heures — n’aide en rien. À vouloir étirer artificiellement son propos, 84 m² finit par lasser. Les scènes se ressemblent, les dialogues s’embourbent, les confrontations sont souvent absurdes. À plusieurs reprises, j’ai eu cette impression étrange : celle de voir un film qui ne sait plus comment se terminer, qui continue juste… parce qu’il faut bien tenir jusqu’au générique. Même les moments de tension, parfois bien amenés, finissent par perdre leur impact à force de répétition. Le spectateur est ballotté entre l’agacement et le désintérêt, attendant une résolution qui tarde à venir — ou qui, lorsqu’elle arrive enfin, ne tient pas ses promesses.

 

L’un des aspects les plus frustrants reste le traitement des personnages secondaires. Introduits en fanfare, avec quelques traits de caractère intrigants, ils disparaissent souvent aussi vite qu’ils sont apparus. Certains laissent entrevoir des enjeux intéressants (la voisine trop amicale, le propriétaire fuyant, le concierge omniprésent), mais aucun n’est réellement exploité. À la place, le scénario préfère empiler les situations absurdes sans jamais prendre le temps de les creuser. C’est d’autant plus dommage que la distribution n’est pas en cause. Kang Ha-neul porte son rôle avec conviction, même quand celui-ci finit par tourner à vide. 

 

Yeom Hye-ran et Seo Hyun-woo, bien que relégués à l’arrière-plan, livrent des performances solides. Mais un bon casting ne suffit pas à sauver un script qui part dans tous les sens. D’un point de vue purement technique, il faut reconnaître que 84 m² tient la route. Les décors sont soignés, la photographie accentue habilement l’ambiance oppressante, et certains choix de mise en scène traduisent une vraie volonté de styliser le malaise. Le travail sonore est particulièrement efficace : c’est bien par le bruit que le film happe le spectateur au départ. Mais là encore, cette réussite formelle ne suffit pas. Une fois passée l’installation du décor, le film s’abandonne à un rythme bancal, à une narration trop floue. 

 

Visuellement cohérent, 84 m² finit par tourner en rond. Il crée du stress, certes, mais sans véritable trajectoire. On finit par s’habituer à l’oppression, comme le personnage s’habitue à ses voisins dérangés : on endure, sans plus vraiment y croire. C’est dans son dernier acte que 84 m² atteint ses limites les plus criantes. Le film, qui flirtait déjà avec l’absurde, s’enfonce dans des rebondissements difficilement crédibles. Les enjeux deviennent flous, les personnages agissent sans logique, et le final — censé être cathartique — tombe à plat. L’idée d’un climax psychologique ou d’un basculement tragique était séduisante. Ce qu’on obtient à la place tient davantage du mauvais rêve mal monté que de la conclusion saisissante.

 

Certains spectateurs y verront peut-être une critique sociale sur l’isolement, le poids de la propriété, ou les dérives d’un système capitaliste… mais encore faut-il que le film assume son discours. Ici, les pistes sont ouvertes, mais jamais réellement suivies. Tout reste en surface. 84 m² avait de quoi intriguer. Le pitch, minimaliste mais chargé de tension, laissait espérer un thriller urbain original, une plongée dans la folie quotidienne du voisinage et des murs trop fins. Mais en s’éparpillant sans maîtrise, le film finit par se trahir lui-même. Trop long, trop confus, trop bruyant — dans tous les sens du terme — il laisse surtout une sensation de frustration.

 

Ce n’est pas un désastre complet : quelques séquences fonctionnent, la photographie est soignée, et le film tente réellement de sortir des sentiers battus. Mais entre les cris omniprésents, les incohérences scénaristiques, et un protagoniste qu’on finit par ne plus supporter, difficile de sortir indemne de cette expérience. Un appartement peut vite devenir une prison. Encore faut-il que le film qui en parle ne ressemble pas à une cellule sans sortie.

 

Note : 4/10. En bref, quelques séquences fonctionnent, la photographie est soignée, et le film tente réellement de sortir des sentiers battus, mais entre les cris omniprésents, les incohérences scénaristiques, et un protagoniste qu’on finit par ne plus supporter, difficile de sortir indemne de cette expérience.

Sorti le 18 juillet 2025 directement sur Netflix

 

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