22 Juillet 2025
Il m’arrive souvent de rester patient face aux séries qui prennent leur temps pour installer leurs bases. J’accepte les détours, les lenteurs narratives, les digressions parfois confuses, tant que l’ensemble promet une cohérence globale, un fil rouge solide. Mais après avoir terminé la saison 2 de Foundation, j’ai eu du mal à ne pas ressentir une certaine frustration. Pas forcément liée au contenu en lui-même, mais à ce que cette adaptation semble vouloir être… sans réellement y parvenir. Dès les premiers épisodes de cette deuxième saison, j’ai compris que la trajectoire prise par la série allait s’éloigner encore davantage des enjeux installés au départ.
Là où la première saison jonglait déjà avec les lignes temporelles et les angles narratifs pas toujours fluides, celle-ci accentue encore cet effet kaléidoscopique. Trois arcs principaux, entremêlés à travers un montage parfois maladroit : l’effritement de l’Empire, l’expansion chaotique de la Fondation, et le périple métaphysique du trio Hari, Gaal et Salvor. Chacun semble évoluer dans une bulle narrative autonome, et le lien entre eux manque souvent de clarté. Ce n’est pas tant la densité du récit qui me gêne. Ce qui coince, c’est la sensation permanente que l’histoire se dilue dans des scènes accessoires, comme si elle peinait à hiérarchiser ses priorités. Trop de digressions. Trop de personnages secondaires qui peinent à trouver une vraie utilité. Trop de tensions émotionnelles forcées. Et au final, pas assez de respiration.
La série mise beaucoup sur ses sauts temporels pour accentuer son ampleur. Sur le papier, l’idée n’est pas mauvaise. Mais dans les faits, le résultat est souvent confus. L’alternance entre les crises présentes et les visions d’un avenir encore plus lointain crée un sentiment d’éparpillement. Le spectateur n’a pas le temps de s’attacher aux événements en cours qu’on lui impose déjà un regard sur une autre époque, avec d’autres enjeux, d’autres menaces. Ce traitement donne parfois l’impression que tout se vaut, qu’aucun événement n’a réellement plus d’importance qu’un autre. Or, dans un récit aussi vaste, l’ancrage est fondamental. Et quand on n’arrive pas à créer ce lien, même les moments de tension les mieux réalisés perdent de leur force.
S’il y a bien un aspect de cette saison qui m’a accroché, c’est celui de l’Empire. Les dynamiques entre les différents clones de Cléon — Frère Aurore, Frère Jour, Frère Crépuscule — ont une complexité qui intrigue. Ce sont des personnages imparfaits, guidés par leurs contradictions, fragilisés par leurs doutes. Et c’est justement cette humanité progressive, cette fissure dans leur façade génétique, qui rend leur arc captivant. Mais même ici, quelque chose m’a manqué. Le fil rouge semblait prometteur, surtout avec la remise en cause du système de reproduction clonée. Mais l’ensemble finit par se perdre dans des sous-intrigues romantiques pas toujours bien amenées, et des retournements de situation qui tombent parfois comme un cheveu sur la soupe.
L’idée de remplacer l’héritage génétique par une descendance naturelle avait du potentiel, mais la manière dont c’est exploité m’a semblé bâclée dans les derniers épisodes. Autre problème récurrent : les protagonistes principaux, notamment Gaal et Salvor, donnent parfois l’impression d’avoir été conçus pour coller à une idée plutôt qu’à une progression logique. Leur lien, censé être fort et déterminant pour l’avenir de la Fondation, ne parvient pas à m’émouvoir. Trop de dialogues explicatifs, trop de scènes où les personnages ne font qu’expliquer leurs motivations plutôt que les vivre. Gaal, en particulier, semble osciller entre deux tonalités : tantôt figure prophétique, tantôt personnage tourmenté, sans que l’une ou l’autre ne trouve une vraie résonance.
Quant à Salvor, son destin dans le dernier épisode m’a paru précipité, presque mécanique, comme si son parcours devait absolument se clore à ce moment précis, indépendamment de toute logique émotionnelle. Le trio formé avec Hari Seldon peine aussi à convaincre. Ce dernier, pourtant central à l’intrigue, est relégué à un rôle de mentor numérique parfois presque décoratif. Ce n’est pas la présence qui manque, mais l’impact. Un des écueils majeurs de cette saison, à mes yeux, reste cette manie de surcharger chaque épisode. Trop de concepts, trop de pistes, trop d’enjeux à moitié développés. Entre le Mulet introduit sans véritable contexte, les mentalistes dotés de pouvoirs qui n’ont jamais vraiment trouvé leur place, et la religion transformée en outil de prosélytisme scientifique, il devient difficile de savoir où se situe le cœur du récit.
L’idée de la psycho-histoire, censée être le fondement même de la série, s’efface progressivement derrière des arcs individuels qui semblent en contradiction avec son principe de base. La série choisit de se concentrer sur des "élus", des êtres dotés de dons particuliers, là où la force de l’idée originelle réside justement dans la masse, la statistique, l’impersonnalité. À partir de là, toute la logique de l’univers mis en place commence à se fissurer. Ce qui me frappe aussi, c’est ce glissement progressif de la série vers une forme de space opera plus conventionnelle. Les duels, les romances, les trahisons de palais, les rebondissements façon feuilleton… Tout cela s’éloigne du questionnement politique et scientifique auquel j’aurais aimé que la série consacre plus de temps.
L’univers, pourtant dense et complexe, se retrouve parfois réduit à un décor pour des affrontements émotionnels souvent artificiels. Des personnages comme Hober Mallow, censés injecter un peu d’énergie et de légèreté, sont caricaturaux. Leur humour tombe souvent à plat, et leur rôle finit par alourdir une narration déjà complexe. Il faut reconnaître que visuellement, la série reste impressionnante. Les décors, les costumes, les effets spéciaux, tout respire le soin et l’investissement. Certaines scènes ont une vraie puissance esthétique, notamment dans les environnements impériaux ou les séquences spatiales. Mais cette maîtrise visuelle ne suffit pas à masquer les faiblesses structurelles du récit. Elle ne fait que renforcer le contraste entre l’enveloppe et le contenu. Un peu comme une vitrine somptueuse pour un plat mal assaisonné.
La musique de Bear McCreary accompagne bien les moments clés. Il y a une certaine cohérence sonore dans les séquences importantes, notamment celles autour de l’Empire. Mais là aussi, l’émotion ne prend pas toujours. Peut-être parce que la narration elle-même ne laisse pas suffisamment de place aux silences, aux moments d’introspection. Tout semble devoir avancer, expliquer, justifier. Ce qui me dérange le plus, en fin de compte, c’est ce sentiment persistant que Foundation pourrait être bien plus que ce qu’elle est. La matière est là. Les enjeux aussi. Mais la manière dont ils sont abordés manque de direction. On sent que la série hésite constamment entre respecter un héritage et s’en affranchir, entre viser un public exigeant et séduire un public large.
Au lieu de choisir une voie claire, elle tente de tout concilier… au risque de ne rien vraiment réussir. Alors que la saison 3 est actuellement en cours de diffusion à l’heure où j’écris ces lignes, je m’interroge : vers quoi veut aller cette série ? Est-ce qu’elle va enfin assumer une direction ? Est-ce qu’elle va affiner ses arcs narratifs, faire des choix plus affirmés ? Ou bien va-t-elle continuer à empiler les intrigues, les personnages, les idées, jusqu’à s’effondrer sous son propre poids ? Je reste curieux, mais sans enthousiasme. J’attendrai de voir ce que la suite proposera, sans trop d’attentes. Parce que parfois, c’est justement l’attente d’un miracle narratif qui empêche de voir ce que la série propose réellement : un divertissement ambitieux, certes, mais désordonné.
La saison 2 de Foundation est un curieux mélange de promesses inabouties, de décors somptueux et de constructions narratives boiteuses. Ce n’est pas une mauvaise série, ni même une série ennuyeuse. Mais c’est une série qui ne sait pas toujours ce qu’elle veut raconter, ni comment le faire. Ceux qui recherchent un space opera visuellement abouti y trouveront peut-être leur compte. Ceux qui espéraient un récit plus structuré, plus intellectuel ou plus subtil risquent de rester sur leur faim. J’aurais aimé être plus impliqué, mais trop de décisions m’ont sorti du récit. Reste à voir si la saison 3 parviendra à réconcilier ambition et clarté.
Note : 5.5/10. En bref, la saison 2 de Foundation est un curieux mélange de promesses inabouties, de décors somptueux et de constructions narratives boiteuses.
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