Critique Ciné : Jurassic World: Renaissance (2025)

Critique Ciné : Jurassic World: Renaissance (2025)

Jurassic World: Renaissance // De Gareth Edwards. Avec Scarlett Johansson, Jonathan Bailey et Mahershala Ali.

 

Depuis sa naissance en 1993 sous la houlette de Steven Spielberg, la saga Jurassic Park n’a cessé d’évoluer, passant de l’émerveillement pur à la surenchère spectaculaire. Avec Jurassic World : Renaissance, Gareth Edwards propose une nouvelle lecture du mythe, abandonnant (en partie) les excès des derniers volets pour tenter de renouer avec l’esprit d’aventure originel. Mais malgré quelques réussites visuelles et thématiques, le film peine à convaincre pleinement. L’intention est claire dès les premières minutes : tourner le dos au blockbuster tapageur pour retrouver une tension plus organique, un souffle d’aventure plus humain. David Koepp, scénariste du premier film, est de retour à l’écriture, et cela se ressent par moments. 

 

Cinq ans après JURASSIC WORLD : LE MONDE D’APRÈS, l’environnement de la planète s’est révélé hostile pour la plupart des dinosaures. Ceux qui subsistent vivent dans des zones équatoriales isolées, aux conditions proches de celles de leur ère d’origine. Parmi ces créatures terrifiantes, trois spécimens renferment peut-être la clé d’un remède capable de changer le destin de l’humanité.

 

Le film parvient, surtout dans son premier tiers, à recréer ce mélange de surprise et de danger qui faisait la force de Jurassic Park. Certaines scènes, bien rythmées, marient humour et action avec efficacité. La photographie soignée et l’utilisation maîtrisée des effets spéciaux ajoutent une touche de crédibilité bienvenue. Malheureusement, cette réussite est rapidement éclipsée par les limites d’un scénario qui s’égare. L’intrigue repose sur une quête ADN pour prolonger la vie humaine à partir de dinosaures, une idée à la fois tirée par les cheveux et déconnectée de toute logique scientifique. Comment croire un instant qu’on puisse augmenter l’espérance de vie en utilisant des espèces dont la longévité est bien inférieure à celle de l’homme ?

 

Les facilités scénaristiques s’accumulent et les incohérences surgissent à mesure que l’histoire progresse. Certaines décisions des personnages frisent l’absurde. On retient notamment cette adolescente qui traverse sans sourciller devant un T-Rex pour atteindre un canoë gonflable, ou encore cette autre scène où un personnage hésite interminablement à ouvrir une grille face à un prédateur gigantesque. Ces moments cassent l’immersion et rappellent les travers des précédents opus. Le casting, totalement renouvelé, offre des performances inégales. Jonathan Bailey tire son épingle du jeu grâce à son charisme discret, tandis que Scarlett Johansson, pourtant habituée des blockbusters, semble peu convaincue par son propre rôle. 

 

Sa tendance à afficher un sourire mal contenu dans des situations de danger nuit à la crédibilité de son personnage. L’ajout d’une cellule familiale paraît artificiel, un simple prétexte pour calquer la dynamique du film original sans y apporter de véritable profondeur émotionnelle. Visuellement, Jurassic World : Renaissance s’en sort mieux que ses prédécesseurs. Les dinosaures, bien que majoritairement conçus en CGI, bénéficient d’une belle intégration à l’image et d’une direction artistique soignée. On retrouve avec plaisir quelques animatroniques qui apportent une matérialité bienvenue aux créatures. La musique, en revanche, peine à marquer les esprits. Le film adopte un ton plus sombre, presque désenchanté. 

 

Edwards filme avec lenteur et retenue, posant une atmosphère oppressante qui évoque davantage un thriller de survie qu’un pur film d’aventure. Ce choix pourra séduire ceux qui ont été lassés par l’escalade spectaculaire des épisodes précédents, mais risque aussi de laisser de côté une partie du public familial, habitué à des rythmes plus soutenus. Malgré tout, Jurassic World : Renaissance n’échappe pas à certaines erreurs récurrentes de la franchise. Les créatures hybrides, censées renouveler le bestiaire, peinent à s’imposer. Le pseudo T-Rex final, sorte de croisement improbable évoquant davantage un monstre de film catastrophe qu’un dinosaure, ne laisse pas un souvenir impérissable. 

 

De même, les scènes d’action manquent souvent d’impact, affaiblies par une surabondance de CGI qui rend le danger abstrait. Il est également difficile d’ignorer la dépendance excessive aux références au premier Jurassic Park. Les clins d’œil se succèdent : plans iconiques recréés, musique discrètement citée, personnages qui répètent des gestes ou des dialogues similaires. Plutôt que d’enrichir l’univers, ces rappels finissent par l’enfermer dans une nostalgie un peu stérile. Pourtant, certaines idées fonctionnent. Le choix de mettre en scène un monde où les humains ne sont plus au sommet de la chaîne alimentaire, mais simplement des survivants dans un écosystème détraqué, offre un angle intéressant. 

 

Le film touche, par moments, à une réflexion plus large sur la place de l’homme dans la nature, sur son arrogance et ses limites. Ces instants, bien que trop rares, rappellent ce qui faisait la puissance thématique du film de Spielberg. En résumé, Jurassic World : Renaissance est un opus qui souffle le chaud et le froid. Visuellement séduisant, il tente de renouer avec les fondamentaux de la saga sans jamais totalement y parvenir. L’ambiance plus sombre et le retour à un récit d’aventure sont appréciables, mais le scénario bancal, les facilités d’écriture et des personnages inégaux empêchent le film de s’élever au niveau espéré. 

 

Pas désagréable à suivre, mais loin d’être mémorable, ce nouvel épisode illustre une fois de plus la difficulté de faire revivre un mythe sans tomber dans les pièges du recyclage et du fan service. Le voyage vaut peut-être le détour pour les amateurs de dinosaures et de spectacle visuel, mais ceux qui espèrent retrouver l’émerveillement du Jurassic Park originel risquent de rester sur leur faim.

 

Note : 6/10. En bref, Jurassic World : Renaissance est un opus qui souffle le chaud et le froid. Visuellement séduisant, il tente de renouer avec les fondamentaux de la saga sans jamais totalement y parvenir. L’ambiance plus sombre et le retour à un récit d’aventure sont appréciables, mais le scénario bancal, les facilités d’écriture et des personnages inégaux empêchent le film de s’élever au niveau espéré. 

Sorti le 4 juillet 2025 au cinéma

 

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