Critique Ciné : Complètement footus (2025, Netflix)

Critique Ciné : Complètement footus (2025, Netflix)

Complètement footus // De Alessio Maria Federici. Avec Caterina Guzzanti, Giacomo Ferrara et Enrico Borello.

 

Avec Complètement footus, Alessio Maria Federici propose une immersion dans un groupe d’amis qui partagent une passion commune : le fantasy football. Sur le papier, l’idée est prometteuse. Elle permet d’interroger la manière dont un jeu virtuel peut s’immiscer dans les relations réelles et influencer des choix de vie. Dans les faits, j’ai trouvé le film souvent bancal, oscillant entre comédie de potes et enquête à demi assumée, sans parvenir à exploiter tout le potentiel de son sujet. Le point de départ est pourtant intrigant. Gianni, interprété par Enrico Borello, disparaît brutalement juste avant son mariage avec Bianca (Francesca Agostini). 

 

Lorsqu'un membre de leur ligue de fantasy football disparaît le jour de son mariage, un groupe hétéroclite d'amis raconte les préparatifs de son enterrement de vie de garçon chaotique.

 

Sa disparition est d’autant plus étrange qu’elle coïncide avec la grande finale de la ligue de fantasy football à laquelle il appartient, un rendez-vous qu’il n’aurait pour rien au monde manqué. L’événement prend des allures de mystère : s’agit-il d’un accident, d’un choix personnel ou d’un crime ? C’est son ami Simone (Giacomo Ferrara), témoin privilégié de cette bande de passionnés, qui va progressivement dérouler les fils d’une histoire où la frontière entre camaraderie et rivalité devient trouble. Dès les premières scènes, le film met en avant l’énergie de ce groupe de trentenaires qui refusent de grandir. Leurs disputes à propos de points, de scores et de joueurs rappellent davantage des chamailleries adolescentes que des débats entre adultes. 

 

Cette immaturité est censée nourrir le comique de situation, mais elle finit souvent par tourner en rond. L’humour potache, parfois vulgaire, se répète et s’essouffle rapidement. À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression d’assister à des conversations d’initiés, où l’obsession pour le fantasy football prend toute la place sans que le film ne fasse vraiment l’effort d’expliquer de quoi il s’agit. Pour quelqu’un qui connaît vaguement les règles mais ne pratique pas, suivre ces disputes devient vite lassant. Ce qui aurait pu donner un regard critique sur l’addiction au jeu se réduit finalement à des clichés. Les personnages, au lieu d’être complexes, se limitent chacun à un seul trait caricatural : l’ami marié dépassé par ses responsabilités, l’éternel célibataire maladroit, celui qui vit encore chez ses parents… 

 

Cette simplification empêche toute véritable identification. Même si Giacomo Ferrara parvient à insuffler une certaine nervosité attachante à Simone, l’écriture des dialogues ne lui donne pas assez de matière pour dépasser le registre de la comédie facile. Pourtant, il y a des éléments qui m’ont retenu. L’idée de montrer comment un jeu collectif devient un miroir des comportements dans la vie réelle avait du potentiel. Le parallèle entre la gestion d’une équipe fictive et la gestion d’une vie d’adulte est une piste intéressante. Derrière les blagues et les chamailleries, il y a une réflexion sous-jacente sur la loyauté, l’amitié et la peur de vieillir. Mais ces thèmes restent esquissés. 

 

Le film préfère enchaîner les gags et les situations absurdes plutôt que de creuser ses personnages. J’en suis ressorti avec le sentiment que Complètement footus se refusait à prendre le risque d’aller plus loin que le simple divertissement. Le côté enquête, censé dynamiser l’intrigue, manque également d’impact. Le mystère autour de Gianni aurait pu apporter une tension dramatique, mais il est traité de manière secondaire, presque comme une excuse pour relier les différentes scènes de comédie. La juge interprétée par Caterina Guzzanti, censée servir de point d’ancrage rationnel dans ce chaos, ne parvient pas non plus à donner de profondeur à l’histoire. 

 

Ses interventions amènent un peu de recul, mais elles restent trop anecdotiques pour marquer véritablement. Visuellement, le film ne brille pas non plus par une identité forte. La mise en scène se contente d’accompagner les dialogues sans chercher à créer une atmosphère particulière. L’impression qui domine est celle d’une production calibrée pour être consommée rapidement sur une plateforme de streaming, sans grand effort esthétique. Cela ne rend pas le visionnage désagréable, mais cela contribue à cette sensation d’un produit léger et vite oublié. Là où j’ai trouvé un peu d’intérêt, c’est dans certains moments où la bande laisse tomber son obsession pour le jeu pour révéler, l’espace d’un instant, ses failles humaines. 

 

Nicola, par exemple, marié et tiraillé entre ses obligations familiales et ses amitiés, incarne brièvement une contradiction que beaucoup peuvent reconnaître. Mais ces moments sont trop rares et vite noyés dans un humour qui privilégie l’excès au détriment de la justesse. Le plus frustrant reste le potentiel gâché. Complètement footus avait entre les mains un sujet qui pouvait interroger l’obsession contemporaine pour les univers virtuels et leur influence sur les liens sociaux. Le choix de mélanger comédie de potes et enquête autour d’une disparition était séduisant sur le papier. Malheureusement, le résultat manque de cohérence et de profondeur. J’ai ri par moments, j’ai souri devant certaines absurdités, mais je n’ai jamais été vraiment captivé.

 

Au final, Complètement footus se regarde comme une distraction légère, sans plus. Ceux qui aiment le fantasy football y trouveront sans doute davantage de clins d’œil amusants, mais pour un spectateur extérieur, l’expérience reste limitée. La durée relativement courte évite l’ennui total, mais je n’ai pas terminé le film avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre marquante. En somme, le film illustre bien les limites d’une comédie de groupe quand elle ne parvient pas à dépasser ses propres clichés. Derrière ses blagues et ses situations loufoques, il aurait pu se cacher une réflexion sincère sur l’amitié, le temps qui passe et la difficulté à devenir adulte. Mais ce potentiel demeure en arrière-plan, esquissé sans être pleinement exploité.

 

Note : 4.5/10. En bref, Complètement footus se regarde comme une distraction légère, sans plus. Ceux qui aiment le fantasy football y trouveront sans doute davantage de clins d’œil amusants, mais pour un spectateur extérieur, l’expérience reste limitée. 

Sorti le 27 août 2025 directement sur Netflix 

 

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