Critique Ciné : I Don’t Understand You (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : I Don’t Understand You (2025, direct to SVOD)

I Don’t Understand You // De David Joseph Craig et Brian William Crano. Avec Nick Kroll, Andrew Rannells, Morgan Spector.

 

Parler d’un film comme I Don’t Understand You est une drôle d’expérience, presque contradictoire. Sur le papier, l’idée avait tout pour séduire : une comédie noire au cœur de l’Italie, un couple gay en quête d’adoption, un mélange de bouffonneries, de malentendus linguistiques et de touches horrifiques. Le duo de réalisateurs Brian Crano et Daniel Joseph Craig tente de bousculer les codes du genre, en installant une intrigue à la croisée des genres, entre le drame intime, la farce sanglante et la romance contrariée. Pourtant, ce qui aurait pu être une petite pépite d’absurde se transforme rapidement en objet bancal, ni drôle, ni effrayant, et parfois même agaçant.

 

Des homosexuels attendent que la mère de ce qu'ils espèrent être leur enfant accouche pendant qu'ils font un voyage en Italie.

 

L’histoire démarre avec Cole et Dom, interprétés par Andrew Rannells et Nick Kroll, un couple new-yorkais qui, après dix ans de démarches, est sur le point d’adopter un enfant. L’événement coïncide avec leur anniversaire de mariage qu’ils décident de célébrer en Italie. Ce choix de décor n’est pas anodin : les paysages méditerranéens, magnifiquement filmés, servent de contraste ironique aux événements sanglants qui vont suivre. Très vite, les choses basculent. Un dîner dans un restaurant isolé met le couple face à un quiproquo fatal. De fil en aiguille, les morts s’accumulent, souvent par accident, parfois par pure bêtise. 

 

Le titre du film prend alors tout son sens : I Don’t Understand You ne renvoie pas seulement aux malentendus linguistiques entre Américains et Italiens, mais aussi à l’incapacité totale des protagonistes à faire preuve de logique. Chaque erreur en entraîne une autre, jusqu’à plonger l’intrigue dans une spirale meurtrière presque cartoonesque. Là où le bât blesse, c’est dans le registre comique. Le scénario veut faire sourire en jouant sur les maladresses, les réactions paniquées et les meurtres absurdes. Mais le rire peine à surgir. La mécanique est lourde, parfois trop appuyée, et les dialogues manquent d’étincelle. La complicité entre Rannells et Kroll fonctionne par moments, mais jamais au point de créer un vrai rythme comique. 

 

L’impression est celle d’un film qui veut arracher le rire par l’exagération, mais qui ne parvient qu’à provoquer des soupirs. Le film est vendu comme une comédie horrifique, mais les amateurs du genre risquent de rester sur leur faim. Certes, le sang jaillit et quelques scènes de carnage rappellent des références cultes comme Tucker & Dale vs. Evil. Pourtant, tout paraît édulcoré, comme si les réalisateurs hésitaient à plonger franchement dans l’excès gore. Résultat : les meurtres sont parfois drôlement chorégraphiés, mais ne laissent ni malaise, ni frisson durable. La deuxième partie du film s’aventure davantage dans le terrain horrifique, mais il est déjà trop tard. 

 

Le spectateur a eu le temps de se lasser, et l’escalade sanglante finit par ressembler à une parodie de parodie. Les choix d’interprétation n’aident pas. Andrew Rannells et Nick Kroll incarnent un couple attachant sur le papier, mais la caricature prend vite le dessus. L’un panique constamment, l’autre joue les stratèges maladroits, et les deux se retrouvent prisonniers d’un schéma répétitif. À aucun moment, leurs dilemmes ne semblent crédibles. Même leurs crimes, censés être accidentels au départ, deviennent tellement grotesques qu’ils perdent toute dimension morale. Amanda Seyfried, dont la présence aurait pu dynamiser le récit, se retrouve dans un rôle secondaire anecdotique. 

 

Sa ligne narrative, autour d’une adoption, est traitée de manière expéditive. Si un élément mérite d’être retenu, c’est l’utilisation des décors italiens. Les villages pittoresques, la campagne ensoleillée et la mer scintillante composent un cadre visuel séduisant. Le contraste entre la beauté du lieu et la bêtise des protagonistes crée par moments un décalage intéressant. Mais encore une fois, cette richesse visuelle n’est jamais exploitée pleinement. L’Italie reste un décor de carte postale, sans profondeur. La fin mérite d’être mentionnée tant elle déstabilise. Plusieurs années s’écoulent sans qu’aucune logique narrative ne justifie ce saut temporel. Les héros, pourtant responsables de plusieurs meurtres, s’en sortent indemnes et accèdent à la vie de famille qu’ils désiraient. 

 

Dans le même temps, des personnages secondaires sont arrêtés, comme si l’intrigue avait choisi au hasard ses victimes expiatoires. Cette conclusion donne l’impression d’un récit qui refuse d’assumer ses propres excès, et qui préfère offrir une échappatoire facile à ses personnages principaux. En terminant le film, une question persiste : que voulaient raconter Brian Crano et Daniel Joseph Craig ? Le film semble osciller entre une farce absurde assumée et une critique plus acide des privilèges, mais il ne choisit jamais son camp. Résultat : l’histoire s’éparpille, les intentions se brouillent, et le spectateur finit par ne plus savoir sur quel ton aborder ce qui se déroule sous ses yeux. Le plus frustrant reste sans doute le potentiel gâché. 

 

Avec une base pareille — un couple gay américain qui, à cause d’un enchaînement absurde de malentendus, se retrouve entraîné dans une spirale meurtrière en Italie —, il y avait matière à un film culte. Malheureusement, l’écriture hésitante, l’humour poussif et la mise en scène tiède transforment cette promesse en déception. I Don’t Understand You aurait pu devenir une comédie noire jubilatoire, un croisement entre le burlesque et le macabre, dans la lignée des grands classiques du genre. Mais le film reste bloqué entre ses intentions et sa réalisation. Ni véritable satire, ni vrai film d’horreur, ni romance convaincante, il laisse derrière lui une impression d’inachevé.

 

A la fin, j’ai le sentiment d’avoir assisté à une succession de maladresses, parfois divertissantes, souvent agaçantes, et au final sans grand impact. Reste le charme des décors italiens, quelques éclats de jeu d’acteurs, et l’idée d’une intrigue qui aurait mérité une tout autre écriture. Mais pour ce qui est d’une comédie horrifique réussie, la promesse reste lettre morte.

 

Note : 4/10. En bref, I Don’t Understand You aurait pu devenir une comédie noire jubilatoire mais le film reste bloqué entre ses intentions et sa réalisation. Ni véritable satire, ni vrai film d’horreur, ni romance convaincante, il laisse derrière lui une impression d’inachevé.

Prochainement en France en SVOD

 

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