Critique Ciné : La Guerre des Rose (2025)

Critique Ciné : La Guerre des Rose (2025)

La Guerre des Rose // De Jay Roach. Avec Olivia Colman, Benedict Cumberbatch et Andy Samberg.

 

Adapter à nouveau La Guerre des Rose était un pari risqué. Le roman de Warren Adler avait déjà trouvé sa place dans la mémoire collective grâce au film culte de 1989, réalisé par Danny DeVito, avec Michael Douglas et Kathleen Turner. Revenir aujourd’hui sur cette histoire d’un couple qui se déchire pouvait sembler inutile, surtout à l’ère des remakes et des relectures à la chaîne. Pourtant, Jay Roach a choisi de s’y atteler, confiant les rôles principaux à Olivia Colman et Benedict Cumberbatch. Deux acteurs d’exception, certes, mais suffisent-ils à faire renaître une tragédie conjugale qui avait déjà marqué son époque ?

 

Ivy et Theo forment un couple parfait à qui tout réussit : des carrières couronnées de succès, un mariage épanoui, des enfants formidables... Mais sous les apparences de cette vie idéale, une tempête se prépare… Alors que la carrière de Theo s’écroule et que celle d’Ivy décolle, leurs ressentiments et leur rivalité jusque-là étouffés vont bientôt exploser.

 

Le résultat laisse une impression contrastée. Le film réussit par moments à se hisser au niveau d’un véritable drame domestique, mais il peine à trouver sa voix entre héritage assumé et relecture contemporaine. Ivy et Theo Rose forment au départ l’image idéale : maison impeccable, carrière brillante, enfants bien éduqués, dîners mondains millimétrés. Tout est à sa place, jusqu’au moment où un déséquilibre s’installe. Dans cette nouvelle version, la modernité s’exprime par une inversion des rôles : Ivy est celle qui grimpe l’échelle professionnelle, pendant que Theo assure le quotidien familial. 

 

Une idée intéressante, qui aurait pu apporter une véritable réflexion sur la place de chacun dans le couple, mais qui reste exploitée de manière trop superficielle. Très vite, l’harmonie se fissure. Les gestes banals deviennent sources de rancune, les phrases anodines se transforment en coups de couteau. Le film s’installe dans cet espace fragile où le quotidien devient un champ de bataille, où la tendresse se mue en mépris. Ce n’est pas un affrontement spectaculaire mais une guerre d’usure, insidieuse, où chaque silence pèse plus lourd qu’une explosion de violence. Jay Roach, habitué à jongler entre comédie et satire sociale, filme la maison des Rose comme une cage dorée. 

 

Les pièces immenses paraissent vides, presque glaciales, et les longs couloirs accentuent le sentiment d’isolement des personnages. La guerre ne se déploie pas par des gestes spectaculaires mais par une lente corrosion : une porte qui claque, un dîner qui vire au règlement de comptes, une conversation banale qui s’envenime. Le problème est que cette mise en scène trop sage finit par affaiblir la charge corrosive du récit. Là où l’original avançait résolument vers le chaos, cette relecture préfère la retenue. Le spectateur assiste à une série de scènes où le malaise s’installe progressivement, mais sans jamais exploser de façon pleinement cathartique. 

 

La tension existe, mais elle se délite souvent dans des longueurs qui étirent l’intrigue inutilement. Si le film tient debout, c’est grâce à son duo d’acteurs. Olivia Colman apporte une profondeur saisissante à Ivy : tour à tour maternelle, glaciale, ambitieuse et vulnérable. Son regard seul suffit à faire basculer une scène dans l’inconfort. Face à elle, Benedict Cumberbatch incarne un Theo blessé dans son orgueil, dont la virilité vacille au rythme de sa mise à l’écart. Il jongle entre sarcasme, amertume et désespoir, offrant une performance qui reflète parfaitement la déliquescence d’un homme incapable d’accepter son rôle secondaire.

 

Leur affrontement devient alors un ballet cruel, presque chorégraphié, où chaque réplique se transforme en projectile. Malheureusement, la mécanique du film finit parfois par écraser leur intensité, tant la réalisation hésite entre satire, drame et comédie. Autour de ce duo central gravitent des personnages secondaires interprétés par Andy Samberg, Kate McKinnon ou encore Ncuti Gatwa. Leur présence apporte une dose d’humour décalé, parfois bienvenue, parfois mal intégrée. Ces respirations comiques créent un contrepoint au drame conjugal, mais elles soulignent aussi une difficulté du film : son incapacité à choisir clairement son registre.

 

En tentant de mélanger ironie et gravité, Roach produit un objet hybride, qui amuse par moments mais laisse un goût amer. Le spectateur rit, certes, mais c’est souvent un rire gêné, presque coupable, tant la cruauté du couple Rose est palpable. Là où l’original transformait la satire conjugale en jeu de massacre jubilatoire, ce remake peine à assumer cette radicalité. La Guerre des Rose version 2025 préfère suggérer plutôt que montrer, et finit par édulcorer son propos. Le dernier acte, qui devrait incarner l’apogée du chaos, se révèle étonnamment timide. La promesse d’une descente aux enfers se résume à une série de joutes verbales bien écrites mais répétitives.

 

Cette retenue prive le film de son potentiel corrosif. Car au fond, la force du récit réside dans sa capacité à démasquer les faux-semblants de la vie conjugale, à montrer comment une façade trop parfaite cache une haine latente. En se refusant à aller jusqu’au bout de ce constat, Roach livre une œuvre qui reste coincée entre la comédie satirique et le drame psychologique, sans jamais pleinement embrasser l’un ou l’autre. Il faut aussi souligner le poids encombrant de l’original. Danny DeVito avait trouvé le ton juste entre comédie noire et tragédie domestique, offrant une véritable autopsie du couple bourgeois. En comparaison, cette nouvelle version semble trop lisse, presque polie, comme si elle craignait de choquer ou de froisser.

 

Le film se distingue tout de même par une réflexion plus contemporaine sur les rapports de pouvoir au sein du couple, en inversant les rôles traditionnels. Mais cette modernité reste davantage un détail de mise en contexte qu’un moteur narratif. En sortant de La Guerre des Rose, il reste un mélange d’admiration pour la performance des acteurs et de frustration devant le manque d’audace de la réalisation. Le film capte bien l’idée que l’amour ne disparaît pas dans une explosion spectaculaire, mais qu’il s’érode, se désagrège, jusqu’à ne laisser que de la rancune. Pourtant, cette lente corrosion aurait mérité un traitement plus incisif, plus tranchant.

 

Au lieu de cela, le film donne parfois l’impression d’un exercice de style, bien interprété mais mécaniquement écrit. La promesse d’une comédie noire s’étiole au fil des minutes, remplacée par un drame domestique convenu. La Guerre des Rose version Jay Roach n’est ni un échec complet ni une réussite éclatante. C’est un film qui vit à travers son duo central, Olivia Colman et Benedict Cumberbatch, mais qui reste prisonnier d’une mise en scène trop sage et d’un héritage trop lourd. Cette nouvelle adaptation n’apporte finalement qu’un éclairage partiel sur une histoire déjà racontée avec plus de mordant il y a trente-cinq ans.

 

Reste un constat universel, qui traverse toutes les versions : derrière chaque couple parfait, il existe toujours la possibilité d’une guerre intime, silencieuse ou brutale. Ici, elle prend la forme d’un spectacle élégant mais inabouti, qui laisse au spectateur le goût amer d’un rire étouffé.

 

Note : 4.5/10. En bref, La Guerre des Rose version Jay Roach est un film qui vit à travers son duo central, Olivia Colman et Benedict Cumberbatch, mais qui reste prisonnier d’une mise en scène trop sage et d’un héritage trop lourd. 

Sorti le 27 août 2025 au cinéma

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