Critique Ciné : The Other (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Other (2025, direct to SVOD)

The Other // De Paul Etheredge. Avec Olivia Macklin, Dylan McTee et Shawnee Smith.

 

Le cinéma d’horreur a toujours aimé se nourrir des failles intimes : le couple qui s’effrite, la famille qui cache un secret, l’enfant dont le silence trouble plus que les cris. The Other s’inscrit dans cette tradition, mais il choisit de le faire par un biais singulier, en plaçant au cœur de son récit une enfant muette, Kathelia, recueillie par un couple brisé par les échecs successifs de leurs grossesses. En tant que spectateur, je m’attendais à un film calibré pour les amateurs de frissons faciles, mais j’ai trouvé une œuvre qui tente autre chose, au risque de désarçonner. Le point de départ est simple : Robin (Olivia Macklin) et Daniel (Dylan McTee) forment un couple marqué par la douleur. 

 

Un couple accueille un "orphelin muet". Cependant, l'enfant a subi un traumatique passé qui va hanter la famille.

 

Après avoir perdu plusieurs enfants, ils décident d’ouvrir leur foyer à une fillette orpheline. Kathelia (Avangeline Friedlander) arrive dans ce cadre suburbain, silencieuse, avec un passé lourd qui précède sa réputation. Très vite, quelque chose cloche. Son mutisme intrigue, inquiète, dérange. Mais le malaise ne naît pas uniquement de l’enfant : il se nourrit des failles de ceux qui l’accueillent. Ce qui m’a frappé, c’est la façon dont le film aborde la question du silence. Kathelia ne parle pas, mais elle observe. Son regard, chargé d’une intensité troublante, finit par devenir plus expressif que n’importe quel dialogue. Avangeline Friedlander, quasi inconnue, réussit à imposer une présence physique impressionnante pour une actrice aussi jeune. 

 

C’est sans doute l’un des éléments qui m’a le plus accroché : la conviction qu’au-delà de ce mutisme, quelque chose cherche à s’exprimer, mais par des voies autres que la parole. Le scénario de Paul Etheredge joue sur l’ambiguïté : faut-il voir dans Kathelia une victime marquée par un traumatisme, ou la figure centrale d’une malédiction qui dépasse les adultes censés la protéger ? L’écriture n’offre pas de réponses immédiates et choisit au contraire d’installer une lente montée de tension. Cette progression pourra frustrer certains spectateurs en quête d’un déluge de jump scares, mais j’ai trouvé que cette retenue donnait une vraie épaisseur au récit.

 

La mise en scène s’attarde sur des détails quotidiens, parfois anodins, qui prennent un sens oppressant. Un jouet déplacé, un reflet dans un miroir, un silence qui s’éternise : le film construit son horreur sur des interstices, avant de basculer dans un registre plus frontal lors du dernier acte. Et c’est précisément ce contraste entre l’ordinaire et le macabre qui rend le final si perturbant. La deuxième partie du film m’a particulièrement marqué. Jusqu’alors sceptique, j’ai senti un véritable basculement émotionnel. Les personnages prennent chair, les enjeux s’éclaircissent, et l’histoire cesse d’être seulement celle d’une famille en crise pour devenir une exploration de la peur de l’Autre. 

 

Le choix du titre, The Other, s’avère d’ailleurs pertinent : il évoque autant l’enfant étrangère que le monstre intérieur qui sommeille chez chacun. L’un des aspects les plus intéressants du film, à mes yeux, réside dans son traitement des thématiques de l’adoption, du deuil et de la maternité contrariée. Robin, interprétée par Olivia Macklin, se révèle être une figure complexe, parfois égoïste, parfois touchante, souvent contradictoire. Ses réactions face à Kathelia oscillent entre la compassion sincère et une forme de rejet presque viscéral. Il m’a semblé que le film cherchait ici à montrer combien la parentalité – surtout lorsqu’elle naît dans le manque et la douleur – peut devenir un terrain fertile pour la peur.

 

Cependant, The Other n’est pas exempt de faiblesses. L’absence totale de réflexion autour des moyens de communication alternatifs pour une enfant muette m’a semblé invraisemblable. Personne ne songe à lui proposer la langue des signes ou un simple tableau de communication, alors que son mutisme est connu depuis longtemps. Ce détail, en apparence anodin, m’a sorti du film à plusieurs reprises, tant il décrédibilise la logique des personnages. Dans un récit où chaque élément compte, cette omission pèse. Visuellement, le film m’a séduit par ses effets pratiques et son usage du corps comme vecteur d’horreur. Certaines séquences flirtent avec le body horror, et même si elles ne plairont pas à tous, elles participent à cette atmosphère de malaise persistant. 

 

Paul Etheredge mise moins sur le spectaculaire que sur le tangible, et cela fonctionne. On ressent la matière, la chair, la douleur physique, ce qui renforce l’impact des scènes les plus violentes. Du côté du casting, Dylan McTee offre une performance solide en mari dépassé, même si son personnage reste un peu trop en retrait. Olivia Macklin, elle, assume un rôle difficile, parfois agaçant par son caractère, mais dont la complexité fait sens au fil du récit. Quant à Friedlander, son interprétation silencieuse restera probablement la véritable signature du film. La dernière partie divise. Pour certains, elle apparaît comme un déchaînement brutal, presque gratuit. Pour ma part, j’y ai vu l’aboutissement logique de la tension accumulée. Ce déferlement sanglant, en contraste avec la lenteur initiale, agit comme une catharsis. 

 

C’est dans ce chaos final que The Other dévoile sa véritable nature : un film qui parle moins de fantômes que des blessures invisibles que chacun transporte. En sortant de la salle, je me suis interrogé sur la réception de ce film. Les spectateurs attirés par l’idée d’un récit horrifique classique risquent de rester sur leur faim, trouvant le rythme trop lent et les personnages trop imparfaits pour s’y attacher. Mais ceux qui acceptent cette lente dérive vers l’horreur trouveront matière à réflexion, bien après le générique. The Other n’est pas un film parfait. Il manque parfois de cohérence, il étire certaines scènes au risque de perdre en intensité, et il néglige des aspects pratiques qui auraient renforcé la crédibilité de son univers. 

 

Pourtant, il possède une atmosphère, une étrangeté persistante, qui continue de travailler la mémoire du spectateur. C’est ce genre de film qui ne séduit pas immédiatement, mais qui laisse derrière lui une empreinte sourde, comme un rêve dont on ne parvient pas à se défaire. Je vois dans The Other une tentative audacieuse, imparfaite, mais sincère. Paul Etheredge propose une vision dérangeante de la famille et du lien parental, tout en construisant une œuvre où l’horreur s’insinue lentement, avant d’exploser. Le film interroge autant qu’il effraie, et c’est probablement là sa véritable force.

 

Note : 6/10. En bref, Je vois dans The Other une tentative audacieuse, imparfaite, mais sincère. Paul Etheredge propose une vision dérangeante de la famille et du lien parental, tout en construisant une œuvre où l’horreur s’insinue lentement, avant d’exploser

Prochainement en France en SVOD

 

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