Critique Ciné : The Summer Book (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Summer Book (2025, direct to SVOD)

The Summer Book // De Charlie McDowell. Avec Glenn Close, Anders Danielsen Lie et Ingvar Sigurðsson.

 

Adapter un roman aussi singulier que The Summer Book de Tove Jansson représentait un pari risqué. Charlie McDowell, épaulé par le scénariste Robert Jones, a choisi d’en tirer un film intime, centré sur la relation entre une enfant et sa grand-mère, sur fond de deuil et d’étés finlandais. Le résultat, bien que sincère et porté par un casting solide, laisse un sentiment partagé, oscillant entre poésie fragile et occasion manquée. L’histoire suit Sophia (Emily Matthews), une fillette d’une dizaine d’années qui vient de perdre sa mère. Son père (Anders Danielsen Lie), illustrateur plongé dans ses propres tourments, peine à renouer avec elle. 

 

Une jeune fille et sa grand-mère passent un été sur une petite île vierge du golfe de Finlande.

 

C’est donc la grand-mère, incarnée par Glenn Close, qui prend une place centrale, mêlant fantaisie et lucidité face à la fin de sa propre vie. Ensemble, ils passent l’été sur une petite île du golfe de Finlande, décor aussi immuable que mélancolique. Ce trio forme le cœur du film. Glenn Close, dans un registre contenu, offre une interprétation marquée par une sagesse non dénuée de malice. Emily Matthews surprend par sa justesse, donnant à Sophia un mélange d’innocence et de rébellion enfantine. Anders Danielsen Lie, lui, reste en retrait, comme si son personnage n’avait jamais eu la matière nécessaire pour exister pleinement. 

 

Cette répartition déséquilibrée accentue l’impression d’un récit centré sur deux générations, laissant la figure paternelle à l’arrière-plan. Le film prend son temps. McDowell privilégie les silences, les respirations, la contemplation de la nature. Le vent, les vagues, les oiseaux deviennent presque des personnages à part entière. Ce parti-pris a son charme, mais il frôle parfois l’atonie. Certaines scènes donnent l’impression de flotter sans but, comme si le récit hésitait à choisir une direction. La simplicité recherchée tourne alors en vacuité, et la douceur se transforme en inertie. La photographie, censée sublimer les paysages du golfe de Finlande, aurait pu rattraper cette absence de rythme. Pourtant, malgré quelques plans évocateurs, l’ensemble reste curieusement fade. 

 

Le choix d’un style nostalgique et adouci atténue la force visuelle que l’on pouvait espérer. Le cadre naturel, pourtant somptueux, semble étouffé par une mise en scène trop prudente. Ce manque d’éclat visuel pèse d’autant plus que le récit repose justement sur la force de ses atmosphères. Pourtant, certaines scènes réussissent à capter une émotion brute. Lorsque Sophia interroge sa grand-mère sur la mort, ou lorsqu’elle exprime sa peur d’être délaissée par son père, le film atteint une vérité désarmante. Ces moments, simples mais puissants, rappellent ce qu’il aurait pu être s’il avait assumé davantage ses élans de sincérité. Le choix d’un rythme contemplatif rapproche The Summer Book d’un cinéma plus méditatif que narratif. 

 

Cela peut séduire ceux qui recherchent une œuvre apaisée, une parenthèse hors du tumulte. Mais cela risque aussi de laisser une partie du public sur le bord du chemin, frustrée par l’absence d’évolution dramatique marquée. À force d’éviter les grands gestes, le film finit par manquer d’impact. La musique de Hania Rani accompagne discrètement cette atmosphère feutrée. Ses compositions aériennes, légères comme des gouttes sur l’eau, soutiennent l’intention poétique du projet. Elles s’accordent parfaitement à la tonalité du film, même si, là encore, elles ne suffisent pas à combler l’impression de légèreté excessive. En filigrane, le film pose pourtant des questions essentielles : comment un enfant perçoit-il la perte ? Comment transmettre, à travers des gestes du quotidien, la force de continuer à avancer ? 

 

Glenn Close incarne ce rôle de passeuse avec finesse, apportant autant de fermeté que de tendresse. C’est elle qui incarne la colonne vertébrale émotionnelle de l’histoire. Sa présence justifie à elle seule le visionnage, tant elle réussit à insuffler une vérité humaine à chaque échange avec Emily Matthews. Mais au-delà de ces performances, il manque à The Summer Book une profondeur que son matériau d’origine laissait espérer. Le roman de Jansson, œuvre culte de la littérature nordique, est traversé de mélancolie et de sagesse discrète. Le film, en revanche, n’en retient qu’une partie, laissant de côté la densité émotionnelle et philosophique du texte. 

 

On en sort avec le sentiment d’avoir vu une esquisse, une version édulcorée d’une œuvre qui aurait pu toucher plus fort. En somme, The Summer Book est un film à la fois fragile et frustrant. Fragile, parce qu’il capte par instants la beauté de l’éphémère et des relations intergénérationnelles. Frustrant, parce qu’il n’ose pas creuser au-delà de cette surface délicate, laissant son spectateur dans une douce torpeur qui finit par devenir fadeur. Il reste néanmoins une œuvre sincère, qui ne cherche pas à forcer l’émotion mais à la laisser émerger d’elle-même. Cette approche peut séduire par sa pudeur, mais elle demande une patience que tout le monde n’aura pas. 

 

En ce sens, le film reflète peut-être la philosophie de la nature qu’il filme : un cycle lent, apaisé, qui se contemple plus qu’il ne se raconte. A la fin du film, l’impression dominante est celle d’un film mineur, dont la délicatesse ne suffit pas à masquer les failles. Glenn Close et Emily Matthews forment un duo touchant, mais l’ensemble reste en deçà de ce que l’on pouvait attendre. 

 

Note : 5/10. En bref, The Summer Book est doux, parfois émouvant, mais trop discret pour laisser une empreinte durable.

Prochainement en France en SVOD

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