Oh, Otto! (Saison 1, 7 épisodes) : une immersion discrète et déroutante dans la quête d’un soi fragile

Oh, Otto! (Saison 1, 7 épisodes) : une immersion discrète et déroutante dans la quête d’un soi fragile

Le hasard m’a récemment fait croiser la route d’Oh, Otto!, une série belge que je ne connaissais que de nom grâce à sa sélection à Canneseries, diffusée sur Streamz. Composée de sept épisodes d’environ 25 minutes chacun, cette première saison s’est laissée approcher presque sans prévenir, en évitant les grands effets d’annonce. Pourtant, au fil des épisodes, quelque chose de plus subtil s’est installé. Ce n’est ni une comédie pure ni un drame pesant. C’est un peu des deux, sans jamais vraiment trancher. C’est ce flou, justement, qui m’a accroché. Otto, jeune homme de 26 ans, traverse un moment de bascule. Il n’y a pas de catastrophe soudaine, pas de cri de rupture ou de trauma spectaculaire. 

 

Lorsque son premier amour Boris le largue et que sa meilleure amie Lente déménage, Otto décide de remplir son cœur en multipliant les brèves histoires d’amour en ligne et de chercher sa place au sein de la communauté queer animée de Bruxelles.

 

Ce sont deux départs qui l’ébranlent : celui de son compagnon, Boris, et celui de sa meilleure amie, Lente. Des absences, donc. Et dans ce vide, Otto vacille. Ce qui frappe d’abord, c’est l’extrême retenue du personnage. Il est là, dans presque chaque plan, mais il semble parfois ailleurs, enfermé dans un silence intérieur. Psychologue de métier, il est plus observateur qu’acteur de sa propre vie. Il avance dans les rues de Bruxelles comme dans une ville dont il ne possède pas tout à fait les codes. La série ne cherche pas à forcer son évolution. Elle le suit, dans ses tâtonnements, ses maladresses, ses silences. Otto n’est pas héroïque. Il est banal, au sens le plus neutre du terme. Et c’est sans doute là que réside une partie de la force du récit : il laisse de la place au spectateur. 

 

Chacun peut projeter quelque chose dans cet être flou, qui semble encore en construction, ou en déconstruction. La série s’inscrit dans la vie nocturne bruxelloise, et plus précisément dans la scène queer de la capitale belge. Loin des clichés ou des représentations simplifiées, cette toile de fond est traitée avec un regard qui semble issu d’une connaissance vécue. Les bars, les rues, les applications de rencontres : tout cela est présent, mais sans clinquant. Ce n’est pas une carte postale ni un manifeste. C’est un décor vivant, parfois joyeux, parfois triste, souvent confus. Certains personnages secondaires apportent des moments de respiration ou de contraste, mais personne ne vient voler la vedette. 

 

Même les figures plus marquées – un date maladroit, un inconnu dans une backroom, une collègue exubérante – restent à leur place. Ils traversent la vie d’Otto sans forcément s’y installer. Comme dans la vraie vie. Il ne s’agit pas ici de « découvrir » la communauté queer à travers un œil extérieur. Otto en fait partie, même s’il en est à la marge. Il n’est pas un touriste dans ce monde ; il cherche plutôt à y reprendre place, à y trouver un rythme, une raison d’y rester. L’une des dimensions les plus marquantes de Oh, Otto! réside dans la manière dont elle aborde le désir. Là où beaucoup de séries misent sur l’intensité des relations, la série choisit la nuance. Otto explore les relations sans enthousiasme débordant, souvent avec une certaine distance, comme s’il cherchait à ressentir sans être trop exposé. 

 

Il accepte les rencontres comme des expériences à vivre, non comme des réponses toutes faites. Ce qui est rare ici, c’est que la sexualité n’est ni cachée ni exagérée. Elle fait partie de l’ensemble, sans être le cœur du récit. Elle est parfois drôle, parfois malaisante, parfois tendre. Elle n’est jamais idéalisée. Bruxelles joue un rôle important, mais elle n’est pas omniprésente. Certains lieux sont reconnaissables, d’autres non. Le choix de filmer la ville de nuit, avec ses lumières diffuses et ses espaces fragmentés, renforce l’impression d’errance. Il n’y a pas de grand plan-séquence ni d’effet de mise en scène spectaculaire. Ce qui compte, c’est l’ambiance. La mise en scène, assez sobre, laisse la place aux corps, aux regards, aux silences. Il y a peu de musique, ou alors de manière très dosée. Cela évite les émotions sursignifiées. 

 

Quand un moment touche, ce n’est jamais parce que la série le force. C’est parce qu’il résonne avec quelque chose de vrai. La série ne suit pas une trame classique avec un début, un milieu et une fin bien définis. Chaque épisode pourrait presque être vu comme un chapitre indépendant, même si des fils conducteurs relient l’ensemble. Certains épisodes m’ont plus marqué que d’autres, notamment ceux centrés sur des situations concrètes – un rendez-vous, une fête, une dispute – qui permettent de mieux cerner Otto. Il y a parfois des longueurs. Certains épisodes semblent flotter un peu, comme si l’équipe cherchait une direction. Mais cela fait aussi partie de l’expérience. 

 

Le rythme lent reflète bien l’état d’Otto, qui n’avance pas en ligne droite, mais par à-coups, hésitations, retours en arrière. Otto ne traverse pas la série seul, même s’il semble souvent isolé. Lente, sa meilleure amie, occupe une place particulière. Leur relation est faite d’habitudes, de complicité silencieuse, d’une forme de dépendance affective non dite. Quand elle part, un déséquilibre s’installe. Les tentatives d’Otto pour remplir ce vide ne sont jamais vraiment convaincantes. Boris, l’ex-compagnon, reste une présence fantomatique. Il n’est pas idéalisé, mais Otto semble incapable de le remplacer. C’est moins une histoire d’amour qu’un attachement difficile à couper. Quelques autres figures jalonnent le récit, mais aucune ne devient centrale. 

 

Ce n’est pas une série de relations, mais bien une série sur l’absence de relations stables. Sur l’impossibilité de se fixer. Cela peut être frustrant, mais c’est aussi très juste. Malgré la mélancolie ambiante, Oh, Otto! ne sombre jamais dans le pathos. Certains moments sont franchement drôles, notamment ceux où Otto se retrouve confronté à des situations absurdes ou embarrassantes. La série joue souvent sur le décalage entre son sérieux apparent et les circonstances burlesques. Ce n’est pas un humour de punchlines, mais plutôt un rire intérieur. On sourit plus qu’on ne rit franchement. Cela suffit. La série touche à de nombreux sujets : solitude, identité, sexualité, famille, deuil. Aucun de ces thèmes n’est traité comme une leçon. Il n’y a pas de message à faire passer, pas d’explication. 

 

Parfois, cela donne une impression d’inachevé. Mais cela évite aussi le didactisme. J’ai notamment été surpris par la manière dont la série évoque la relation d’Otto avec sa mère. Quelques scènes, discrètes, laissent deviner des tensions anciennes, des malentendus, une tentative de rapprochement. Mais rien n’est expliqué clairement. Cela reste en filigrane. À chacun de compléter ce qui manque. Ce que j’ai apprécié avec Oh, Otto!, c’est son refus de séduire à tout prix. Il y a une forme de pudeur dans la manière dont l’histoire est racontée. Pas de musique appuyée, pas de phrases-clefs à retenir, pas de moments de bascule évidents. Ce n’est pas une série à binge-watcher. Elle demande du temps, de l’attention. Parfois même de la patience.

 

Cela peut être un défaut pour certains. Pour moi, c’est plutôt une qualité. Toutes les histoires ne doivent pas être spectaculaires. Celle-ci tient par ses silences, ses flottements, ses hésitations. Le choix d’un format court (25 minutes par épisode) peut parfois donner l’impression que certains arcs narratifs ne vont pas au bout. Quelques pistes sont esquissées sans être approfondies, notamment du côté des personnages secondaires. Lente, par exemple, aurait mérité plus d’espace. Ses propres doutes sont évoqués, mais restent périphériques. Par ailleurs, la fin de saison ne propose pas une résolution claire. Ce n’est pas frustrant en soi, mais cela confirme que la série ne cherche pas à clore, mais plutôt à ouvrir des questions. Otto reste flou, inachevé. 

 

Cela peut être lu comme une faiblesse ou comme une honnêteté. La série a été distinguée à Cannes dans la catégorie des séries courtes. Ce n’est pas surprenant, car elle entre parfaitement dans ce format hybride, entre fiction intime et chronique urbaine. Elle ne ressemble pas à un produit calibré pour le succès international, mais à une œuvre locale qui assume sa spécificité. C’est peut-être pour cela qu’elle touche autant. Elle ne cherche pas à plaire à tous les publics. Elle raconte une histoire bruxelloise, à travers un regard singulier, sans compromis. Ceux qui y entrent trouveront sans doute quelque chose de rare : un personnage qui ne cherche pas à briller, mais simplement à tenir debout.

 

Oh, Otto! ne cherche pas à tout dire ni à tout montrer. Elle se contente de suivre un jeune homme un peu perdu dans une ville qui ne lui offre pas de réponse toute faite. Cela peut paraître modeste. Mais c’est précisément dans cette modestie que réside sa force. Il ne s’agit pas d’un récit spectaculaire, mais d’un portrait en creux, qui laisse de la place au spectateur. Rien n’est forcé, tout semble juste. Et même si certaines zones restent floues, c’est peut-être pour mieux refléter ce que traverse Otto : une période de flottement où tout semble possible, mais rien n’est évident.

 

Note : 8/10. En bref, Oh, Otto! explore avec justesse et sobriété les errances d’un jeune homme en quête de repères affectifs et identitaires dans la scène queer bruxelloise.

Disponible sur Streamz

 

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G
salut toi<br /> un tres bon article d'apres ta critique <br /> la serie me donne envie de voir ce que ca donne ;OP<br /> bonne journée
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