5 Septembre 2025
Adieu Jean-Pat // De Cecilia Rouaud. Avec Hakim Jemili, Fanny Sidney et Constance Labbé.
Les funérailles : difficile de trouver un sujet à la fois plus macabre et plus propice au rire. Depuis toujours, le cinéma aime jouer avec cette frontière ténue entre larmes et sourires. Avec Adieu Jean-Pat, réalisé par Cécilia Rouaud d’après un scénario signé Fabcaro et le regretté Laurent Tirard, l’idée était claire : transformer un enterrement en terrain de jeu comique. Sur le papier, tout semblait réuni pour une comédie grinçante, capable de jongler entre humour noir et petites vérités sur la vie. Mais dans les faits, le film hésite, avance prudemment, et finit par livrer une œuvre sympathique, certes, mais frustrante dans son manque d’audace.
A 35 ans, Etienne n’a toujours pas pardonné à son « copain » Jean-Pat, qui lui a mené la vie dure pendant toute son enfance. Quand il apprend le décès de ce dernier, on ne peut pas dire qu’Etienne soit vraiment dévasté… Pourtant, il va se retrouver malgré lui à organiser l’enterrement de son pire ennemi. Une chose est sûre : Jean-Pat n’a pas fini de lui pourrir la vie.
Le point de départ avait de quoi séduire. Étienne, 35 ans, éternel adolescent englué dans ses hésitations, se retrouve par un concours de circonstances à organiser les obsèques de Jean-Patrick, dit Jean-Pat. Problème : ce dernier n’était pas seulement une vieille connaissance, mais aussi celui qui l’avait humilié durant son enfance. Un bourreau d’hier qui, même mort, continue de lui compliquer la vie. Ce genre de situation est un cadeau empoisonné pour un scénariste. De quoi bâtir une farce cruelle, des quiproquos savoureux, un mélange de malaise et de fous rires. Adieu Jean-Pat embrasse en partie ce potentiel, mais préfère trop souvent lisser ses angles.
Le film amuse, mais rarement autant qu’il le pourrait. Rouaud met en scène cette histoire avec un ton feutré. On attendait une comédie acide, prête à s’attaquer aux conventions sociales liées à la mort, et on se retrouve avec une chronique familiale douce-amère. Oui, quelques répliques font mouche. Oui, certains quiproquos arrachent un sourire. Mais trop souvent, l’humour se perd dans des situations prévisibles ou dans des gags qui tombent à plat. À vouloir faire sourire à tout prix, le film sacrifie parfois la vraisemblance des personnages. Leurs défauts, au lieu de les rendre drôles et humains, finissent par ressembler à de simples prétextes narratifs.
Résultat : le spectateur rigole par éclats, mais jamais aux éclats. Heureusement, les comédies tiennent souvent par leurs acteurs, et Adieu Jean-Pat ne fait pas exception. Hakim Jemili, dans le rôle d’Étienne, apporte une maladresse touchante. Son personnage n’a pas grandi, il hésite, trébuche, accumule les faux pas, mais garde une sincérité désarmante. Même si son potentiel comique n’est pas toujours exploité, il donne au film une certaine fraîcheur. À ses côtés, Fanny Sidney surprend par son naturel et apporte une vraie justesse. Constance Labbé et Nora Hamzawi, bien que sous-exploitées, offrent de petites respirations.
Et puis il y a Gustave Kervern, qui incarne un passionné de voitures lunaire, fidèle à son style nonchalant. Son contrepoint de nonchalance donne parfois plus de relief aux scènes que l’écriture elle-même. L’interprétation n’est donc pas le problème. Le souci, c’est que ce joli casting ne dispose pas d’assez de matière pour briller pleinement. Ce qui frappe, c’est la retenue. Le scénario portait la promesse d’un humour noir assumé, d’un rire qui gratte là où ça fait mal. Mais Rouaud choisit une mise en scène sage, presque polie. Quelques plans serrés sur les visages, peu d’extérieurs, un cadre qui manque d’air. Ce choix visuel pourrait refléter l’étouffement du personnage principal, coincé dans sa vie comme dans cet enterrement imposé.
Mais à l’écran, il finit surtout par donner un aspect monotone. Le film ressemble à Étienne lui-même : attachant mais tiède. Le cinéma a déjà prouvé qu’on pouvait rire franchement de la mort. Joyeuses funérailles ou certaines scènes de La Cité de la peur en sont de bons exemples. Ici, la mort sert de décor plus que de déclencheur comique. Au lieu de creuser les situations absurdes qu’un enterrement peut générer, le film préfère rester en surface. On se retrouve alors avec une œuvre qui oscille entre chronique familiale et comédie de caractère, sans jamais vraiment trancher. On sourit devant quelques bons mots, on s’attendrit face aux maladresses d’Étienne, mais on reste sur sa faim.
En sortant de la salle, je n’ai pas eu l’impression d’avoir assisté à une farce noire comme je l’espérais. Plutôt à une petite comédie tendre, un peu bancale, qui parle de famille, d’amour et d’humiliations passées. L’intention est louable : rappeler qu’on peut rire de tout, même de la mort. Mais l’exécution manque de nerf. Au final, Adieu Jean-Pat se regarde sans déplaisir. C’est un film léger, parfois touchant, qui offre quelques étincelles de drôlerie. Mais le sujet méritait plus de folie, plus d’audace, plus de cruauté comique. En voulant ménager tout le monde, le film finit par s’enterrer lui-même dans une certaine tiédeur.
Adieu Jean-Pat n’est pas une catastrophe. Mais ce n’est pas non plus la comédie mordante qu’on pouvait attendre d’un tel sujet. Entre humour noir édulcoré et comédie familiale trop sage, le film reste coincé dans un entre-deux. Hakim Jemili apporte une énergie sincère, Fanny Sidney confirme son talent, et quelques dialogues rappellent la patte de Fabcaro. Mais l’ensemble reste inégal, et surtout trop lisse. La mort peut faire rire, mais encore faut-il oser pousser le bouchon. Ici, il est à peine effleuré.
Note : 5/10. En bref, Adieu Jean-Pat se regarde sans déplaisir. C’est un film léger parfois drôle et touchant mais le sujet méritait plus de folie et de cruauté comique.
Sorti le 3 septembre 2025 au cinéma
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