30 Avril 2026
Hallow Road // De Babak Anvari. Avec Rosamund Pike, Matthew Rhys et Megan McDonnell (VIII).
Il y a des films qui transforment un décor minimaliste en expérience suffocante, où chaque seconde passée dans un espace clos devient un piège psychologique. Hallow Road aurait pu être de ceux-là. Malheureusement, Babak Anvari s’est garé en warning sur le bas-côté, moteur coupé, et a laissé son intrigue caler dans la nuit. L’idée de départ avait pourtant de quoi intriguer : un couple reçoit en pleine nuit un appel paniqué de leur fille. Elle a pris la voiture, roulé dans une forêt sombre, et percuté une jeune femme. Voilà un accident qui aurait pu déclencher une descente aux enfers tendue et haletante.
La course contre la montre à laquelle se livrent deux parents lorsqu'ils reçoivent, tard dans la nuit, un appel téléphonique de leur fille, victime d'un accident de voiture.
Sauf que, très vite, la tension promise se transforme en un long trajet qui ressemble davantage à un épisode mineur d’un téléfilm du dimanche soir qu’à un thriller à la hauteur de ses ambitions. Tout se déroule quasiment dans une voiture, un concept à la Locke qui pouvait marcher. Mais là où Tom Hardy portait son film par une intensité brute, Rosamund Pike et Matthew Rhys semblent coincés dans un mauvais GPS narratif. Leur duo fonctionne sur le papier : elle, paramédic, cherche à garder la tête froide ; lui, père impulsif, veut protéger leur fille coûte que coûte. En pratique, leurs échanges ressemblent souvent à une dispute de couple coincé dans un bouchon de vacances. Pas vraiment le frisson espéré.
La mise en scène insiste sur l’intérieur du véhicule, comme pour enfermer le spectateur dans la même atmosphère oppressante que les personnages. Mais la réalité est tout autre : au bout de vingt minutes, la voiture cesse d’être une cage dramatique pour devenir un simple décor statique. Les plans serrés et la caméra figée finissent par étouffer l’attention, et la promesse d’un thriller claustrophobe se dilue dans une interminable attente de quelque chose qui ne vient jamais. La situation de départ pourrait être le déclencheur d’un dilemme moral puissant : que ferais-je si mon enfant avait commis l’irréparable ? Appeler les secours, protéger ma fille, mentir, couvrir l’accident ?
Mais Hallow Road choisit la facilité et aligne des dialogues qui se contentent de ressasser les mêmes débats, sans jamais creuser la psychologie. La fille, Alice, n’apparaît jamais à l’écran, seulement par téléphone. L’idée aurait pu renforcer le mystère, mais au lieu de ça, sa voix en permanence larmoyante finit par sonner comme un disque rayé. Difficile d’y croire, encore plus difficile d’y adhérer. Quant aux parents, ils incarnent deux caricatures de réactions parentales : la mère pragmatique qui distribue des conseils médicaux à distance comme dans un manuel de secourisme, et le père impulsif qui hurle plus qu’il ne réfléchit.
L’opposition aurait pu créer de vraies étincelles, mais le scénario préfère en faire un ping-pong prévisible entre « il faut appeler les secours » et « il faut protéger la famille ». Un bon film d’angoisse fonctionne sur la suggestion. Ici, on me demande d’imaginer l’accident, d’imaginer la victime, d’imaginer l’horreur de la situation. Mais pour ça, il faut une écriture solide, un jeu d’acteur tendu, un rythme implacable. Ce que je trouve, c’est une route déserte, des dialogues au kilomètre et des effets sonores qui tentent désespérément de compenser ce qui manque à l’écran. Même les rares tentatives de montée en tension tombent à plat. Un craquement dans la forêt, une respiration étranglée au téléphone, un bruit de moteur…
Tout est trop prévisible pour vraiment surprendre. Le film ressemble à une histoire qu’on raconterait autour d’un feu de camp, mais sans flamme, sans braise, sans bois sec. Comme si l’accident ne suffisait pas, Hallow Road tente un détour vers le fantastique en ajoutant des touches de folklore et de surnaturel. Sur le papier, ça pouvait relancer l’intérêt. Dans les faits, c’est un dérapage incontrôlé. L’ambiguïté est censée troubler, mais elle ne fait qu’embrouiller une intrigue déjà fragile. Au lieu de me hanter, cette fin confuse ressemble davantage à un bricolage censé masquer un scénario qui ne savait pas comment se conclure.
Avec 80 minutes au compteur et trois personnages principaux, le film se voulait sans doute une démonstration de minimalisme maîtrisé. Mais il finit par ressembler à un exercice de style paresseux. Le spectateur est coincé sur la banquette arrière de cette voiture narrative, condamné à subir un trajet qui aurait pu être nerveux mais qui ressemble à un long détour sans GPS. Ce n’est pas parce qu’un film est court qu’il est vif. Ici, la brièveté évite certes de sombrer dans l’ennui total, mais elle ne compense pas le manque de chair, de rythme et de vision. À force de miser sur la suggestion, Hallow Road n’a plus rien à montrer.
Hallow Road aurait pu être une plongée suffocante dans l’angoisse parentale, un huis clos haletant dans l’habitacle d’une voiture, une variation intelligente sur la culpabilité et la peur. Mais tout cela reste au stade du potentiel. À l’arrivée, le film ressemble davantage à une route secondaire sans panneaux ni destination. Rosamund Pike et Matthew Rhys font ce qu’ils peuvent, mais ils roulent dans le vide, coincés dans un récit trop maigre pour soutenir leur jeu. La mise en scène s’enferme dans son propre dispositif et ne trouve jamais le moyen de dépasser son concept de départ. Quant à la fin, elle laisse un arrière-goût de confusion plus que de terreur.
Note : 4/10. En bref, je ressors de Hallow Road avec l’impression d’avoir pris une voiture pour un long trajet de nuit, sans musique, sans paysage et sans surprise. Une expérience qui aurait pu être immersive, mais qui s’est contentée d’être monotone. En clair : une route que je n’ai aucune envie de reprendre.
Sorti le 30 avril 2026 directement en VOD
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