24 Septembre 2025
Superbloom, premier long-métrage d’Alexandra Swarens m’a laissé un goût un peu fade. L’idée de départ est simple et assez séduisante : deux femmes abîmées par la vie partent sur les routes américaines pour un voyage censé les rapprocher et leur permettre de se reconstruire. Un pitch qui a déjà fait ses preuves dans le genre du road movie, surtout quand il s’accompagne d’un traitement intime. Malheureusement, l’exécution n’est pas à la hauteur, et le film peine à tenir la distance. Superbloom dure relativement peu de temps, mais paradoxalement, le film donne souvent l’impression d’être beaucoup plus long.
Deux femmes, l'une rentrant chez elle pour affronter son passé, l'autre en quête de direction, entreprennent un road trip qui devient un voyage de guérison, de connexion et de découverte de soi.
L’histoire repose sur des dialogues et des instants suspendus, ce qui pourrait fonctionner si le rythme avait été mieux géré. Ici, les silences prennent trop de place, au point de devenir pesants, et les scènes s’enchaînent sans toujours donner le sentiment d’avancer. Les deux personnages principaux – l’une hantée par son passé, l’autre en quête de sens – ont pourtant un vrai potentiel dramatique. Leur rencontre aurait pu générer une tension intéressante, mais tout est traité de manière tellement retenue qu’il est difficile de s’impliquer. On comprend que la réalisatrice cherche à éviter le pathos ou le mélodrame facile, mais à force de sobriété, le film finit par paraître plat.
Même le dénouement arrive trop vite, comme s’il avait été posé là par nécessité plus que par logique narrative. Le spectateur reste un peu sur sa faim, avec l’impression que l’histoire aurait pu aller beaucoup plus loin. Il serait injuste de dire que tout sonne faux. Jahnavi Alyssa et Marla Lizbeth Perez, les deux actrices principales, font de leur mieux et arrivent à créer par moments une complicité crédible. Alyssa incarne bien une femme marquée par des blessures profondes, tandis que Perez apporte un souffle plus léger qui empêche le film de sombrer complètement dans la gravité. Leur alchimie est réelle, mais elle n’est pas suffisamment exploitée par un scénario trop paresseux.
Ces échanges qui devraient être chargés d’émotion finissent souvent par ressembler à de petites saynètes, juxtaposées sans grande cohérence. On a parfois l’impression d’assister à des fragments de conversations plutôt qu’à une véritable progression. Côté réalisation, Alexandra Swarens opte pour une approche artisanale et très dépouillée. Elle assure elle-même la photographie, et il faut reconnaître que certains plans possèdent une vraie poésie visuelle. Les routes désertes, les lumières automnales, la poussière des paysages américains… tout cela colle bien au titre du film, en référence au phénomène naturel de floraison massive après une sécheresse.
Mais cette mise en scène, qui veut rester simple et contemplative, finit par manquer de relief. Au lieu de créer une atmosphère envoûtante, elle s’installe dans une monotonie visuelle. La bande-son, essentiellement composée de morceaux folk très discrets, accompagne sans déranger, mais ne parvient pas à insuffler l’énergie nécessaire. On sent que le budget était limité, et cela explique en partie ces choix de sobriété. Mais avec un peu plus d’audace, l’ensemble aurait pu être transformé en véritable atout. Là, cela ressemble davantage à une contrainte subie qu’à une vision pleinement assumée.
Ce qui gêne le plus dans Superbloom, c’est son incapacité à aller au bout de ses thématiques. Le film parle de traumatisme, de solitude et de guérison. Il a même toutes les cartes en main pour provoquer une vraie émotion : des personnages fragiles, des rencontres qui pourraient être décisives, un cadre propice à l’introspection. Pourtant, il n’y a jamais de véritable intensité. Le ton reste trop sage, trop lisse, et n’ose pas plonger dans les zones sombres de ses héroïnes. Le spectateur est tenu à distance, comme si la réalisatrice avait peur de se confronter à la vulnérabilité de son sujet. Cela donne un film qui se regarde, mais qui peine à se ressentir.
Il serait trop facile de dire que Superbloom est un mauvais film. Ce n’est pas le cas. On y trouve de jolis instants, quelques dialogues sincères, des images qui respirent une certaine authenticité. Mais dans l’ensemble, cela reste très moyen. Alexandra Swarens prouve qu’elle a une sensibilité, mais elle n’a pas encore trouvé le rythme et la densité nécessaires pour donner corps à son histoire. Ce premier essai laisse donc une impression mitigée. Plutôt que de livrer une expérience marquante, il propose une succession de scènes correctes mais oubliables. Et même si la durée est courte, le sentiment d’étirement est constant.
Superbloom n’est pas désagréable, mais il est loin d’être mémorable. Ce road trip indépendant, malgré de bonnes intentions, manque de souffle et de consistance. Les actrices tiennent leur rôle avec sincérité, la mise en scène possède quelques éclats poétiques, mais l’ensemble reste trop tiède pour marquer durablement. A la fin, il ne reste pas grand-chose, sinon l’idée qu’il aurait pu être plus fort s’il avait osé davantage. Alexandra Swarens a sans doute du potentiel, mais pour ce premier long-métrage, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur de ses ambitions.
Note : 4.5/10. En bref, un film qui se laisse regarder mais qui s’oublie rapidement.
Prochainement en France
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