23 Septembre 2025
Nino // De Pauline Loquès. Avec Théodore Pellerin, William Lebghil et Salomé Dewaels.
Le cinéma français s’aventure régulièrement sur le terrain de l’intime, et Nino, premier long métrage de Pauline Loquès, s’inscrit pleinement dans cette tradition. L’histoire, simple en apparence, part d’un constat brutal : à 29 ans, Nino apprend qu’il souffre d’un cancer du larynx. Trois jours plus tard, il doit commencer sa radiothérapie. Entre le choc de l’annonce et le début du traitement, le film déploie une errance parisienne où le jeune homme cherche à se réapproprier son existence, ses relations et peut-être son avenir. La première séquence, dans un hôpital chaotique, donne le ton.
Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.
Tout sonne vrai : l’accueil maladroit, le manque d’empathie, le sentiment d’être balloté dans une machine impersonnelle. C’est une entrée forte, brutale, et sans doute l’une des scènes les plus marquantes du film. Elle installe une tension immédiate et plonge le spectateur dans le vertige de la nouvelle qui vient bouleverser la vie de Nino. Le problème, c’est que cette intensité n’est pas toujours maintenue par la suite. En quittant l’hôpital, le récit bascule dans une errance plus flottante, moins tendue, où chaque rencontre de Nino devient une étape dans une sorte de parcours initiatique.
Le film s’articule autour de cette déambulation. Nino retrouve sa mère, croise d’anciens amis, revoit une camarade de lycée, partage des soirées plus ou moins légères, et tente de donner un sens à ces moments suspendus. L’intrigue repose sur une question simple : réussira-t-il à s’ouvrir suffisamment pour partager ce qu’il traverse et se laisser entourer ? À travers ces échanges, le film explore la difficulté à dire la vérité, à se montrer vulnérable, et à trouver du réconfort dans des relations parfois superficielles. Ce fil narratif aurait pu être encore plus fort si les failles du personnage avaient été davantage creusées. L’errance fonctionne, mais les séquences s’enchaînent parfois comme des saynètes interchangeables, sans réelle progression dramatique.
Ce qui donne toute sa force à Nino, c’est son acteur principal. Le Québécois Théodore Pellerin incarne le rôle avec une justesse impressionnante. Grand, fragile, presque aérien, il fait ressentir à la fois la sidération et une forme de détachement. Chaque regard, chaque silence porte une émotion palpable. On s’attache à ce Nino maladroit, taiseux, mais profondément humain. Face à lui, le casting secondaire est solide : Jeanne Balibar campe une mère lunaire et touchante, William Lebghil apporte une sincérité désarmante dans le rôle du meilleur ami, et Salomé Dewaels incarne une ancienne camarade qui redonne à Nino une bouffée d’air inattendue.
Ces interactions enrichissent le portrait d’un jeune homme pris dans un tourbillon intérieur. Pauline Loquès filme au plus près des visages, captant l’émotion dans les détails plutôt que dans les grands discours. La caméra s’attarde sur les regards, les hésitations, les gestes simples, donnant au film une dimension presque documentaire. Cette approche évite le pathos et privilégie une tendresse discrète. Cependant, cette retenue devient parfois une limite. À trop suggérer, le film manque par moments de densité dramatique. Certaines séquences paraissent sous-écrites, comme si la réalisatrice hésitait à plonger dans la vulnérabilité totale de son personnage.
Ce choix esthétique, qui rappelle par endroits l’errance d’Oslo, 31 août de Joachim Trier, crée une proximité intéressante, mais donne aussi une impression de déjà-vu. Malgré son sujet grave, Nino n’est jamais un film plombant. Des touches d’humour viennent alléger l’ensemble, qu’il s’agisse de situations incongrues ou de dialogues décalés. Certaines scènes, notamment lors de soirées parisiennes, apportent une respiration bienvenue. La ville joue aussi un rôle central. Paris devient le décor mouvant de cette errance, à la fois mélancolique et lumineuse. Les rues, les appartements, les cafés, tout semble filmé avec une attention qui donne l’impression de redécouvrir la capitale à travers le regard de Nino.
En sortant de la salle, difficile de ne pas être partagé. Nino réussit beaucoup de choses : un acteur principal magnétique, une mise en scène sensible, une ambiance qui évite le mélo facile. Mais le film laisse aussi un goût d’inachevé. L’émotion est là, réelle, mais elle aurait pu être plus puissante si le récit avait osé aller plus loin dans la noirceur et dans la confrontation avec la mort. C’est sans doute le paradoxe de ce premier long métrage : vouloir traiter un sujet aussi lourd avec délicatesse est une belle intention, mais ce choix entraîne aussi un certain lissage qui empêche Nino de marquer durablement.
J’ai aimé suivre ce personnage fragile, incarné avec une sincérité rare par Théodore Pellerin. J’ai apprécié la justesse avec laquelle Pauline Loquès filme les visages, les silences, les petites respirations. J’ai trouvé certaines scènes entre mère et fils particulièrement touchantes, et d’autres rencontres plus anecdotiques. Ce film m’a ému, mais il m’a aussi frustré. Derrière sa lumière et sa tendresse, j’aurais voulu sentir davantage la peur, la colère, la brutalité de ce qui arrive à Nino. Ce manque d’intensité rend l’ensemble un peu trop sage, alors que le sujet se prêtait à une véritable claque émotionnelle.
Nino est un premier film prometteur, à la fois sensible et imparfait. Pauline Loquès montre une vraie capacité à filmer l’intime, à capter la fragilité humaine, et à créer un espace de douceur au cœur d’un sujet difficile. Grâce à Théodore Pellerin, magnétique de bout en bout, le film dégage une authenticité qui mérite d’être saluée. C’est une œuvre qui touche, parfois de manière profonde, mais qui reste en demi-teinte à cause de son récit trop éclaté et de sa mise en scène parfois trop retenue. Pour un premier essai, Nino impressionne et laisse espérer que Pauline Loquès saura, dans ses prochains projets, pousser encore plus loin son regard.
Note : 6.5/10. En bref, Nino est un premier film prometteur, à la fois sensible et imparfait. Pauline Loquès montre une vraie capacité à filmer l’intime, à capter la fragilité humaine, et à créer un espace de douceur au cœur d’un sujet difficile. Théodore Pellerin, révélation de l’année.
Sorti le 17 septembre 2025 au cinéma
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