Critique Ciné : Black Phone 2 (2025)

Critique Ciné : Black Phone 2 (2025)

Black Phone 2 // De Scott Derrickson. Avec Mason Thames, Madeleine McGraw et Ethan Hawke.

 

Il y a des suites qui s’imposent comme une évidence, et puis il y a Black Phone 2, qui ressemble plutôt à une sonnette qu’on appuie dessus parce qu’on sait qu’il y a encore quelqu’un dans la maison, mais sans savoir si la personne a vraiment envie d’ouvrir la porte. J’avais apprécié le premier film : un thriller horrifique tendu, compact, porté par Ethan Hawke et une ambiance crasseuse qui fonctionnait. Rien d’extraordinaire, mais suffisamment d’identité pour en faire un petit succès. Et c’est exactement là que se situe le piège : ce genre de succès appelle la suite, même quand le scénario original n’en avait pas besoin.

 

Depuis son enlèvement, Finney, aujourd’hui âgé de 17 ans, éprouve beaucoup de mal à reprendre le cours d’une vie normale, alors que rien ni personne ne saurait arrêter Gwen, sa sœur de 15 ans. Mais le sinistre téléphone se met à sonner dans les rêves de l’adolescente, où elle voit sans cesse trois garçons se faire pourchasser dans un camp de montagne appelé Alpine Lake. Déterminée à mettre fin à ces cauchemars et à en percer le mystère, Gwenn persuade son frère de se rendre sur place, malgré le blizzard qui frappe la station. C’est là qu’elle découvre l’horrible vérité derrière le lien entre l’Attrapeur et sa propre famille. Les deux adolescents vont alors devoir affronter un tueur que la mort a rendu presque invincible et à qui leurs destins sont beaucoup plus liés qu'ils n’auraient pu l’imaginer.

 

Black Phone 2 débarque donc quelques années après les événements du premier, et reprend les mêmes personnages, aujourd’hui traumatisés par l’affaire du Grabber. Finn a grandi, Gwen aussi, mais ce qui aurait pu être une exploration psychologique de l’après-survie tourne vite à un patchwork d’idées qui se regardent dans la glace sans vraiment se répondre. Le film veut à la fois prolonger la peur, expliquer le passé du tueur, étoffer la mythologie, ajouter un décor inédit, introduire une dimension surnaturelle plus affirmée… et au final, il s’éparpille. Le premier problème, c’est que le Grabber n’est plus un tueur réel, mais une sorte de figure fantomatique qui vient hanter les rêves, un peu comme si on voulait coller Freddy Krueger dans l’univers du premier film. 

 

Sauf que Freddy, même dans les mauvais opus, avait un style, une logique, un vrai pouvoir horrifique. Ici, le Grabber est littéralement coincé entre deux mondes, sans présence assez forte pour faire peur, mais sans profondeur assez solide pour prétendre exister comme entité tragique. Un méchant sans matière, qui sonne creux malgré son masque toujours aussi marquant. L’idée du camp religieux enneigé, qui sert de terrain au film, aurait pu être une bonne manière d’ouvrir la géographie du récit après le huis clos du précédent. Mais le décor est à peine exploité, souvent filmé comme un lieu de passage plutôt que comme un espace narratif. 

 

On sent derrière la logique industrielle typique de Blumhouse : trouver un environnement nouveau, le remplir d’une menace connue, puis bricoler une justification façon le mal revient, même si le récit précédent l’avait déjà réglé. Le spectateur n’a jamais l’impression d’être en terrain mystérieux ou imprévisible. Il voit, très vite, là où le scénario veut l’emmener. Si le film fonctionne parfois, c’est dans ses moments plus intimes, lorsque les personnages sont confrontés à leurs séquelles. Le premier Black Phone avait cette idée intéressante : la violence ne s’arrêtait pas quand le générique tombait. 

 

Ici, on retrouve cette notion, mais elle sert surtout de point de départ narratif avant d’être évacuée au profit d’un affrontement surnaturel assez classique. Finn, devenu agressif par défense, Gwen, hantée par des visions qu’elle ne contrôle plus… il y avait vraiment matière à un film sur le ravage intérieur, pas uniquement sur le retour du croque-mitaines. Dommage que tout cela soit surtout utilisé comme passerelle vers un récit plus mécanique. La mise en scène, elle, oscille entre recherche esthétique et maniérisme appuyé. Les séquences de rêve filmées en grain 8mm fonctionnent au début, puis finissent par ressembler à un gimmick visuel répété à l’excès. 

 

On comprend vite le code : rêve = image dégradée. Mais la grammaire du cauchemar ne se limite pas à un filtre. L’horreur suppose le flou, l’inconnu, la perte d’équilibre — ici, la frontière est si explicite que la peur ne peut pas s’installer. Le film explique trop son propre fonctionnement pour réellement surprendre. Ethan Hawke, pourtant atout majeur du premier opus, est ici vocalement et physiquement présent, mais beaucoup moins marquant. Son rôle est tellement mécanisé que sa présence n’a plus le même poids. On a presque l’impression qu’il est victime de sa propre écriture : on veut le faire revenir, mais sans lui redonner d’incarnation. Un antagoniste en pilote automatique.

 

Le récit, lui, tire en longueur. Deux heures pour un film d’horreur qui pourrait en durer quatre-vingt-dix minutes, c’est rare que ce soit une bonne idée. Le premier acte prend son temps pour recadrer les personnages, le deuxième pour installer les visions, le troisième pour résoudre le tout — sauf qu’il n’y a pas grand-chose à résoudre. Ce qui devait être une montée en tension devient une attente molle. Et pourtant, tout n’est pas raté. Quelques images frappent, quelques idées auraient mérité plus d’espace, et la relation entre Gwen et Finn aurait pu porter un film entier si elle avait été placée au centre. Certains spectateurs y verront peut-être une suite honnête, sans trahison frontale. 

 

Ce n’est pas inexact : Black Phone 2 ne détruit pas l’héritage du premier, il l’étire jusqu’à en perdre la densité. Il ne trahit pas le matériau, il le dilue. Au fond, ce qui manque ici, c’est un vrai point de vue. Une raison d’exister autre que la logique de franchise. Le premier film avait un concept simple, resserré, et ses maladresses faisaient presque partie de sa personnalité. Celui-ci, à force de vouloir “développer l’univers”, le vide de son urgence. Est-ce que j’ai détesté Black Phone 2 ? Non. Est-ce que j’ai eu peur ? Rarement. Est-ce que j’ai compris pourquoi il existe ? Oui, malheureusement. Est-ce que je l’aurais imaginé autrement ? 

 

Absolument : un film sur l’après-trauma, avec un Grabber qui ne revient pas physiquement, mais psychiquement. Ça aurait été plus osé, plus intime, peut-être moins rentable. Mais sûrement plus marquant. En l’état, Black Phone 2 est une suite correct mais terne, fabriquée avec sérieux, mais sans véritable nécessité. Une œuvre qui essaie de se tenir entre respect du film précédent et ambitions neuves, mais qui finit par manquer sa cible faute d’incarnation. Je n’ai pas décroché le combiné avec rage, juste avec un petit soupir. C’est peut-être ça, le vrai problème : même dans sa déception, le film ne choque pas, ne trouble pas, ne dérange pas. Il laisse simplement un espace vide où, quelques années plus tôt, se trouvait une histoire qui savait où elle allait.

 

Note : 5/10. En bref, Black Phone 2 est une suite correct mais terne, fabriquée avec sérieux, mais sans véritable nécessité. Une œuvre qui essaie de se tenir entre respect du film précédent et ambitions neuves, mais qui finit par manquer sa cible faute d’incarnation.

Sorti le 15 octobre 2025 au cinéma

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article