Critique Ciné : Hunting Ava Bravo (2025, Paramount+)

Critique Ciné : Hunting Ava Bravo (2025, Paramount+)

Hunting Ava Bravo // De Gary Auerbach. Avec Kate del Castillo, Marc Blucas et Halem Medina.

 

L’affiche promet un face-à-face glacé entre une femme en fuite et un chasseur milliardaire. Un duel dans la neige, un jeu mortel à la frontière du thriller et du survival. Sur le papier, c’est excitant. Dans la réalité, beaucoup moins. Réalisé par Gary Auerbach et écrit par Julie Auerbach, Kevin Tavolaro et Marc Blucas, Hunting Ava Bravo ressemble à un film qu’on aurait retrouvé oublié sur une étagère des années 2010. Tout y est : un budget minuscule, deux personnages principaux qui se tournent autour dans 20m2 pendant près d’une heure et demie, et un scénario qui croit être malin alors qu’il avance en pilote automatique. Le pitch est clair : Ava Bravo (jouée par Kate del Castillo) se réveille dans une cabane isolée, avec un sac sur la tête et un message audio qui lui explique qu’elle va être chassée. 

 

Le sportif milliardaire Buddy King se détend en chassant des humain son domaine de montagne isolé. Mais sa dernière victime, Ava Bravo, n’est pas une cible facile.

 

Face à elle, Buddy King (Marc Blucas), un milliardaire désœuvré qui s’offre des frissons en pourchassant des survivants humains. Trois balles dans son fusil, un terrain enneigé immense, et une seule règle : survivre. C’est une base qui aurait pu donner un vrai petit film nerveux, entre The Hunt et Chasse à l’homme (1993). Sauf qu’ici, la tension s’évapore avant même d’avoir commencé. Le duel annoncé tourne vite en rond, littéralement, puisque tout se passe dans un décor limité à quelques hectares de neige et une cabane en bois. Le film promet un jeu du chat et de la souris, mais ressemble plus à deux inconnus qui marchent dans le froid en attendant que quelque chose se passe.

 

Le principal problème de Hunting Ava Bravo, c’est son absence totale de rythme. Le film dure 78 minutes, mais en paraît facilement 120. Chaque confrontation entre Ava et son chasseur se résume à des dialogues sans tension, des retournements de situation artificiels et un manque d’urgence dramatique. La mise en scène, pourtant signée d’un réalisateur expérimenté dans le divertissement télé, reste sans relief. Les plans se répètent, les décors n’évoluent pas, et les rares scènes d’action manquent de mordant. On sent que le film veut installer une atmosphère, mais rien n’y fait : la menace ne prend jamais. Le spectateur attend le moment où tout va basculer, où la proie va vraiment devenir le prédateur. 

 

Mais même quand Ava prend le dessus, l’impact émotionnel reste plat. Elle capture son chasseur, hésite à le tuer, puis le relâche — sûrement pour que le scénario ait encore quelque chose à raconter. Kate del Castillo, connue pour son charisme et son intensité dans des rôles plus solides (La Reina del Sur, Ingobernable), fait ce qu’elle peut avec un scénario qui ne lui donne presque rien à défendre. Ava est censée être une survivante, une femme forte, mais ses choix n’ont aucune logique. Au lieu de s’affirmer comme une héroïne rusée et redoutable, elle alterne entre hésitation et décisions absurdes. Ses dialogues sont parfois maladroits, souvent surjoués, et sa manière de s’exprimer en anglais semble gêner le naturel de son jeu. 

 

Ce n’est pas un problème de talent, mais de direction. Le film aurait gagné à assumer son côté hispanophone, plutôt que de la faire forcer dans une langue où ses répliques sonnent creuses. Face à elle, Marc Blucas campe un milliardaire chasseur en roue libre. Toujours le même sourire crispé, le même ton détaché. Son personnage n’a ni profondeur ni véritable motivation. On devine qu’il est censé représenter la folie des riches qui s’ennuient, mais tout cela reste très théorique. L’idée d’un riche qui chasse les pauvres pour s’amuser n’a rien de neuf. Depuis The Most Dangerous Game dans les années 1930 jusqu’à The Hunt en 2020, ce thème a été revisité sous toutes les formes possibles. Hunting Ava Bravo tente d’en faire une version minimaliste, mais sans jamais trouver un angle original.

 

Le film semble ignorer que pour qu’un huis clos fonctionne, il faut soit une tension psychologique, soit une mise en scène inventive. Ici, rien de tout ça. Le duel n’évolue pas, les dialogues ne creusent pas les personnages, et la mise en scène reste statique. On a parfois l’impression de regarder deux figurants perdus dans la neige qui improvisent une dispute. Le pire, c’est que le film tente maladroitement d’introduire des thèmes plus profonds — la résilience, la vengeance, la survie — mais sans jamais les traiter. Tout reste en surface. À force de se prendre au sérieux, le film en devient involontairement drôle. Les incohérences ne manquent pas. Ava a mille occasions de s’en sortir mais choisit systématiquement la pire option. 

 

Elle capture son chasseur mais refuse de le tuer, alors qu’il a déjà essayé de l’abattre. Il se libère, évidemment. Le milliardaire, censé être un expert en traque, oublie d’utiliser un téléphone satellite ou la moindre technologie crédible. Le scénario justifie ces erreurs pour “faire durer” le jeu, mais à ce stade, c’est juste du remplissage. Le spectateur n’y croit plus, et le suspense se transforme en attente polie. Visuellement, Hunting Ava Bravo essaye de tirer parti de son décor naturel. La neige, le froid, la solitude : tout cela aurait pu créer une ambiance oppressante. Mais faute de rythme et d’idées visuelles, ces paysages finissent par ressembler à des écrans de veille.

 

Le montage, lui, accentue la lenteur plutôt que de la dynamiser. Les rares scènes d’action sont coupées trop vite ou filmées sans lisibilité. Le film a beau se présenter comme un thriller d’action, il lui manque précisément ce qui fait la base du genre : la tension. Hunting Ava Bravo aurait pu être un petit film de survie efficace, tendu et nerveux. À la place, c’est un thriller glacé mais sans frisson, un duel sans enjeu, un concept sans exécution. Kate del Castillo reste attachante malgré un rôle bancal, et Marc Blucas fait ce qu’il peut dans un scénario qui tourne en rond. Il y a des films moyens, et puis il y a ceux qui donnent l’impression d’avoir été tournés juste pour passer le temps. Hunting Ava Bravo appartient clairement à cette catégorie : pas catastrophique, juste inutilement fade.

 

Note : 1/10. En bref, Hunting Ava Bravo aurait pu être un petit film de survie efficace, tendu et nerveux. À la place, c’est un thriller glacé mais sans frisson, un duel sans enjeu, un concept sans exécution.

Sorti le 9 novembre 2025 directement sur Paramount+

 

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