Critique Ciné : Mango (2025, Netflix)

Critique Ciné : Mango (2025, Netflix)

Mango // De Mehdi Avaz. Avec Josephine Park, Dar Salim et Josephine Højbjerg.

 

Il y a des films qui sentent la mangue bien mûre : sucrés, un peu collants, mais avec un goût qui reste. Mango, la nouvelle production danoise signée Mehdi Avaz, fait partie de ceux-là — à mi-chemin entre le téléfilm de vacances et la fable méditative sur la lenteur, la lumière et les secondes chances. Disponible sur Netflix, ce long-métrage raconte l’histoire de Lærke, une directrice d’hôtel danoise hyper organisée, venue en Andalousie avec sa fille pour ce qui devait être des vacances, mais qui se transforme en mission professionnelle aux relents de crise existentielle. Lærke (interprétée par Josephine Park) n’est pas exactement la mère cool qu’Agnes, sa fille de 18 ans, espérait. 

 

Une directrice d'hôtel ambitieuse et sa fille distante partent pour Malaga et y trouvent ce qui leur manquait, au cœur d'un magnifique verger de manguiers.

 

Toujours collée à son téléphone, obnubilée par ses deals et ses dossiers, elle incarne ce profil de femme moderne qu’on croit tout contrôler… jusqu’à ce que la vie décide de la débrancher. Envoyée à Malaga pour convaincre un certain Alex (Dar Salim), un Danois expatrié devenu cultivateur de mangues, de vendre sa plantation afin d’y construire un hôtel de luxe, Lærke découvre un autre rythme, un autre monde — et évidemment, un autre homme. Dès leur première rencontre, tout est écrit : ils vont s’agacer, se chercher, s’éviter, puis s’aimer. Rien de révolutionnaire, mais Mango n’essaie pas vraiment de surprendre. 

 

Ce qui compte ici, c’est la lumière, les silences et cette lente bascule intérieure, quand une femme d’affaires comprend qu’elle s’est perdue quelque part entre les chiffres et le sable. Ce qui frappe d’abord, c’est la mise en scène. La caméra de Mehdi Avaz prend le temps de respirer. Elle s’attarde sur la chaleur du soir, sur les reflets orangés d’un ciel espagnol presque trop beau pour être vrai. La poussière colle à la peau, les arbres frémissent, et la lumière — surtout la lumière — devient un personnage à part entière. Épaisse, tremblée, elle semble hésiter avant de toucher les visages. Cette attention sensorielle donne à Mango une vraie texture. Même les odeurs semblent palpables : celle des fruits trop mûrs, des terres brûlées et du vent chaud.

 

On sent le soleil au point de presque transpirer. Mais à mesure que le film avance, cette beauté visuelle ne suffit plus à masquer les faiblesses d’écriture. Le récit, tout en délicatesse au début, s’enlise vite dans des dialogues convenus et des situations attendues. La relation entre Lærke et Alex repose sur un jeu d’oppositions un peu scolaire : elle, citadine méthodique, lui, homme du silence et de la terre. Tout cela aurait pu fonctionner avec un peu plus de tension ou de mystère, mais leur alchimie reste en demi-teinte. Dar Salim, pourtant excellent acteur, livre une performance tout en retenue, presque trop sage. Quant à Josephine Park, elle alterne entre crispation et fragilité, sans vraiment trouver le ton juste.

 

Leur histoire d’amour se construit par petites touches, au rythme de scènes contemplatives, souvent belles mais parfois vides. Il y a bien quelques moments suspendus — un regard échangé dans la lumière dorée, une main qui hésite à se poser, un rire arraché à la fatigue — mais ils s’évaporent aussi vite qu’ils arrivent. Heureusement, Mango se rattrape sur un point : la relation mère-fille. Agnes (Josephine Højbjerg) apporte un souffle de vie à ce film qui en manque cruellement par moments. D’abord adolescente rebelle, elle se transforme peu à peu en témoin lucide de la dérive de sa mère. Sa complicité inattendue avec Paula, la belle-sœur d’Alex, offre quelques instants de tendresse et d’humour.

 

Ce duo secondaire donne un peu de chair à une intrigue qui risquait de s’assécher. Lærke et Agnes apprennent, chacune à leur manière, à lâcher prise. Sans grands discours, sans morale assénée. Et c’est peut-être là que le film est le plus juste : dans ces gestes minuscules où les personnages cessent de vouloir tout contrôler. Si la première moitié du film séduit par sa simplicité, la suite retombe vite dans les travers du genre. Le fameux “malentendu” qui sépare les amoureux avant la réconciliation finale est d’une banalité désarmante. On comprend mal pourquoi Lærke garde le silence sur des éléments qui pourraient, en trois phrases, éviter le drame. 

 

C’est frustrant, surtout parce que son personnage est justement présenté comme rationnel et franc. Le dernier acte semble bâclé, comme s’il fallait vite cocher les cases du cahier des charges Netflix : conflit, départ précipité, révélation, retour, étreinte. Tout y est, mais sans conviction. C’est dommage, car Mango avait le potentiel d’un joli film sur la reconquête de soi. Malgré ses maladresses, Mango laisse une trace, surtout visuelle. Quand Lærke s’arrête enfin dans le verger, seule, le vent soulève un rideau de poussière et le monde semble suspendu. La caméra s’approche lentement, la mangue tombe, la peau s’ouvre, et tout recommence. C’est simple, presque naïf, mais étrangement apaisant.

 

On pourrait reprocher au film son manque de rythme, ses dialogues mous ou son côté carte postale, mais il possède cette douceur désarmée, ce calme un peu mélancolique qui survit après le générique. Mango n’est pas un grand film, mais c’est un film sincère. En fin de compte, Mango ressemble à une mangue trop mûre : sucrée, agréable, mais un peu écoeurante à la longue. Son trio principal fonctionne à moitié, son scénario se repose sur des clichés, et son rythme hésitant finit par endormir les émotions. Mais entre deux soupirs, il reste quelque chose : cette lumière andalouse qui colle à la peau, cette impression d’avoir voyagé un peu, même sans bouger du canapé.

 

Note : 4.5/10. En bref, quand le soleil d’Andalousie ne suffit pas à réchauffer une romance tiède. Pour ceux qui cherchent une romance paisible, douce-amère, sans fioritures ni surprises, Mango se regarde facilement. Pour les autres, mieux vaut garder un couteau bien aiguisé — pour couper le fruit avant qu’il ne tourne.

Sorti le 7 novembre 2025 directement sur Netflix

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article