29 Novembre 2025
Stone Cold Fox // De Sophie Tabet. Avec Kiernan Shipka, Krysten Ritter et Kiefer Sutherland.
Avec Stone Cold Fox, Sophie Tabet s’amuse à fouiller dans les codes du cinéma d’action des années 80 pour en tirer un thriller pop, féminin et assumé. Le film ne cache jamais ses influences : couleurs flashy, méchants bien identifiables, héroïne cabossée mais déterminée, et un goût prononcé pour le côté pulp. Pourtant, derrière cette façade clinquante, le long-métrage réserve quelques choix étonnamment doux qui donnent un charme particulier à cette aventure ancrée dans un décor rétro mais portée par des préoccupations très actuelles. Au centre de Stone Cold Fox se trouve Fox, incarnée par Kiernan Shipka.
Années 1980, Fox s'échappe d'une communauté abusive à la recherche de sa famille. Bientôt, le chef de la secte kidnappe sa petite sœur et envoie un flic véreux à ses trousses, Fox n'a d'autre choix que d'infiltrer l'endroit même où elle s'est échappée.
Une ado qui décide de s’échapper d’un foyer toxique, trop marqué par la violence maternelle pour continuer à y survivre. Sa petite sœur, Spooky, reste seule derrière elle, et ce vide nourrit toute la trajectoire du personnage. Sur la route, Fox croise Goldie, une figure aussi séduisante que dangereuse, jouée par Krysten Ritter. Goldie attire les fugueuses comme un aimant, leur promet un refuge, puis les enferme dans un système où l’affection sert surtout à garder le contrôle. De cette dynamique naît une relation trouble, loin d’être saine, mais suffisamment complexe pour donner du relief à ce duo. Très vite, le film révèle sa nature : Stone Cold Fox n’est pas un drame psychologique mais un récit de vengeance où l’héroïne doit reprendre son histoire en main.
Le point de rupture arrive quand Fox s’empare d’un sac rempli de cocaïne, croyant voler de l’argent. Ce sac appartient en réalité à un policier corromu, Breaker, joué par Kiefer Sutherland. L’acteur trouve ici un rôle qui exploite pleinement son talent pour jouer ces figures d’autorité déglinguées : Breaker suinte l’arrogance et la violence tranquille, tout en sachant rester glaçant sans forcer le trait. Chaque scène où il apparaît installe une tension immédiate. À partir de là, Stone Cold Fox adopte clairement son ADN de film d’action rétro. Les titres stylisés, les filtres granuleux, les séquences dans une patinoire, les looks improbables, tout contribue à envoyer ce clin d’œil reconnaissable aux films qui ont marqué l’époque Stallone-Schwarzenegger.
Le film ne le fait pas ironiquement : cette esthétique n’est pas un gadget, mais la manière choisie pour raconter l’histoire. Il y a dans cette volonté une vraie affection pour ce cinéma-là. Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est la façon dont Fox rencontre des personnages secondaires qui semblent avoir grandi devant les mêmes films que la réalisatrice. Frankie, ex-militaire au tempérament imprévisible, apporte un souffle comique avec une présence brute et désarmante. Dylan, son frère obsédé par les action heroes des années 80, rêve d’appliquer leurs méthodes dans la vraie vie. Leur duo ajoute une énergie légère qui dynamise la quête de Fox et lui offre un espace pour exister autrement que comme victime ou fugitive.
Le film joue aussi avec les codes du genre en laissant Fox briser le quatrième mur à quelques moments précis. Ce procédé aurait mérité d’être plus exploité tant il correspond bien à l’attitude sarcastique et désabusée du personnage. Kiernan Shipka excelle dans ces instants où Fox partage un regard complice, presque moqueur, sur la situation. Cette complicité manque parfois ailleurs, preuve que le scénario avait encore un peu de marge pour affirmer son parti pris. Là où Stone Cold Fox montre ses limites, c’est dans la construction de certaines figures secondaires. Goldie, par exemple, possède un potentiel fort, mais son aura reste un peu trop douce pour une antagoniste censée représenter un vrai danger.
Le film suggère des aspects troubles, mais sans les pousser. Karen Fukuhara, pourtant capable de scènes très intenses, se retrouve sous-exploitée dans le rôle de Minx, un personnage qui semblait destiné à offrir davantage d’impact. Malgré ces manques, Stone Cold Fox garde une vraie énergie, notamment grâce à Sutherland, qui s’amuse visiblement dans la peau de Breaker. Ses échanges avec Corbett, incarnée par Jamie Chung, ajoutent une dimension policière plaisante même si le film ne s'y attarde jamais très longtemps. Corbett peine parfois à exister pleinement, mais son rôle permet au récit de ne pas se contenter d’une simple confrontation entre Fox et ses démons.
Ce qui reste après le visionnage, c’est surtout le sens du rythme. Le film dure à peine plus d’une heure et demie et refuse de se perdre dans des détours inutiles. La tension monte régulièrement, la quête de Fox garde une logique simple, et la mise en scène ne s’autorise pas de temps morts. Cette efficacité rend l’ensemble agréable à suivre, même lorsque certaines idées manquent de profondeur. Un autre élément qui donne du corps au film, c’est son thème sous-jacent autour des familles choisies. Fox passe d’un foyer violent à un autre, jusqu’à trouver une forme de solidarité inattendue auprès de ceux qui croisent son chemin. Le film suggère que les liens ne dépendent pas du sang, mais de ceux qui choisissent réellement d’être là.
Ce message, simple mais touchant, apporte une douceur inattendue à un récit pourtant marqué par la violence. Stone Cold Fox n’est pas une révolution du genre, mais il offre un vrai moment de cinéma porté par une identité visuelle claire et un casting investi. Il assume pleinement ses influences rétro tout en proposant un regard moderne grâce à ses personnages féminins. Malgré quelques hésitations, le film dégage une énergie sincère, et sa volonté de revisiter le cinéma de genre avec un angle différent mérite d’être saluée.
Note : 5.5/10. En bref, un revenge movie rétro qui assume son style. Stone Cold Fox est un petit thriller coloré qui sait où il va. Pas de prétention, juste l’envie de raconter une histoire de vengeance avec du style, du rythme et des personnages attachants. Et pour un film qui revendique son héritage 80’s sans chercher à le parodier, c’est déjà une belle réussite.
Prochainement en France en SVOD
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