Critique Ciné : L'Intermédiaire (Relay) (2025)

Critique Ciné : L'Intermédiaire (Relay) (2025)

L’intermédiaire (Relay) // De David Mackenzie. Avec Riz Ahmed, Lily James et Sam Worthington.

 

L’Intermédiaire (Relay) fait partie de ces thrillers qui donnent envie de tendre l’oreille dès les premières minutes. La raison est simple : David Mackenzie introduit un concept surprenant, presque anachronique, mais diablement efficace. Ash, le personnage joué par Riz Ahmed, utilise un service téléphonique dédié aux personnes sourdes pour mener ses opérations. Une astuce qui ralentit volontairement les échanges, ajoute de la distance, crée des silences lourds et transforme chaque conversation en terrain miné. Cette idée donne au début du film une vraie identité. Une tension douce, presque clinique, qui installe un climat de paranoïa très agréable.

 

Un " fixer " de renommée mondiale, spécialisé dans la négociation de paiements entre entreprises corrompues et ceux qui menacent de les faire tomber, est habitué à garder son identité secrète grâce à une organisation millimétrée et des règles strictes. Il voit son univers basculer lorsqu'une nouvelle cliente sollicite sa protection pour rester en vie.

 

Pendant un long moment, L’Intermédiaire ressemble à une trouvaille rare : un thriller d’espionnage qui parvient à être tendu sans passer immédiatement en mode action. Le film s’appuie sur une mécanique précise, nourrie de protocoles, de règles et de détails techniques qui donnent l’impression d’être plongé dans un métier de l’ombre. Ash n’est ni un espion classique ni un héros armé jusqu’aux dents. C’est un négociateur invisible, payé pour gérer discrètement les risques des lanceurs d’alerte, sans jamais perdre son sang-froid. Le suivre dans sa routine est l’un des plaisirs du film. On observe ses précautions, ses stratégies, sa distance émotionnelle. 

 

On comprend qu’il vit à travers les marges, dans les interstices d’un système où la confiance est une faiblesse. L’arrivée de Sarah, interprétée par Lily James, ajoute le principal enjeu du récit. Elle possède des documents compromettants et veut les restituer, espérant effacer les menaces qui pèsent sur elle. Ash devient son dernier recours, son guide dans un monde où chaque faux pas peut coûter cher. Leur relation crée un duo solide, qui mélange suspicion, fragilité et méfiance constante. C’est dans ces échanges que le film fonctionne le mieux. Les scènes où ils communiquent via le service téléphonique, avec ce décalage presque inquiétant, sont parmi les plus marquantes. Mackenzie exploite pleinement cette lenteur imposée pour renforcer la tension.

 

La première heure de L’Intermédiaire déroule ainsi un jeu du chat et de la souris parfaitement fluide. Surveillance, filature, fausses pistes, manipulations… Le film avance comme un casse-tête où chaque mouvement d’Ash semble anticipé trois coups à l’avance. Cette précision donne un charme certain à ce thriller qui, sans révolutionner le genre, parvient à en renouveler quelques codes. Il y a même un petit parfum hitchcockien dans la manière dont Mackenzie tisse le doute, met les personnages face à leurs limites et transforme les situations banales en moments de méfiance. Mais une fois passé ce plaisir initial, quelque chose se fissure. Le récit glisse progressivement vers un film d’action beaucoup plus classique. 

 

Les événements s’accélèrent, les retournements deviennent plus visibles, et l’ombre de la mécanique initiale s’efface au profit de scènes déjà vues. L’atmosphère tendue du début laisse place à un rythme plus bourrin, qui fait perdre l’élégance du concept. Le film ne devient jamais mauvais à ce moment-là, mais il perd une partie de ce qui faisait sa singularité. Un thriller qui semblait prêt à jouer la carte de l’intelligence se met soudain à cocher les cases du cahier des charges du genre. Et puis arrive le fameux twist. Le genre de virage qui veut marquer, qui veut surprendre, mais qui finit surtout par fragiliser l’ensemble. Le retournement paraît détaché du reste du film, comme s’il appartenait à une autre histoire. Il ne s’appuie sur aucun indice solide, aucune montée logique. 

 

Il débarque, balaye tout ce qui a précédé et donne l’impression de regarder le film se saboter lui-même. Ce choix scénaristique enlève de la cohérence au personnage d’Ash et annule une partie de l’intérêt qu’on avait pour sa méthode et sa personnalité. Au lieu de renforcer la tension ou de donner du sens, ce twist retire presque la substance du récit. À ce moment-là, L’Intermédiaire commence à montrer ses failles : personnages un peu figés, motivations floues, décisions forcées. Les clichés que le film avait réussi à éviter refont surface. Ash devient moins mystérieux, moins intrigant, comme si le film avait eu peur de lui laisser son aura d’ombre. Certaines scènes ajoutées pour enrichir son passé ne font que l’appauvrir. Trop de justification casse le charme initial du personnage. 

 

Son efficacité reposait sur sa discrétion. Le film choisit pourtant de l’exposer, au point de lui enlever ce qui le rendait fascinant. Côté réalisation, Mackenzie reste solide, même si rien ne dépasse vraiment. New York est filmée avec une sobriété qui sert le récit, et les scènes de filature fonctionnent bien. Le film garde un rythme agréable malgré sa fragilité sur la longueur. Certains moments restent tendus, notamment grâce au décalage technologique qui continue de jouer un rôle structurant, même quand l’intrigue part dans une direction plus standard. L’emballage visuel reste propre, clair, et permet au spectateur de suivre facilement le jeu complexe mis en place au début. Le cœur du film repose malgré tout sur l’idée des lanceurs d’alerte et de leur vulnérabilité. 

 

Sarah symbolise cette peur permanente, ce danger que représente le simple fait de détenir une vérité embarrassante. Le film évoque les risques posés par les entreprises puissantes, les intimidations, les menaces. Ces thèmes sont intéressants, mais ils restent en surface. L’Intermédiaire préfère la tension narrative à la profondeur sociale. Cela n’empêche pas le film d’être prenant, mais il y avait matière à aller un peu plus loin. Au final, L’Intermédiaire est un thriller qui commence avec une idée brillante, avance avec une belle maîtrise et termine sur une note trop convenue. Un film captivant pendant une bonne partie de son récit, mais qui finit par perdre l’équilibre qu’il avait soigneusement construit. 

 

Ce n’est pas un échec, loin de là. C’est un film plaisant, fluide, souvent malin, porté par un Riz Ahmed qui trouve facilement sa place dans ce rôle d’homme invisible. Mais c’est aussi un film qui se tire une balle dans le pied avec un twist inutile, au point de trahir sa propre élégance.

 

Note : 6/10. En bref, Un thriller intéressant, original dans son approche, mais qui s’égare au moment où il aurait dû tenir le cap. Dommage, car L’Intermédiaire avait entre les mains une idée rare qui méritait mieux que ce virage-là.

Sorti le 26 novembre 2025 au cinéma

 

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