31 Janvier 2026
Lettre à ma jeunesse // De Sim F. Avec Millo Taslim, Fendy Chow et Agus Wibowo.
Lettre à ma jeunesse s’inscrit clairement dans la tradition des films d’apprentissage sensibles, centrés sur les blessures de l’enfance et ce qu’elles laissent derrière elles. Réalisé par Sim F., ce drame indonésien proposé par Netflix ne cherche jamais le coup d’éclat. Il préfère avancer à petits pas, avec une mise en scène discrète et une attention constante portée aux personnages. Le résultat est un film sincère, parfois touchant, mais aussi très sage dans ce qu’il raconte. L’histoire se déroule presque entièrement dans un orphelinat. Kefas, adolescent rebelle, y vit depuis longtemps.
Kefas, désormais adulte, retourne dans l’orphelinat où il a grandi. Ce retour agit comme un véritable déclencheur, faisant remonter à la surface des souvenirs longtemps enfouis. Entre présent et passé, se dévoilent des années de jeunesse marquées par la colère, la solitude et une lutte incessante pour trouver sa place dans le monde.
Il accumule les écarts de conduite, vole, provoque, et rejette toute forme d’autorité avant même qu’elle ne tente de l’approcher. Cette colère permanente n’a rien de gratuit : elle vient d’un passé marqué par l’abandon et la perte. Face à lui arrive Simon, un nouveau gardien, silencieux, fermé, visiblement fatigué par la vie. Il n’est pas là par vocation, mais par nécessité, et traîne lui aussi un lourd bagage émotionnel. La rencontre entre ces deux solitudes devient le cœur du film. Ce qui fonctionne le mieux dans Lettre à ma jeunesse, c’est la manière dont cette relation se construit. Rien n’est brusqué. Les échanges sont d’abord tendus, maladroits, souvent réduits à des silences ou à des regards.
Le scénario évite les grandes tirades explicatives et fait confiance au jeu des acteurs. Theo Camillo Taslim incarne Kefas avec une justesse remarquable, laissant apparaître tour à tour la rage, la peur et un besoin d’attention qu’il ne sait pas formuler. En face, Agus Wibowo donne à Simon une présence calme, presque effacée, mais chargée d’émotions contenues. Leur duo porte le film de bout en bout. Le décor de l’orphelinat joue un rôle essentiel. Il n’est ni idéalisé ni misérabiliste. C’est un lieu imparfait, bruyant, parfois chaleureux, parfois pesant. Les autres enfants gravitent autour du récit principal, apportant quelques respirations et des moments de vie qui rendent l’ensemble crédible.
Même si certains restent en arrière-plan, leur présence renforce l’idée que la reconstruction passe aussi par le collectif, et pas uniquement par une relation à deux. Visuellement, le film adopte une approche très sobre. La photographie privilégie des couleurs naturelles, une lumière douce, et des cadres simples. La caméra observe plus qu’elle ne souligne. Cette retenue sert bien le propos, notamment dans les scènes de repas, de travail quotidien ou de discussions nocturnes, où l’émotion passe par de petits gestes. La musique suit la même logique : peu envahissante, elle accompagne sans forcer le ressenti. Ce choix renforce l’impression de proximité avec les personnages.
Sur le fond, Lettre à ma jeunesse parle de deuil, de colère rentrée, et de cette difficulté à grandir quand le passé n’a jamais été réparé. Le titre prend progressivement tout son sens, comme une idée abstraite plutôt qu’un concept littéral : celle de s’adresser à l’enfant que l’on a été, avec la bienveillance qui a manqué. Le film ne prétend jamais que la gentillesse ou l’écoute suffisent à tout guérir. Il montre simplement que ces gestes peuvent ouvrir une brèche, même fragile. Cela dit, le film souffre aussi de plusieurs limites. La plus évidente reste sa durée. Avec un rythme volontairement lent, Lettre à ma jeunesse s’étire parfois inutilement, notamment dans sa partie centrale.
Certaines situations reviennent sous des formes très proches, donnant une impression de répétition. Le message passe, mais il aurait gagné à être resserré pour conserver une tension émotionnelle plus constante. Le déroulement du récit est également assez prévisible. Très tôt, il devient clair que la relation entre Kefas et Simon va évoluer vers une forme d’apaisement. Les grandes étapes du parcours sont faciles à anticiper, surtout pour les spectateurs habitués aux drames introspectifs. Le film choisit la sécurité plutôt que la surprise, ce qui ne le rend pas inintéressant, mais limite son impact sur la durée. Certains personnages secondaires auraient aussi mérité un peu plus d’épaisseur.
Le film les esquisse sans vraiment les développer, ce qui crée parfois un léger déséquilibre. Le regard reste constamment focalisé sur Kefas et Simon, au détriment d’un portrait plus large de la vie dans l’orphelinat. Ce n’est pas rédhibitoire, mais cela renforce l’impression d’un film très centré, presque refermé sur lui-même. Malgré ces réserves, Lettre à ma jeunesse conserve une vraie honnêteté émotionnelle. Quelques scènes marquent durablement, notamment lorsque Kefas se confronte à son passé sans grands effets de mise en scène. Le silence, les regards et le jeu des acteurs suffisent à transmettre ce qui doit l’être. Sim F. montre ici une réelle confiance dans la simplicité, ce qui est loin d’être courant.
Note : 6/10. En bref, Lettre à ma jeunesse est un film touchant sans être bouleversant, maîtrisé sans être audacieux. Il ne renouvelle pas le genre du coming-of-age dramatique, mais il l’aborde avec sérieux et respect pour ses personnages. C’est un film qui se regarde calmement, qui laisse une trace douce, et qui parlera surtout à celles et ceux sensibles aux récits de reconstruction lente et silencieuse.
Sorti le 29 janvier 2026 directement sur Netflix
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