21 Janvier 2026
Regarde // De Emmanuel Poulain-Arnaud. Avec Audrey Fleurot, Dany Boon et Ewan Bourdelles.
Avec Regarde, Emmanuel Poulain-Arnaud s’attaque à un sujet délicat : l’annonce d’une maladie génétique qui va rendre aveugle un adolescent. Sur le papier, le film promet une approche sensible, entre drame familial et chronique lumineuse sur le temps qui reste. À l’écran, le résultat est plus contrasté. Regarde alterne entre moments justes et choix plus convenus, sans jamais vraiment trancher entre la comédie douce-amère et le drame intime. Le point de départ est pourtant fort. Milo a quatorze ans lorsqu’il apprend qu’il va progressivement perdre la vue. Le diagnostic tombe sans appel.
Chris et Antoine ont bien du mal à s’entendre depuis leur divorce. Mais, lorsqu’on leur annonce que leur fils de 16 ans est atteint d’une maladie rare, qui va lui faire perdre la vue, ils s’efforcent de mettre leurs rancœurs de côté. Les ex-conjoints embarquent leur fils pour des vacances inoubliables, bien décidés à lui offrir ses plus beaux souvenirs.
Face à cette nouvelle, ses parents, Chris et Antoine, séparés depuis longtemps, décident de mettre leurs différends de côté pour lui offrir un dernier été au bord de l’océan, du côté des Landes. L’idée est simple : remplir sa mémoire d’images avant que l’obscurité ne s’installe. Des vagues, des visages, des moments banals qui prennent soudain une valeur immense. Le film choisit d’éviter le pathos frontal, et c’est l’un de ses mérites. Regarde ne cherche pas à tirer des larmes à chaque scène. Il préfère une tonalité plus légère, parfois même franchement drôle. Certaines situations jouent sur une forme de méchanceté douce, inattendue dans ce type de récit.
Cette retenue permet d’échapper au mélodrame appuyé qui guettait le projet dès ses premières minutes. Audrey Fleurot et Dany Boon occupent une place centrale. Leur duo fonctionne, parfois trop bien. Audrey Fleurot incarne une mère tendue, souvent sur la défensive, essayant de garder le contrôle alors que tout lui échappe. Dany Boon, dans un registre plus sobre que d’habitude, campe un père maladroit, moins démonstratif, mais sincère. Leur dynamique de chien et chat apporte de l’énergie au film et permet de faire passer certaines facilités d’écriture. Le problème, c’est que cette alchimie finit par prendre le dessus sur le véritable cœur du récit. Car Regarde parle avant tout de Milo.
Ou plutôt, il devrait. Le jeune Ewan Bourdelles apporte beaucoup de douceur à son personnage, mais le scénario ne lui laisse jamais vraiment l’espace nécessaire. Milo reste souvent en surface. Le film montre ce qu’il fait : le surf, les copines, les moments avec son grand-père. En revanche, il peine à explorer ce qu’il ressent réellement face à la maladie. Ses peurs, sa colère, ses silences restent en grande partie hors champ. Le titre Regarde promettait une plongée dans son regard, mais le film s’attarde surtout sur celui des adultes. Cette hésitation se ressent dans la construction du scénario. À force de vouloir aborder plusieurs thèmes — la maladie, le couple séparé, la recomposition familiale, la transmission, le deuil anticipé — le film se disperse.
La romance contrariée entre les parents prend une place disproportionnée et donne parfois l’impression d’assister à une comédie de couple assez classique, presque interchangeable. Le sujet central, la cécité annoncée de Milo, passe alors au second plan. Les personnages secondaires n’aident pas à renforcer l’ensemble. Ils sont souvent écrits à gros traits, quand ils ne frôlent pas la caricature. La nouvelle compagne d’Antoine, notamment, semble exister uniquement pour provoquer des tensions artificielles. Le grand-père, plus attachant, apporte une légèreté bienvenue, mais reste cantonné à un rôle attendu : celui du papy cool et complice, figure rassurante face au chaos.
Visuellement, Regarde s’appuie sur un décor qui fait beaucoup du travail à sa place. L’océan, les plages landaises, la lumière naturelle offrent de belles images. Le film est agréable à regarder, parfois même apaisant. Cette beauté un peu évidente renforce cependant le côté carte postale de certaines scènes. La mise en scène reste sage, sans réelle ambition formelle. Contrairement à d’autres films qui ont traité la perte de la vue de manière plus sensorielle, Regarde choisit une approche très illustrative, sans chercher à faire ressentir physiquement ce que vit Milo. Le rythme, globalement fluide, souffre d’un manque de tension dramatique. Le scénario avance sans surprises majeures.
Les conflits se résolvent souvent trop facilement, comme si le film refusait d’aller là où ça pourrait déranger. Cette volonté de rester aimable et accessible limite l’impact émotionnel. Quelques scènes musicales apportent un souffle différent, mais elles ne suffisent pas à compenser l’impression de superficialité qui s’installe peu à peu. Cela ne signifie pas que Regarde soit un film désagréable. Il y a de vrais moments de sincérité, des échanges qui sonnent juste, des instants suspendus où la gravité du sujet affleure enfin. La fin, plus lumineuse, parvient à donner un sens plus clair à l’ensemble, même si elle arrive tardivement. On comprend alors ce que le film cherchait à dire : l’importance de ce qui reste quand tout menace de disparaître.
Au final, Regarde est un film inégal. Il évite le pire, mais ne va jamais assez loin pour marquer durablement. Son optimisme mesuré, jamais béat, en fera sans doute un film feel good acceptable pour un large public. Ceux qui espéraient une réflexion plus profonde sur la maladie et le regard risquent en revanche de rester à distance. Regarde se laisse voir sans déplaisir, mais laisse aussi une impression de rendez-vous manqué, comme un film qui observe la lumière décliner sans oser vraiment affronter l’obscurité.
Note : 5/10. En bref, Regarde est un film inégal. Il évite le pire, mais ne va jamais assez loin pour marquer durablement. Son optimisme mesuré, jamais béat, en fera sans doute un film feel good acceptable pour un large public.
Sorti le 17 septembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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