Critique Ciné : Toujours possible (2025)

Critique Ciné : Toujours possible (2025)

Toujours possible // De Jacques Ouaniche. Avec Nadia Farès, Amanda Lear et Patrick Ridremont.

 

Avec Toujours possible, Jacques Ouaniche aborde une thématique qui mérite mieux que le traitement qu’elle reçoit ici. Le désir de maternité après cinquante ans, la pression sociale exercée sur les femmes, la différence de regard entre les sexes face à l’âge : tout cela constitue une base solide, presque nécessaire dans le paysage du cinéma français. Malheureusement, le film n’a jamais l’allure d’une œuvre pensée pour la salle obscure. Il ressemble bien davantage à un téléfilm du mercredi soir sur France 2, correct dans l’intention, mais trop sage et trop formaté pour exister vraiment au cinéma. 

 

À 55 ans, Gaby, biologiste, perd son job…et gagne une idée folle : avoir un enfant ! Avec sa mère fantasque et un fichier de donneurs, elle traque le sperme parfait, tandis que Pierre, 56 ans, tente de rajeunir à tout prix pour séduire. Mais l’amour pourrait bien prouver que tout reste… toujours possible !

 

Le point de départ repose sur Gaby, une femme qui a consacré l’essentiel de sa vie à son travail. Elle ne renie pas ses choix, ne se présente pas comme une victime, mais arrive à un moment où une envie devient centrale : avoir un enfant. Cette décision tardive l’oblige à se confronter au temps qui passe, aux jugements extérieurs et à ses propres interrogations. Le film parle donc du vieillissement, du désir, de la liberté féminine et de ce double standard persistant qui autorise bien plus facilement les hommes à « recommencer » leur vie. Sur le fond, Toujours possible n’est pas à côté de la plaque. Le constat est juste, parfois même pertinent. 

 

Le regard social porté sur les femmes après un certain âge est bien montré, tout comme la solitude qui peut accompagner ces périodes charnières de la vie. Le problème ne vient pas de ce que le film raconte, mais de la manière dont il le fait. Très vite, le récit s’engage sur une voie ultra balisée, sans aspérité, sans réelle ambition de mise en scène ou d’écriture. Assez rapidement, le film abandonne son sujet principal pour se transformer en comédie romantique très classique. La rencontre amoureuse qui structure le récit paraît artificielle, presque obligatoire, comme si le scénario n’imaginait pas une autre manière de raconter cette histoire. Tout semble écrit à l’avance, sans surprise, sans tension réelle. 

 

Le désir de maternité, pourtant au cœur du projet, devient un simple prétexte narratif, relégué derrière une romance convenue. Le scénario avance de façon mécanique, accumulant les situations attendues et les dialogues fonctionnels. Rien n’est franchement raté, mais rien ne décolle non plus. Les conflits sont rapidement désamorcés, les questionnements restent superficiels, et les dilemmes moraux ne sont jamais réellement explorés. Le film donne l’impression de ne jamais vouloir déranger, ni son public, ni ses personnages. Cette prudence constante finit par vider le propos de sa force. Nadia Farès incarne Gaby avec sérieux et sincérité. 

 

Elle fait ce qu’elle peut avec un personnage qui aurait mérité plus de complexité. Patrick Ridremont lui donne la réplique de manière honnête, et leur duo fonctionne suffisamment pour rendre l’ensemble regardable. Mais là encore, le film se contente du minimum. Les personnages secondaires sont à peine esquissés, souvent réduits à des archétypes, et n’apportent rien de véritablement intéressant au récit. La mise en scène, très discrète, renforce cette impression de téléfilm. Tout est propre, lisse, sans prise de risque. La caméra ne raconte rien de plus que ce que le scénario impose déjà. Le rythme est plat, parfois mou, et l’ensemble manque cruellement de moments de cinéma. 

 

Il n’y a pas de scènes marquantes, pas d’idées visuelles fortes, pas de véritable travail sur l’émotion par l’image ou le son. Toujours possible se contente d’illustrer son histoire, là où un film de cinéma devrait la faire ressentir. Ce manque d’ambition est d’autant plus frustrant que le sujet aurait pu permettre un traitement plus audacieux. La question de donner la vie tardivement, de penser à l’enfant à venir, de mesurer ses propres limites physiques et psychologiques, tout cela est à peine effleuré. Le film préfère rester dans une zone de confort permanente, quitte à devenir fade. À force de vouloir être positif et rassurant, Toujours possible évite toute forme de profondeur.

 

Le public visé semble très clair : des spectateurs et spectatrices de plus de cinquante ans, sensibles aux récits de renaissance sentimentale et de secondes chances. Ce positionnement n’est pas un problème en soi, mais il enferme le film dans un format très normé. On a parfois l’impression de regarder une fiction pensée pour une diffusion télé, avec ses codes, ses facilités et son absence de relief. Il serait exagéré de parler de film honteux. Toujours possible n’est ni maladroit ni offensant. Il se regarde sans difficulté, et certains y trouveront sans doute un certain réconfort. Mais au cinéma, cela ne suffit pas. Le film manque de personnalité, de regard, de nécessité. 

 

Il donne surtout le sentiment d’un projet qui n’a jamais cherché à dépasser son statut de produit sage et consensuel. Au final, Toujours possible est un film moyen, peu marquant, qui aurait sans doute trouvé sa place sans problème sur le petit écran. Sur grand écran, l’impression est plus sévère : celle d’un long métrage qui n’a pas vraiment de raison d’exister en salle. Une intention respectable, quelques acteurs investis, mais un résultat trop plat pour convaincre. Toujours possible, peut-être. Mais pas vraiment indispensable.

 

Note : 3/10. En bref, Toujours possible est un film moyen, peu marquant, qui aurait sans doute trouvé sa place sans problème sur le petit écran. Sur grand écran, l’impression est plus sévère : celle d’un long métrage qui n’a pas vraiment de raison d’exister.

Sorti le 10 septembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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