26 Mars 2026
Honeymoon // De Zhanna Ozirna. Avec Ira Nirsha et Roman Lutskyi.
Avec Honeymoon, la réalisatrice Zhanna Ozirna propose un film à part. Inspiré de faits réels, ce drame ukrainien s’inscrit dans un contexte encore très récent : l’invasion russe de février 2022. Mais plutôt que de filmer la guerre de front, elle choisit un angle beaucoup plus resserré, presque étouffant. Ici, tout se passe dans un appartement. Tout se joue entre deux personnes. Le film suit Olya et Taras, un jeune couple qui vient tout juste d’emménager. La première nuit dans leur nouveau logement ressemble à une promesse de départ à deux, quelque chose de simple, presque banal. Et puis, au petit matin, tout bascule. Des explosions.
Février 2022. Olya et Taras sont heureux de passer leur première nuit dans leur nouvel appartement. À l’aube, ils sont réveillés par une série d’explosions. L’invasion russe a commencé et le jeune couple se retrouve piégé chez lui, entouré de soldats ennemis. Ils vont découvrir des sentiments contraires : la peur mais aussi, l'amour et l'espoir. Ils vont alors apprendre à survivre…
Des bruits sourds. La guerre est là, sans prévenir. Le titre Honeymoon prend alors une autre dimension, presque ironique. Très vite, le couple se retrouve piégé. Impossible de sortir. Des soldats occupent les abords de l’immeuble. La seule option : se taire, rester cachés, faire comme s’ils n’existaient pas. Le film repose entièrement sur cette situation. Un huis clos strict, où chaque bruit peut devenir une menace. Ce choix de mise en scène est clairement le cœur du projet. La guerre n’est presque jamais visible. Elle existe à travers le son : des détonations, des véhicules, des voix au loin. Tout se joue hors champ. Et c’est sans doute l’idée la plus forte du film.
Cette manière de faire ressentir la peur sans la montrer frontalement fonctionne par moments très bien. L’imagination prend le relais, et l’angoisse s’installe. Il y a aussi un vrai travail sur le silence. Les personnages chuchotent, retiennent leurs gestes, contrôlent leurs déplacements. Cette contrainte devient un élément de tension. Le moindre bruit peut avoir des conséquences. Ce parti pris donne lieu à des scènes assez fortes, où la peur passe par des détails : un regard, une respiration, un objet qui tombe. Le film cherche clairement à capter un état. Celui de la sidération, du choc, de l’incompréhension. Ce moment où la vie bascule sans qu’il y ait le temps de réagir.
De ce point de vue, Honeymoon touche juste. Il y a quelque chose de très concret dans la manière dont il montre la survie au quotidien : gérer les coupures d’électricité, économiser l’eau, éviter tout contact avec l’extérieur. Mais ce minimalisme a aussi ses limites. Sur la durée, le film donne parfois l’impression de tourner en rond. Le dispositif est très rigide, et il ne laisse pas beaucoup de place à l’évolution. Les situations se répètent, les émotions aussi. La peur est là, constante, mais elle ne monte pas vraiment. Il manque parfois une variation, un élément qui viendrait relancer l’attention. Les dialogues, assez rares, n’aident pas toujours à approfondir les personnages.
Le couple reste crédible, mais il manque peut-être un peu de relief. Leur relation est montrée avec pudeur, avec une certaine tendresse, mais elle ne dépasse pas complètement le cadre du dispositif. Il y avait sans doute matière à aller plus loin dans leur dynamique, surtout dans un contexte aussi extrême. Les acteurs, Ira Nirsha et Roman Lutskyi, portent pourtant le film avec sérieux. Ils incarnent bien cette tension permanente, ce mélange de peur et de fatigue. Leur jeu reste contenu, en cohérence avec la mise en scène. Mais là encore, le cadre très fermé limite ce qu’ils peuvent exprimer. Visuellement, le film reste assez sobre. L’appartement devient presque un personnage en soi.
Un espace qui se transforme peu à peu en refuge, puis en prison. La caméra reste proche des corps, souvent fixe, comme pour accentuer cette sensation d’enfermement. Ce choix renforce l’immersion, mais contribue aussi à cette impression de stagnation. Ce qui fonctionne le mieux, finalement, c’est cette idée de guerre invisible. Une guerre qui ne se montre pas mais qui envahit tout. Les bruits, les silences, les regards. Le film parvient à transmettre quelque chose de cette angoisse diffuse, de cette attente interminable. Car au fond, Honeymoon parle surtout de ça : attendre. Attendre que quelque chose se passe. Attendre que ça s’arrête.
Attendre de pouvoir sortir. Cette attente devient presque le sujet principal du film. Une attente qui use, qui fatigue, qui vide peu à peu les personnages. Mais cette approche très réaliste peut aussi créer une distance. À force de vouloir coller au plus près d’une situation vécue, le film oublie parfois de construire une véritable progression dramatique. Il y a des moments forts, c’est certain. Mais ils restent épars. Cela n’enlève rien à l’intérêt du film dans son contexte. Les fictions ukrainiennes sur ce conflit sont encore rares. Rien que pour cela, Honeymoon mérite d’être vu. Il apporte un regard différent, plus intime, plus humain.
Il montre la guerre non pas comme un spectacle, mais comme une intrusion brutale dans le quotidien. Au final, Honeymoon ne brille pas forcément. L’intention est forte, le point de vue est intéressant, et certains choix de mise en scène marquent. Mais le film reste enfermé dans son propre dispositif. Il capte quelque chose de réel, mais peine à le transformer en expérience pleinement immersive sur la durée.
Note : 5/10. En bref, un film fragile, parfois prenant, parfois un peu statique. Une tentative sincère de raconter la guerre autrement, à hauteur d’homme, même si tout n’aboutit pas complètement.
Sorti le 1er avril 2025 au cinéma - Disponible en VOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog