23 Mars 2026
Les rayons et les ombres // De Xavier Giannoli. Avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl et Olivier Chantreau.
Avec Les rayons et les ombres, Xavier Giannoli s’attaque à un sujet sensible : la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film suit le parcours de Jean Luchaire, journaliste engagé dans l’entre-deux-guerres, et celui de sa fille Corinne, jeune actrice promise à un bel avenir. À travers leur histoire, le réalisateur propose une plongée dans une période trouble, où les convictions glissent lentement vers des choix difficiles à assumer. Dès les premières minutes, le ton est donné. Le film ne cherche pas à simplifier les choses.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration.
Il ne s’agit pas de raconter une opposition claire entre le bien et le mal, mais plutôt d’explorer cet espace intermédiaire, où les décisions se prennent souvent par opportunisme, par peur ou par confort. Le parcours de Jean Luchaire est au cœur du récit : un homme qui se voulait pacifiste, favorable au dialogue franco-allemand, et qui finit par devenir une figure de la presse collaborationniste sous Vichy. Ce glissement progressif est l’un des points les plus intéressants du film. Rien n’est brutal, tout se fait par étapes. D’abord quelques compromis, puis des arrangements, jusqu’à un point de non-retour.
Cette idée d’un engrenage fonctionne bien à l’écran, même si elle est parfois soulignée de manière un peu insistante. Le film rappelle que les dérives ne commencent pas toujours par des actes spectaculaires, mais par des choix anodins qui s’accumulent. Jean Dujardin incarne ce personnage avec une certaine retenue. Le jeu reste sobre, sans chercher à rendre Luchaire sympathique ni totalement détestable. Cette neutralité permet de garder une distance et d’observer le personnage évoluer sans jugement trop appuyé. Face à lui, August Diehl apporte une présence plus froide dans le rôle d’Otto Abetz, diplomate allemand et figure influente dans le basculement du protagoniste.
Leur relation, faite de fascination et d’intérêt mutuel, contribue à installer une tension discrète mais constante. Mais le regard du film passe aussi par Corinne, interprétée par Nastya Golubeva. C’est elle qui observe, qui raconte, qui tente de comprendre. Son point de vue apporte une dimension plus intime au récit. Au début, elle semble spectatrice, presque détachée. Puis, au fil du temps, la réalité s’impose à elle, sans qu’elle ne sache vraiment comment réagir. Cette évolution est intéressante, même si le personnage reste parfois en retrait, comme emporté par des événements qui le dépassent. La mise en scène de Xavier Giannoli s’inscrit dans la continuité de ses précédents films.
Le travail sur les décors et les costumes est particulièrement soigné. Le Paris occupé est reconstitué avec attention, entre rédactions de journaux, soirées mondaines et lieux de pouvoir. Cette immersion fonctionne bien et participe à crédibiliser le récit. Le film prend le temps de s’installer, ce qui renforce son aspect fresque historique. Cependant, cette ambition a aussi ses limites. Avec une durée qui dépasse largement les trois heures, Les rayons et les ombres s’étire parfois inutilement. Certaines scènes se répètent, notamment celles liées à la vie mondaine ou à la dégradation physique des personnages. Cette insistance finit par alourdir le rythme, et l’attention peut décrocher par moments.
Le film donne l’impression de vouloir tout dire, au risque de perdre en intensité. Autre point discuté : la narration, souvent portée par la voix off de Corinne. Ce choix permet de structurer le récit, mais il peut aussi créer une distance avec les émotions. Le ton reste assez explicatif, presque didactique, ce qui limite parfois l’impact de certaines scènes. L’histoire est racontée de manière claire, mais elle laisse moins de place à l’interprétation ou à l’émotion brute. Malgré ces réserves, le film pose des questions intéressantes. Comment un individu peut-il compromettre ses valeurs au point de basculer dans la collaboration ? Jusqu’où peut aller l’aveuglement volontaire ?
Et surtout, à quel moment aurait-il fallu dire non ? Ces interrogations traversent tout le récit sans jamais apporter de réponse simple. Le film préfère laisser le spectateur face à ses propres réflexions. Il y a aussi, en filigrane, une réflexion sur le rôle du cinéma lui-même. Raconter ces histoires, revenir sur ces zones d’ombre, c’est aussi une manière de ne pas les oublier. Le film insiste sur cette idée : le cinéma sert à transmettre, à interroger, à remettre en perspective des événements qui continuent de résonner aujourd’hui. Visuellement, certaines images marquent, notamment dans la représentation de la déchéance progressive des personnages.
Le contraste entre les moments de lumière — les succès, les fêtes, le confort — et les moments plus sombres est au cœur du film. Ce jeu entre éclat et obscurité donne du sens au titre et accompagne l’évolution des protagonistes. Au final, Les rayons et les ombres est un film ambitieux, qui ne manque ni de sérieux ni de moyens. Il réussit à traiter un sujet complexe sans tomber dans la caricature, ce qui reste appréciable. Mais cette ambition s’accompagne d’un certain manque de rythme et d’une narration parfois trop appuyée.
Note : 7/10. En bref, ce n’est pas un film facile, ni toujours fluide, mais il a le mérite d’exister et de proposer une lecture nuancée d’une période souvent simplifiée. Il rappelle que l’Histoire n’est jamais faite de certitudes, mais de choix, de doutes et de contradictions. Et que derrière chaque décision, il y a des conséquences que le temps finit toujours par révéler.
Sorti le 18 mars 2026 au cinéma
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