3 Avril 2026
Le dernier géant // De Marcos Carnevale. Avec Oscar Martinez, Matias Mayer et Inés Estévez.
Avec Le dernier géant, le cinéma propose un drame centré sur une relation aussi fragile que complexe : celle d’un père et de son fils qui se retrouvent après des années de silence. Sur le papier, le film semble suivre une trajectoire assez classique, celle des retrouvailles tardives et des blessures à réparer. Pourtant, ce qui frappe assez vite, c’est la manière dont le récit choisit de prendre son temps, quitte à désorienter au départ. L’histoire suit Boris, guide touristique dans une région marquée par des paysages impressionnants. Un métier qui n’a rien d’anodin : il passe ses journées à raconter, à mettre en scène, à accompagner les autres dans leur découverte.
Quand son père, perdu de vue depuis longtemps, réapparaît dans sa vie, un guide touristique doit panser de vieilles plaies et faire un choix qui scellera leurs avenirs.
Mais dès que sa propre histoire refait surface, tout devient plus compliqué. Le retour de son père, Julián, absent depuis des décennies, vient fissurer cet équilibre fragile. Le film installe alors une tension qui ne repose pas sur de grands rebondissements, mais sur ce qui n’est pas dit. Ce choix d’écriture donne une tonalité assez particulière à Le dernier géant. Ici, les dialogues ne cherchent pas toujours à expliquer ou à résoudre. Les conversations tournent parfois autour du sujet, évitent l’essentiel, ou s’arrêtent au moment où elles pourraient devenir trop directes. Ce réalisme dans les échanges apporte une certaine justesse, même si cela peut aussi créer une forme de frustration.
Le personnage de Boris est au cœur du film, et il porte une colère contenue qui ne demande qu’à sortir. Ce qui fonctionne bien, c’est la manière dont cette émotion reste souvent en surface, sans explosion immédiate. Quelques gestes, des silences prolongés, une posture qui se ferme : le film préfère ces petits détails à des scènes trop démonstratives. Cela rend certaines séquences assez marquantes, notamment celles où père et fils se retrouvent seuls, sans échappatoire. En face, Julián est plus difficile à cerner. Il n’est jamais présenté comme un père totalement coupable ni comme quelqu’un en quête de pardon absolu. Son attitude reste ambiguë, parfois déroutante.
Cette absence de position claire peut déstabiliser, mais elle évite aussi de tomber dans un schéma trop simple. Le film ne cherche pas à dire qui a raison ou tort, et laisse chacun se faire son propre avis. Visuellement, Le dernier géant reste dans une approche assez sobre. Les décors naturels occupent une place importante, mais sans jamais écraser les personnages. Au contraire, ils semblent parfois accentuer la distance entre eux. Les grands espaces contrastent avec les tensions intérieures, comme si le calme extérieur venait souligner le désordre émotionnel. Cette utilisation des lieux fonctionne bien, même si elle reste discrète.
Le rythme du film, en revanche, pourra diviser. La première partie avance lentement, presque à contre-courant des habitudes actuelles. Certains passages s’étirent, comme si le film testait la patience du spectateur. Mais avec un peu de recul, cette lenteur participe à l’installation du malaise. Elle permet aussi de donner plus de poids aux moments où les choses basculent. Car lorsque les enjeux deviennent plus clairs, Le dernier géant prend une direction plus sombre qu’attendu. Le retour du père ne se limite pas à une simple tentative de rapprochement. Une demande inattendue vient bouleverser l’équilibre déjà fragile entre les deux hommes.
Ce choix scénaristique apporte une dimension supplémentaire, même si son traitement manque parfois de profondeur. Certaines scènes importantes arrivent avec une forte tension, mais se résolvent un peu trop rapidement. Le film montre aussi ses limites à travers ses personnages secondaires. Ils gravitent autour de Boris sans vraiment exister par eux-mêmes. Leur présence apporte parfois un éclairage intéressant, mais reste souvent en retrait. Cela donne l’impression d’un univers un peu réduit, centré presque exclusivement sur le duo principal. Malgré ces défauts, il est difficile de rester totalement extérieur à ce qui se joue à l’écran. Plus le récit avance, plus une forme d’attachement se crée, notamment grâce aux interprétations.
Le film repose largement sur ses acteurs, et c’est sans doute là qu’il trouve sa principale force. Même dans les moments les plus simples, une émotion finit par passer. Le dernier géant ne cherche pas à offrir une conclusion nette ou rassurante. La fin s’inscrit dans la continuité du reste : elle reste ouverte, presque suspendue. Il n’y a pas de véritable résolution, mais plutôt une forme d’acceptation. Le film semble dire que certaines choses ne peuvent pas être réparées, seulement comprises ou acceptées.
Note : 5/10. En bref, Le dernier géant s’inscrit dans la lignée des drames intimistes qui privilégient l’humain à l’intrigue. Le sujet n’est pas nouveau, et certaines étapes du récit restent prévisibles. Pourtant, la manière de traiter cette histoire, plus retenue et moins démonstrative, lui donne une identité particulière. Un film discret, imparfait, mais qui laisse une trace une fois la projection terminée.
Sorti le 1er avril 2026 directement sur Netflix
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