21 Avril 2026
C'est un fait : regarder la saison 3 de Euphoria, c’est un peu comme essayer de retrouver un vieil ami après des années de silence pour se rendre compte qu’il a totalement changé, sans vraiment savoir qui il est devenu. Ce deuxième épisode enfonce le clou. On sent que la série cherche désespérément son second souffle maintenant que les paillettes du lycée se sont envolées, laissant les personnages face à un vide existentiel assez vertigineux. On n’est plus dans la crise d’adolescence pure, on est dans le "crash-test" de la vie adulte, et c'est loin d'être gracieux. Au milieu de ce chaos, Rue reste notre phare, même si elle semble plus perdue que jamais.
Ce qui frappe ici, ce n’est pas tant sa lutte contre ses addictions, mais cette nostalgie presque physique qui émane d'elle. Elle ne regrette pas les cours ou les drames de couloir, elle regrette la légèreté de l'époque où tout semblait encore pouvoir s'arranger. Zendaya, comme à son habitude, porte l'épisode sur ses épaules avec une justesse désarmante. Elle arrive à rendre Rue humaine et vulnérable, même quand le scénario l’entraîne dans des situations franchement glauques liées au monde de la nuit. Ses souvenirs, distillés par de brefs flashbacks, sont les seuls moments de l'épisode où l'on respire enfin, loin de la noirceur pesante du présent. À l'opposé de cette dérive, Maddy semble être celle qui s'en sort le mieux, ou du moins celle qui a compris les règles du jeu.
On la voit évoluer dans un monde où l’apparence et l’influence sont les seules monnaies d'échange. Elle est lucide, presque froide dans sa manière de naviguer dans sa nouvelle vie professionnelle. Mais là où le bât blesse, c'est que l'écriture reste un peu trop en surface. On nous montre sa réussite sans vraiment nous faire ressentir le prix qu'elle paie pour ça. On tourne parfois en rond sur les mêmes thématiques de réussite sociale sans que le récit ne franchisse jamais vraiment le cap de l’émotion pure. Et puis, il y a le face-à-face que tout le monde attendait : Maddy et Cassie. Leurs retrouvailles sont un mélange bizarre de rancœur tenace et de cette vieille complicité qu'on n'arrive pas tout à fait à tuer.
Cassie, de son côté, continue son errance identitaire. Elle cherche désespérément à exister à travers les yeux des autres, cette fois via les réseaux sociaux. C'est un sujet ultra-contemporain et hyper pertinent, surtout avec la monétisation de l'image de soi, mais Sam Levinson manque ici de finesse. Le message est un peu trop martelé, presque surligné au stabilo, ce qui enlève de la force au propos. On a parfois l'impression de revoir des schémas de la saison précédente, une sorte de boucle sans fin où Cassie ne finit jamais de payer pour ses erreurs passées. Pour Nate, le grand méchant qu'on adore détester, le vernis craque enfin. Derrière sa façade de contrôle absolu, on découvre des failles financières qui pourraient bien le faire tomber de son piédestal.
C’est une piste intéressante car elle humanise enfin ce personnage qui semblait presque intouchable. Pourtant, là aussi, on reste sur notre faim. On pose les bases d'un drame plus profond, mais l'épisode préfère s'attarder sur l'esthétique plutôt que de creuser les enjeux. Le retour de Jules vient ajouter une couche de complexité supplémentaire. Entre elle et Rue, la distance est devenue un gouffre. Leur lien existe toujours, on le sent dans chaque silence et chaque regard fuyant, mais la magie est brisée. C’est peut-être l’une des trajectoires les plus réalistes de la saison : montrer que certains amours ne survivent pas au passage à l’âge adulte, peu importe l'intensité de ce qu'on a vécu.
Visuellement, l'épisode reste une claque. La photographie est magnifique, les jeux d'ombres et de lumières sont toujours aussi soignés. Mais voilà, l'esthétique ne peut plus tout faire. Si dans les premières saisons, le style servait le fond, ici, il semble parfois là pour combler les trous d'un scénario qui s'éparpille. On accumule les idées, on lance des pistes (le trafic, l'argent, la célébrité éphémère), mais on a du mal à voir où tout cela nous mène. En fin de compte, cet épisode 2 est à l'image de ses personnages : il est entre deux mondes. On sent que la série veut grandir, devenir plus mature et plus sombre, mais elle n'ose pas encore totalement lâcher ses vieux réflexes.
Les moments les plus réussis sont finalement les plus simples, ceux où la caméra se pose et laisse les acteurs exister sans artifice. On ressort de là avec une impression de flou. C'est beau, c'est triste, c'est parfois agaçant, mais on continue de regarder, avec l'espoir secret que la suite trouvera enfin son équilibre. Pour l'instant, Euphoria avance à l'aveugle, et nous avec.
Note : 4/10. En bref, ce deuxième épisode brille par sa mise en scène toujours aussi léchée et la justesse de ses actrices, mais il peine à masquer un scénario qui fait du surplace en multipliant les pistes sans direction claire. On en ressort avec une impression de flou artistique où l’esthétique prend souvent le pas sur l’émotion, laissant les personnages errer dans une maturité qui se cherche encore.
Disponible sur HBO max
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