2 Juin 2026
Le rideau tombe enfin. Avec ce huitième épisode de la saison 3, Euphoria tire sa révérence après une salve d’épisodes qui aura soufflé le chaud et le froid. Depuis le fameux saut temporel qui a ouvert la saison, le créateur Sam Levinson a visiblement eu envie de briser la routine. Fini les couloirs du lycée, les paillettes et les amours adolescentes un peu clichés. Cette année, la série s’est aventurée sur un terrain beaucoup plus vaste, plus sombre, mais aussi nettement plus chaotique. Ce grand final résume à lui seul toute cette évolution : un épisode qui essaie tant bien que mal de boucler la trajectoire destructrice de Rue tout en jonglant avec des intrigues secondaires qui lorgnent carrément du côté du cinéma de genre.
Depuis la reprise, on sentait que Rue avançait sur un fil de fer au-dessus du vide, et que la chute restait inévitable. Son combat contre l’addiction n’a jamais vraiment quitté le centre de l'écran, même quand les scénaristes s'amusaient à la plonger au milieu d'histoires de gros sous, de cartels et de criminalité pure. Ce final a la bonne idée de ramener le personnage à ses racines, à ce qui fait le cœur vibrant de la série depuis le premier jour : sa fragilité brute face à la dépendance et le deuil impossible de son père. La manière dont le destin de Rue est traité ici reste l'élément le plus fort de tout cet épisode.
Après l'avoir vue survivre à des situations totalement surréalistes tout au long de la saison, le scénario choisit de la rattraper par quelque chose de beaucoup mais alors de beaucoup plus banal, de plus ancré dans le réel. Ce contraste saisissant entre l'action pure qui ouvre l'épisode et la simplicité tragique de sa conclusion fonctionne à merveille. C’est un rappel salutaire que, malgré les détours un peu tirés par les cheveux de cette troisième saison, le vrai sujet de la série reste la maladie de l'addiction et le vide abyssal qu'elle laisse derrière elle. Zendaya est magistrale dans ces dernières scènes. Elle insuffle à son personnage une détresse et, paradoxalement, une forme de sérénité qui brisent le cœur.
Les moments où Rue semble enfin toucher du doigt une paix intérieure contrastent violemment avec la tension étouffante qui pèse sur le reste de l’épisode. Cette quête d'un refuge perdu, d'un retour à l'innocence, aura été le fil rouge invisible de cette saison 3, surtout depuis que Rue a quitté le cocon familial pour se perdre. Le problème, c’est qu'Euphoria ne sait plus se focaliser sur un seul sujet. Une fois la page de Rue tournée, l’épisode opère un virage à 180 degrés et décide de s'attarder longuement sur Ali. C’est un choix pour le moins déroutant. Déplacer le poids émotionnel du grand final vers un personnage secondaire, aussi charismatique soit-il, ressemble à un manque de structure ou à un aveu de faiblesse dans l'écriture.
Heureusement que Colman Domingo possède une présence magnétique incroyable pour porter cette transition à bout de bras et imposer une intensité folle. C'est plutôt la trajectoire de son histoire qui pose question. Euphoria a toujours été à son sommet lorsqu'elle filmait l'intimité de ses personnages, leurs silences et leurs fêlures invisibles. Ici, le final bascule par moments dans les codes purs du western moderne. Le face-à-face tendu avec Alamo prend des airs de règlement de comptes, bien loin de la délicatesse psychologique des débuts. Visuellement, c'est somptueux, la mise en scène est impeccable, mais on ne peut pas s'empêcher de se demander si on n'a pas changé de série en cours de route.
Cette crise d'identité traverse en réalité toute la saison 3. Si on compare ces épisodes aux deux premières saisons, on sent une série tiraillée entre deux forces contraires. D’un côté, le drame intime, viscéral, centré sur les névroses de Rue, Jules, Cassie ou Lexi. De l’autre, une intrigue policière et criminelle de plus en plus envahissante qui a fini par grignoter tout l'espace disponible. L’épisode 8 est le pur produit de cette dualité un peu bancale. Quand la série mise sur la sobriété et l'émotion pure, elle touche en plein cœur. Quand elle cherche à faire le spectacle à tout prix, elle perd de sa superbe.
Ce mélange des genres crée un déséquilibre permanent qui empêche le spectateur de s'immerger totalement et qui gâche un peu le plaisir de ces derniers instants. Cette sensation d'inachevé est d'ailleurs particulièrement frustrante concernant les figures historiques du show. Jules, qui a longtemps été l'âme sœur et le moteur de Rue, passe complètement au second plan. Après trois saisons passées à explorer la complexité toxique de leur relation, la voir reléguée à quelques apparitions discrètes dans ce final laisse un goût amer. On a l'impression que le scénario n'a pas su quoi faire d'elle après leur rupture, ce qui reste un immense gâchis.
Le constat est le même pour d’autres visages familiers dont les arcs narratifs se bouclent à la va-vite, comme s'il fallait absolument cocher des cases avant le générique de fin. Heureusement, Cassie s'en sort mieux avec une fin de trajectoire très cohérente. Depuis le début de la saison, sa quête désespérée de validation, son besoin d'exister dans le regard des autres et sa dérive narcissique l'ont poussée dans une spirale destructrice assez effrayante. Le final ne cherche pas à lui offrir une rédemption facile ou un dénouement rassurant. Au contraire, il la laisse face à sa propre solitude, au milieu des ruines de ses choix passés. C'est cruel, mais c'est d'une justesse implacable.
Le grand final tente aussi d'apporter une dimension spirituelle au récit en insistant sur les thèmes de la foi, de la religion et du pardon. Ces discussions tournaient déjà en boucle entre Rue et Ali depuis plusieurs épisodes. L'épisode 8 essaie d'en faire une clé de voûte symbolique pour clore la série. Si certaines scènes fonctionnent grâce à la sincérité des acteurs, le message global reste flou et un peu lourd à digérer, comme si la série cherchait une profondeur philosophique qu'elle n'a pas le temps de développer correctement. Au bout du compte, ce huitième épisode ferme les portes d'Euphoria d'une manière assez fidèle à ce qu'aura été cette saison 3 : une œuvre bourrée d'ambition, visuellement bluffante, capable d'éclairs de génie mais terriblement irrégulière.
Le voyage de Rue garde toute sa puissance émotionnelle et offre une conclusion digne à l'un des personnages les plus marquants de la télévision récente. Malheureusement, l’accumulation d’intrigues secondaires dispensables et les ruptures de ton continuelles empêchent cette dernière ligne droite d’atteindre la perfection des débuts. En voulant quitter les murs du lycée pour embrasser un monde plus vaste et violent, Euphoria a gagné en envergure ce qu’elle a perdu en intimité et en singularité. Et ce final en est le parfait exemple.
Note : 5/10. En bref, ce final de la saison 3 d'Euphoria offre une conclusion émouvante et réaliste à la trajectoire destructrice de Rue, sublimée par la performance de Zendaya. Malheureusement, l’épisode s’éparpille dans un virage thriller aux airs de western moderne et délaisse ses personnages historiques, confirmant les déséquilibres d'une saison tiraillée entre drame intime et grand spectacle.
Disponible sur HBO max
La saison 3 de Euphoria est la dernière de la série. Il n’y aura pas de saison 4. Si cette décision a été donnée lors de la diffusion du dernier épisode de la série, ce n’est pas une nouvelle étonnante. La carrière cinéma de Zendaya et Sydney Sweeney ou encore les déboires de coulisses autour du créateur Sam Levinson ont forcément eu raison de la série.
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