1 Avril 2026
Avec ses six épisodes très courts, Homebodies ne prend pas beaucoup de temps pour installer son univers. Tout va assez vite : un retour, une maison, une relation mère-fils déjà fragilisée, et très tôt, un élément étrange qui vient compliquer la situation. Pourtant, malgré ce format réduit, la mini-série arrive à poser une ambiance assez particulière, entre malaise familial et intrusion du passé. Darcy revient dans sa ville après plusieurs années d’absence. Il a changé, construit sa vie ailleurs, et ce retour n’a rien d’évident. La maison dans laquelle il a grandi n’a, elle, presque pas bougé.
Un homme trans rentre chez lui pour s'occuper de Nora, sa mère dont elle était séparée, mais découvre qu'elle vivait avec Dee, le fantôme adolescent qu'il avait avant la transition.
Sa mère Nora s’y accroche comme à un point fixe, et ce décalage entre les deux devient immédiatement palpable. Ce n’est pas seulement une question de transition de genre, même si elle est centrale : c’est aussi une histoire de distance, de temps qui n’a pas été vécu ensemble. L’idée la plus marquante de la série arrive rapidement : Nora vit avec Dee, qui n’est autre que la version adolescente de Darcy, restée figée avant sa transition. Ce n’est pas présenté comme un simple souvenir ou une métaphore floue. Dee est là, elle parle, elle réagit, elle prend de la place. Cette présence rend les choses concrètes d’une manière assez dérangeante, parce qu’elle oblige tout le monde à faire face à ce qui, normalement, resterait intérieur.
Ce choix narratif fonctionne par moments très bien. Voir Darcy confronté à une version passée de lui-même donne lieu à des scènes tendues, parfois même un peu absurdes, où l’on ne sait pas trop s’il faut prendre du recul ou rester dans l’émotion. Leur relation ressemble parfois à celle de deux personnes différentes contraintes de cohabiter, avec des reproches, de l’incompréhension, et une forme de rivalité difficile à ignorer. Du côté de Nora, la situation devient encore plus complexe. Elle ne fait pas face directement à son fils tel qu’il est aujourd’hui, puisqu’elle continue, d’une certaine manière, à vivre avec ce qu’il était avant.
Ce n’est pas une opposition frontale, ni un rejet brutal. C’est plus diffus, plus ambigu. Elle avance comme elle peut, avec ses contradictions, ses maladresses, et ce besoin évident de ne pas perdre complètement ce qu’elle a connu. La série prend le temps de montrer ces tensions sans les transformer en affrontements permanents. Parfois, cela donne des échanges assez justes, où quelques phrases suffisent à faire comprendre le fossé entre les personnages. À d’autres moments, cela donne l’impression que tout reste un peu en surface, comme si certaines scènes évitaient d’aller plus loin. Le format joue clairement là-dessus.
En six épisodes d’environ dix minutes, difficile de tout développer. Certaines idées sont posées puis laissées de côté assez vite. Il y a des pistes intéressantes autour de l’identité, du rapport au corps, ou encore de la manière dont chacun reconstruit son histoire, mais elles ne sont pas toujours exploitées jusqu’au bout. Le personnage de Dee reste sans doute l’élément le plus marquant. Elle incarne quelque chose de bloqué, une colère qui ne passe pas, une version de soi qui n’a pas évolué. Sa présence crée un déséquilibre constant. Elle n’est ni totalement victime, ni simplement un obstacle. Elle est là, et c’est justement ça le problème.
La relation entre Darcy et une ancienne amie, George, apporte un autre point de vue. Elle, contrairement à lui, n’a pas quitté la ville. Pourtant, elle a elle aussi évolué, trouvé sa place, et construit son identité. Ce contraste casse un peu l’idée que partir serait la seule solution pour avancer. Ça montre surtout que les trajectoires ne se ressemblent pas, même quand le point de départ est le même. Sur la forme, la série reste assez simple. La mise en scène ne cherche pas à en faire trop, ce qui peut donner un rendu parfois un peu plat. Certaines scènes auraient sans doute gagné à être plus marquées visuellement, surtout avec un élément fantastique aussi présent. Du côté du jeu, c’est inégal.
Certains moments sonnent juste, d’autres un peu moins, ce qui crée un léger décalage dans l’ensemble. Il y a aussi un choix assez clair de ne jamais pousser les situations dans quelque chose de trop brutal. Même quand le sujet pourrait amener à des confrontations plus dures, la série reste contenue. Ça peut être vu comme une manière de rester dans quelque chose de réaliste, mais ça donne aussi parfois l’impression que ça tourne autour du problème sans vraiment l’attraper. Malgré ça, Homebodies garde une idée forte : celle de devoir vivre avec différentes versions de soi, même quand elles ne sont plus en accord.
Ce n’est pas une vision très confortable, mais elle a le mérite de poser une question simple : qu’est-ce qu’on fait de ce qu’on a été, surtout quand les autres n’arrivent pas à passer à autre chose ? Ce qui reste après les six épisodes, c’est l’image assez étrange d’une cohabitation forcée entre passé et présent. Une situation qui, dans la série, prend une forme littérale, mais qui renvoie à quelque chose de plus courant dans les relations familiales : le décalage entre ce que quelqu’un est devenu et ce que les autres continuent de voir.
Note : 6.5/10. En bref, Homebodies propose une idée forte en confrontant un homme trans à son passé incarné, ce qui crée des tensions intéressantes mais pas toujours pleinement exploitées sur la durée. Malgré des limites liées au format court et un traitement parfois en retenue, la mini-série reste pertinente dans sa manière d’aborder les relations familiales et l’identité sans simplifier les choses.
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