Critique Ciné : Driver's Ed (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Driver's Ed (2026, Amazon Prime Video)

Driver’s Ed // De Bobby Farrelly. Avec Sam Nivola, Sophie Telegadis et Mohana Krishnan.

 

On se souvient tous de cette époque où les comédies adolescentes américaines envahissaient nos écrans. Des bandes de lycéens un peu paumés, des plans foireux, un road trip improvisé et des adultes totalement dépassés par les événements. C’est exactement cette recette rétro que Bobby Farrelly essaie de relancer avec son nouveau film, Driver’s Ed. Sur le papier, l'idée avait carrément de quoi séduire les nostalgiques du genre. Le problème, c’est qu’au lieu de retrouver la folie de l'époque, on se retrouve face à une version très édulcorée et beaucoup trop sage d'un style de cinéma qui a déjà été fait cent fois en mieux.

 

Des adolescents volent la voiture du cours de conduite de leur école pour aider un lycéen à retrouver sa petite amie, fraîchement arrivée à l'université, et à la reconquérir.

 

Attention, le film n'est pas un naufrage complet non plus. On passe un moment plutôt correct grâce à des scènes assez amusantes, un casting de jeunes acteurs attachants et une vraie sincérité lorsqu'il s'agit de parler des angoisses de l'adolescence. Le vrai souci, c'est que Driver’s Ed manque cruellement de punch, de rythme et surtout d’idées neuves pour réussir à marquer les esprits sur la durée. L'histoire nous plonge dans le quotidien de Jeremy, un lycéen mordu de cinéma. Le garçon est complètement dépendant de sa relation avec Samantha, sa petite amie partie à l’université quelques mois avant lui. Forcément, la distance commence à peser et Jeremy panique totalement. 

 

Après un coup de fil un peu trop arrosé, il se persuade qu'il est sur le point de se faire larguer. Sa solution ? Voler la voiture de son auto-école pour traverser le pays et rejoindre Samantha sur son campus. Il ne part pas seul dans cette galère. Sa bande s'agrandit rapidement avec Evie, une fille populaire bien plus lucide que lui sur les relations amoureuses, Aparna, une élève brillante mais rongée par le stress, et Yoshi, le dealer du lycée qui vit sa vie de manière totalement détachée. Pendant que cette fine équipe trace la route, le personnel du lycée essaie tant bien que mal de les retrouver avant que les choses ne tournent vraiment au vinaigre. Le gros point noir du scénario, c’est qu'il ne surprend jamais. 

 

On voit absolument tout venir à des kilomètres. Les tensions qui apparaissent au sein du groupe, les rapprochements amoureux prévisibles, les confidences au coin du feu et même les grandes leçons de vie finales suivent une route tracée d'avance. Le film ne fait aucun effort pour bousculer ou réinventer les clichés habituels du teen movie. C’est dommage, car ce côté nostalgique est clairement l'argument principal mis en avant par Bobby Farrelly. Visuellement et dans l'ambiance, Driver’s Ed cherche à ressembler aux comédies des années 90 ou du début des années 2000, ces fameux films où des ados vivaient des aventures improbables le temps d’un week-end. 

 

On pense par exemple à American Pie. Sauf qu’ici, tout semble lissé pour plaire au plus grand nombre. Là où ses modèles assumaient leur vulgarité, leur absurdité ou leur côté irrévérencieux, Driver’s Ed garde toujours le cul entre deux chaises. Le film veut être drôle, mais sans jamais oser aller trop loin. Il veut être touchant, mais sans vraiment creuser la psychologie de ses personnages. Il veut surfer sur la nostalgie, mais sans apporter une touche personnelle. De nombreuses scènes donnent une impression de déjà-vu assez fatigante, comme les pannes sur la route, les disputes dans l'habitacle ou les rencontres avec des personnages secondaires un peu bizarres.

 

Heureusement que les jeunes acteurs sauvent un peu le voyage. Sam Nivola apporte une belle sincérité au personnage de Jeremy, même si ce dernier devient parfois agaçant à force de faire une fixette absolue sur sa copine. Son côté naïf et un peu gauche fonctionne plutôt bien grâce à un jeu très naturel. Sophie Telegadis s’en sort encore mieux dans le rôle d'Evie. Bien que son personnage soit un stéréotype ambulant, l’actrice réussit à lui donner une vraie fraîcheur. Les scènes d'échange entre elle et Jeremy font partie des rares moments où le film semble enfin respirer et trouver le bon ton. On retient aussi Aidan Laprete, qui incarne Yoshi. 

 

Son humour décalé et son détachement total apportent un vrai vent de fraîcheur. Il donne parfois l’impression de jouer dans une comédie bien plus drôle que le reste du film. Malheureusement, le personnage d'Aparna reste sous-exploité du début à la fin, avec une évolution expédiée en quelques minutes à laquelle on a du mal à croire. Du côté des adultes, le bilan est beaucoup plus mitigé. Pourtant, le réalisateur s'est entouré de visages connus de la comédie comme Kumail Nanjiani ou Molly Shannon. Le problème, c'est que leurs interventions coupent constamment la dynamique du road trip. On a l'impression que le film n'ose pas faire confiance à ses adolescents pour tenir l'histoire tout seuls. 

 

Dès qu'une scène entre les jeunes commence à devenir intéressante ou intime, le montage coupe pour nous montrer les adultes qui s'agitent et paniquent de leur côté. Kumail Nanjiani parvient à arracher quelques sourires en moniteur d’auto-école complètement dépassé, mais cela ne suffit pas à masquer les longueurs. Le vrai problème de Driver’s Ed reste son manque de rythme. Pour un film censé nous embarquer dans un voyage chaotique et amusant, le résultat est souvent étonnamment mou. Les scènes s'étirent sans raison et plusieurs péripéties semblent être là uniquement pour meubler et faire grimper la durée du film. 

 

Même les moments qui devraient basculer dans l'absurde, comme une confrontation avec un voleur armé, tombent à plat. L'émotion manque aussi à l'appel. Le film tente bien de parler des peurs du passage à l'âge adulte ou de la difficulté des relations à distance, mais il effleure à peine le sujet. 

 

Note : 4.5/10. En bref, Driver’s Ed se regarde comme une tentative honnête de faire revivre l'âge d'or de la comédie adolescente américaine, mais sans la folie, le rythme ou le piquant qui rendaient ces films mémorables. C'est un divertissement qui se laisse regarder sans déplaisir un dimanche soir, mais qui s'oublie malheureusement aussitôt le générique de fin commencé.

Prochainement sur Amazon Prime Video

 

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