Critique Ciné : To New Beginnings (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : To New Beginnings (2026, direct to SVOD)

To New Beginnings // De Paprika Steen. Avec Tuva Novotny, Anders W. Berthelsen et Lars Brygmann.

 

Le cinéma scandinave a un talent particulier pour filmer ces repas entre amis qui commencent bien et qui finissent en champ de mines. Avec son nouveau film To New Beginnings, la réalisatrice Paprika Steen s’inscrit pile dans cette lignée. On y retrouve ce mélange de malaise pur, de tensions qu’on essaie de cacher sous le tapis et de vrais moments de mélancolie. Mais derrière la façade de la comédie dramatique danoise, le film raconte surtout comment un groupe d'amis reste parfois bloqué dans le passé, incapable de faire le deuil de ses années de gloire. L’histoire se passe presque entièrement dans un appartement de Copenhague le soir du réveillon. 

 

Un groupe de vieux amis se réunit pour le réveillon du Nouvel An. Mais l'un de leurs amis, Martin, n'est pas présent, car il est décédé dans un tragique accident il y a plusieurs années. Ce soir-là, Nomi, l'ancienne petite amie de Martin, présente pour la première fois son nouveau compagnon, Finn, au groupe.

 

On y suit Nomi qui retrouve ses potes de toujours pour une soirée qui, sur le papier, est une tradition intouchable. Sauf que cette année, elle ne vient pas seule. Elle ramène Finn, son nouveau mec. Ça pourrait être un détail, mais pour le groupe, c’est un séisme. Le souvenir de Martin, son ancien compagnon décédé, est encore partout dans la pièce, dans les têtes et dans les habitudes de chacun. L’ambiance chaleureuse du début s'évapore assez vite. Le film joue à fond sur la montée du malaise, mais il le fait intelligemment. Paprika Steen ne cherche pas le gros clash immédiat. Elle préfère laisser les personnages s’épuiser tout seuls à coup de petites remarques passives-agressives et de silences qui pèsent des tonnes. 

 

On sent que les liens s’usent au fil du repas, entre deux verres et des discussions qui dérapent. Le scénario utilise les rituels du Nouvel An comme un carcan. Chaque geste est millimétré : le gâteau traditionnel, le déroulé exact de la soirée, les blagues qu’on ressort chaque année. Le personnage de Jens est celui qui porte le plus cette obsession. Pour lui, respecter le protocole à la lettre, c’est une manière de garder Martin vivant au milieu d'eux. Il refuse que le temps passe, et c’est à la fois touchant et terriblement gênant à regarder. L’arrivée de Finn vient tout bousculer. Lars Brygmann joue ce nouveau venu avec une froideur qui finit par agacer tout le monde. 

 

Il corrige les autres, s'installe en cuisine comme chez lui et fait l'erreur fatale : toucher à la guitare du défunt. Le film réussit à donner un poids énorme à ces gestes simples. Une chaise qu’on déplace ou un verre posé un peu trop sèchement deviennent de véritables déclarations de guerre. Le casting est vraiment le point fort du film. Tuva Novotny apporte une belle retenue au personnage de Nomi. On sent qu’elle est épuisée de devoir gérer les névroses de ses amis alors qu’elle essaie juste de refaire sa vie. Face à elle, Anders W. Berthelsen est bouleversant en Jens. Sa difficulté à accepter le changement le rend parfois pathétique, mais on finit toujours par avoir de l'empathie pour lui.

 

Heureusement, le film respire un peu grâce aux personnages plus jeunes, Caro et Vincent. Leurs scènes sont plus naturelles, moins chargées en non-dits. Ils permettent de sortir de la bulle étouffante des adultes et évitent au récit de devenir trop lourd. C’est ce contraste qui permet de tenir sur la longueur sans avoir envie de sortir de la pièce en même temps que les invités. Côté mise en scène, Paprika Steen s'en sort très bien. Un film qui se passe dans un seul appartement peut vite devenir ennuyeux ou trop théâtral. Ici, la réalisatrice utilise l'espace avec brio. On circule dans les couloirs, on s'isole sur le balcon pour fumer une clope, on se croise dans la cuisine. On a vraiment l'impression de faire partie de la soirée. 

 

Les quelques échappées dans les rues illuminées de Copenhague offrent aussi des moments de respiration nécessaires avant de retourner dans l'arène. L’écriture alterne entre des dialogues secs, très réalistes, et des moments d’humour grinçant. Le film montre bien comment des amis de vingt ans peuvent se montrer cruels sans même avoir besoin de crier. C’est cette cruauté tranquille qui fait souvent rire, d’un rire un peu nerveux. Par contre, le scénario s’éparpille parfois un peu trop. En plus du deuil, il veut traiter l’infidélité, la dépression, les crises de couple et la solitude. Certains personnages, comme Kris, auraient mérité un peu plus de profondeur pour qu'on s'attache vraiment à leur histoire. 

 

À vouloir trop en dire, le film survole quelques pistes qui auraient été intéressantes à creuser. La fin du film redresse bien la barre en ralentissant le rythme. On sort enfin des rôles que chacun s'est imposé pour laisser place à une émotion plus sincère. Sans sortir les violons ou faire de grands discours, To New Beginnings montre des gens qui réalisent qu’ils ont peut-être trop idéalisé le passé. Au final, le film rappelle une vérité assez simple : les traditions, c’est beau, mais ça peut aussi devenir une prison qui empêche d'avancer. Cette soirée de Nouvel An est une tentative désespérée de retrouver une époque qui n'existe plus. Malgré ses quelques défauts, le film reste très sincère. 

 

Les personnages ne sont pas des héros, ils sont souvent égoïstes ou de mauvaise foi, et c’est précisément ce qui les rend crédibles. To New Beginnings ne mise pas sur des rebondissements spectaculaires. Tout est dans le regard, les silences et les petites blessures du quotidien. C’est un film imparfait mais plein de vie, porté par des acteurs impeccables. Une chronique douce-amère sur l'amitié qui change et sur cette difficulté, très humaine, à comprendre qu'une nouvelle année signifie parfois qu'il est temps de laisser le passé derrière soi.

 

Note : 7/10. En bref, à travers ce dîner du Nouvel An qui dérape, Paprika Steen livre une chronique grinçante et sincère sur un groupe d'amis incapable de sortir de l'ombre d'un deuil. Porté par des acteurs impeccables, le film capture avec une justesse cruelle ces moments de malaise où les traditions deviennent des prisons émotionnelles.

Prochainement en France en SVOD

 

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