4 Juin 2026
Si vous aimez le foot, vous connaissez forcément l’histoire de la Coupe du monde 1970. Le Brésil qui marche sur la compétition, le maillot jaune mythique, la troisième étoile et l’avènement définitif de Pelé comme le roi absolu du ballon rond. Tout cela est inscrit dans les livres d’histoire. Pourtant, quand on lance Brazil 70 : le troisième sacre sur Netflix, on comprend vite que cette mini-série en cinq épisodes ne va pas juste nous revendre les mêmes images d'archives poussiéreuses en boucle. L'ambition ici est ailleurs, et c'est ce qui rend le visionnage intéressant. Le réalisateur a choisi de gratter sous le vernis de la légende pour aller chercher l'humain, les doutes et les coulisses d'une épopée que l'on croyait connaître par cœur.
1970, la Seleção pénètre sur le terrain avec de grands rêves et un défi immense : devenir la première équipe à remporter trois fois la Coupe du monde de football. Les légendes Pelé, Jarzinho et Carlos Alberto mènent le Brésil vers la gloire de la Coupe du Monde. Leur parcours mêle excellence sportive et défis personnels, incarnant l'espoir de toute une nation en quête du trophée suprême.
Ce qui frappe dès le départ, c'est le cadre dans lequel cette aventure s'inscrit. En 1970, le Brésil ne va pas bien. Le pays est plongé dans une dictature militaire lourde, sombre et étouffante. La série a le nez creux en choisissant de ne pas faire l'impasse là-dessus. Sans devenir un documentaire purement politique, le récit montre à quel point le football est lié au pouvoir. On sent cette chape de plomb qui pèse sur les épaules des joueurs. La Seleção n'est pas juste une équipe qui joue pour une coupe, elle devient malgré elle un outil de communication pour le régime et un exutoire pour un peuple qui souffre. Cette tension permanente donne une vraie profondeur aux matchs.
On comprend que chaque passe, chaque but manqué ou réussi prenait une proportion dramatique dans le contexte de l'époque. Le sport sort du terrain pour s'ancrer dans la vraie vie, avec toute sa complexité. Au milieu de tout ça, il y a Pelé. On a tous en tête l'image de ce joueur intouchable, souriant, presque divin. La force de la série est de faire descendre le roi de son piédestal pour nous montrer un homme de chair et d'os. En 1970, Pelé n'est pas au sommet de sa sérénité. Il sort d'un Mondial 1966 traumatisant où il a été blessé et ciblé par les défenseurs. Il doute, il hésite à revenir en sélection, et la pression qui repose sur lui est tout simplement inhumaine. On découvre un homme anxieux, fatigué par les attentes de tout un peuple et les exigences des dirigeants.
Voir les failles de cette icône est sans doute le point fort du documentaire. On s'attache à lui non pas parce qu'il est parfait, mais justement parce qu'on le voit galérer, réfléchir et porter un fardeau monumental. L’autre excellente idée du scénario est de mettre en lumière João Saldanha, le sélectionneur de l'époque avant le tournoi. Personnage entier, militant de gauche assumé en pleine dictature, ses choix et ses prises de position ont fait trembler le pays. Son histoire apporte un vrai suspense, même si l'on connaît déjà la fin. On plonge dans les intrigues de couloir, les discussions tactiques tendues et les décisions absurdes qui se jouent en coulisses.
C’est le côté feuilleton de la série, et ça marche super bien parce que cela montre que la victoire finale n’a pas été un long fleuve tranquille, mais une succession de crises gérées tant bien que mal. Le voyage dans le temps fonctionne plutôt bien visuellement. La série parvient à recréer l'ambition esthétique des années soixante-dix. On s'y croit. Les vestiaires un peu défraîchis, la chaleur lourde du Mexique, les terrains d'entraînement spartiates, tout cela participe à l'immersion. On quitte le football moderne ultra-professionnel et aseptisé pour revenir à une époque plus brute, plus authentique. Tout n’est pas parfait pour autant, et en tant que spectateur, certains choix de mise en scène m'ont un peu fait tiquer.
Les reconstitutions des actions de jeu manquent parfois de naturel. Quand on essaie de recréer l’intensité d'un match de légende avec des angles de caméra trop chorégraphiés, le soufflé retombe un peu. L’abus de ralentis et de gros plans dramatiques donne parfois l’impression de regarder une fiction un peu forcée plutôt qu’un vrai moment de sport. Les puristes du ballon rond qui cherchent avant tout l'analyse technique ou la pureté du geste risquent de s'agacer devant ces fioritures visuelles. De la même manière, on peut regretter que le collectif passe un peu au second plan. Le titre nous promet l'histoire d'un sacre d'équipe, mais l'shadow de Pelé est si immense qu'elle écrase un peu le reste du groupe.
Des joueurs magiques comme Jairzinho, Tostão ou Rivellino sont là, bien sûr, mais on survole un peu trop leur histoire personnelle et leur propre rapport à cette pression de dingue. C'est dommage, car la magie de cette équipe résidait précisément dans l'alchimie entre tous ces talents uniques. Malgré ces quelques bémols, la série remplit son contrat. Elle évite le piège de la simple hagiographie pour proposer un récit humain et vibrant. Elle nous rappelle qu'une victoire en Coupe du monde ne se résume pas à quatre-vingt-dix minutes sur une pelouse verte. C'est une somme de sacrifices, de peurs bleues, de disputes et de réconciliations.
Note : 6/10. En bref, Brazil 70 : le troisième sacre ne va pas révolutionner le monde des séries documentaires, mais il offre un regard intime et sincère sur des hommes qui sont devenus des héros malgré eux. Si vous cherchez une histoire forte où le sport sert de miroir à l'humain, vous passerez un très bon moment devant ces cinq épisodes.
Disponible sur Netflix
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