Critique Ciné : She Loved Blossoms More (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : She Loved Blossoms More (2026, direct to SVOD)

She Loved Blossoms More // De Yannis Veslemes. Avec Panos Papadopoulos, Julio Katsis et Sandra Abuelghanam.

 

Quand j'ai lu le pitch de She Loved Blossoms More, j'étais hyper emballé. Un film grec qui mélange de la science-fiction expérimentale, une histoire de deuil familial, des monstres bizarres, des dimensions parallèles et des délires psychédéliques, c’est exactement le genre de proposition qui me fait vibrer. J'adore quand le cinéma prend des risques, bouscule les codes et refuse de nous servir une énième histoire prévisible. Pourtant, cette fois, le miracle n'a pas eu lieu. La connexion a totalement foiré. Pendant presque deux heures, je suis resté complètement hermétique à ce qui se passait sur l'écran. 

 

Trois frères construisent une étrange machine à voyager dans le temps afin de redonner vie à leur mère décédée depuis longtemps.

 

Alors oui, certains vont crier au génie, parler d'œuvre sensorielle ou de trip fascinant, mais de mon côté, je me suis surtout ennuyé ferme. L'idée de départ est pourtant super intrigante. On suit trois frères enfermés dans leur maison d'enfance depuis le décès de leur mère. Comme ils n'arrivent pas à accepter sa mort, ils se mettent en tête de construire une machine infernale pour la ramener à la vie. Ils transforment carrément une vieille armoire en portail vers une autre dimension. Ils testent d'abord le truc sur des animaux, et l'expérience tourne vite au vinaigre. C'est là que le film bascule dans un grand n'importe quoi visuel où toute logique cartésienne est jetée à la poubelle.

 

On assiste alors à un défilé de trucs improbables : des animaux mutilés qui reviennent de l'au-delà, des fleurs qui se mettent à parler, des créatures sorties de nulle part et une consommation de drogues assez industrielle. La frontière entre le réel, le rêve et le pur délire hallucinatoire s'efface complètement. Sur le papier, pourquoi pas. Le problème n'est pas que le film soit bizarre, c'est que je n'ai jamais réussi à m'attacher aux personnages ni à m'intéresser à leur sort. Très vite, j'ai eu la désagréable impression que le réalisateur cherchait à faire du bizarre pour le plaisir de faire du bizarre, plutôt que pour raconter une vraie bonne histoire.

 

Chaque scène tente de surenchérir avec une nouvelle idée visuelle, un monstre sorti du chapeau ou une situation absurde. Mais derrière cette accumulation d'effets, le scénario n'avance pas d'un poil. Les trois frères tournent en rond dans leur baraque pleine de vieux souvenirs, ils testent leur machine, discutent, planent, et le spectateur se retrouve coincé avec eux dans une boucle interminable. Le film donne parfois l'impression de nous regarder fièrement en disant : "Regarde comme je suis original et perché." Sauf qu'à force de vouloir surprendre à tout prix avec des images insolites, l'ensemble devient paradoxalement très monotone. L'étrangeté gratuite, ça finit par lasser.

 

C’est d'autant plus frustrant que le film a de vraies qualités plastiques. Visuellement, c'est super propre. La direction artistique est ultra soignée et cette vieille maison de famille dégage une ambiance vraiment unique, presque palpable. J'ai adoré le fait que le réalisateur privilégie les effets pratiques et les maquillages artisanaux plutôt que de nous vomir des effets numériques numériques low-cost. Ça donne un côté organique très réussi à l'ensemble. Certains plans marquent les esprits, comme cette fleur au look super inquiétant ou ces corps déformés lors des apparitions. Le film a une vraie signature visuelle, c'est indéniable. Mais de belles images ne suffisent pas à combler le vide scénaristique. 

 

À force de tout miser sur l'atmosphère et de sacrifier la narration, le long-métrage ressemble plus à une galerie d'art contemporain qu'à un vrai film de cinéma. C’est vraiment dommage, car le fond de l'histoire touche à quelque chose de profondément humain et universel : le deuil et l'incapacité à tourner la page. Cette machine à remonter le temps ou à changer de dimension, c'est la métaphore parfaite de leur refus de vivre au présent et de se reconstruire. Le message est clair, je l'ai bien compris, mais je l'ai analysé de loin, sans jamais rien ressentir. Le scénario préfère se cacher derrière des symboles abstraits et des délires psychédéliques plutôt que de creuser les émotions réelles de ses personnages. 

 

Du coup, on regarde leur souffrance de l'extérieur, sans jamais être touché. Je me doute bien que ce projet va trouver ses fans. Le cinéaste Yannis Veslemes a un univers ultra singulier et il ne fait aucun compromis pour plaire au grand public, ce que je respecte totalement. Mais de mon côté, la séance a ressemblé à un long tunnel dont j'attendais la fin avec impatience. Là où d'autres œuvres expérimentales réussissent à me hypnotiser ou à me mettre mal à l'aise, celle-ci m'a juste laissé sur le pas de la porte. Quand on passe plus de temps à regarder sa montre qu'à essayer de décoder les images, c'est mauvais signe.

 

Note : 2/10. En bref, She Loved Blossoms More est une proposition radicale, visuellement ambitieuse et pleine d'idées barrées. Si vous aimez le cinéma de genre artisanal et les trips abstraits, vous y trouverez peut-être votre compte. Mais si vous cherchez une histoire solide et une vraie connexion émotionnelle, vous risquez, comme moi, de rester complètement en dehors de cette longue hallucination.

Prochainement en France en SVOD

 

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