Critique Ciné : Bubbles… we were friends (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bubbles… we were friends (2026, direct to SVOD)

Bubbles… we were friends // De Sebastian Husak. Avec Zeynep Bozbay, Caro Cult et Johannes Nussbaum.

 

Pour son tout premier long métrage, Sebastian Husak a choisi de s'attaquer à des sujets universels mais toujours casse-gueule : les fantômes du passé, les amitiés qui volent en éclats et le fossé qui se creuse inévitablement avec les années. Mais aussi l’extrême-droite et sa montée inquiétante en Europe. Sur le papier, le projet avait vraiment de quoi séduire. On nous promettait un huis clos étouffant sur la côte allemande, deux anciens potes qui ne se sont pas calculés depuis dix ans, un lourd secret qui plane au-dessus de leurs têtes et une tension censée grimper crescendo. Malheureusement, même si le film possède de vraies qualités esthétiques, le résultat ne tient pas ses promesses. 

 

Fiete passe un week-end avec sa compagne Amiri dans le chalet familial en bord de mer lorsqu’il retrouve Luca, son ancien meilleur ami perdu de vue depuis 10 ans. Amiri découvre rapidement que Fiete est tiraillé entre son passé et sa vie actuelle. Hantés par un drame qui a brisé leur amitié, les deux hommes retombent dans leurs anciens schémas toxiques. Lorsque Amiri apprend l’engagement de Luca dans un parti d’extrême droite, les tensions explosent. Même l’arrivée de Katja, la compagne de Luca, ne parvient pas à calmer la situation.

 

L'idée de départ est solide, mais l'ensemble donne surtout l'impression de s'étirer en longueur sans jamais réussir à décoller pour de bon. L'histoire commence quand Fiete et sa copine Amiri débarquent dans une vieille maison de famille au bord de la mer pour la vider. Dès leur arrivée, ils tombent nez à nez avec Luca, qui était autrefois le meilleur ami de Fiete. Autant dire que les retrouvailles jettent un froid immédiat. On sent tout de suite que les deux hommes partagent un passif douloureux dont personne n'ose parler. Pendant ce temps, Amiri assiste au spectacle et découvre petit à petit une facette de son mec qu'elle ne soupçonnait pas du tout. Le scénario réussit plutôt bien son entrée en matière en installant un climat de malaise palpable. 

 

Dès les premières minutes, les petits détails s'accumulent : on comprend vite que Fiete cache des choses, qu'il ment comme il respire et qu'il préfère fuir les problèmes plutôt que de les affronter en face. Ce mystère crée une vraie curiosité chez le spectateur. On a sincèrement envie de fouiller dans leur passé et de comprendre ce qui a brisé leur amitié. Le vrai problème, c'est que le réalisateur passe un temps infini à repousser les réponses. Les silences pesants, les regards en coin et les discussions qui tournent autour du pot deviennent rapidement répétitifs. À force de faire monter la sauce sans jamais proposer de réelle progression narrative, le récit perd toute sa force. C'est d'autant plus rageant qu'il y avait de l'or à exploiter dans le fond de l'histoire. 

 

Le film esquisse une opposition super intéressante entre celui qui est parti faire sa vie en ville et celui qui est resté bloqué dans sa région natale. Les divergences sociales, politiques et personnelles s'invitent dans le décor et montrent avec beaucoup de justesse comment deux gamins qui ont grandi ensemble peuvent devenir de parfaits étrangers à l'âge adulte. Sauf que Bubbles refuse d'aller au bout de ses idées. Le scénario lance des pistes fascinantes pour les abandonner en cours de route. Les opinions politiques de Luca, les frictions avec Amiri ou certaines intrigues secondaires semblent juste là pour meubler et créer du conflit artificiel avant de disparaître de l'écran sans aucune conclusion. Le personnage d'Amiri subit de plein fouet cette écriture un peu bancale. 

 

Alors que son regard extérieur aurait pu servir de boussole au spectateur, elle se retrouve trop souvent reléguée au rang de simple spectatrice. C'est dommage, car elle méritait largement une place centrale dans cette confrontation. Heureusement, on ne peut pas reprocher grand-value aux acteurs, qui font un super boulot. Leonard Scheicher campe un Fiete constamment mal à l'aise, dévoré par ses propres contradictions et incapable d'assumer ses actes. En face, Johannes Nussbaum apporte à Luca une présence hyper ambiguë, tour à tour amical et franchement flippant. Zeynep Bozbay s'en sort elle aussi très bien en donnant une vraie sensibilité à Amiri, malgré le manque de profondeur de son rôle. Visuellement, le film a de la gueule et possède une identité bien à lui. 

 

Les paysages sauvages de la côte allemande, les grandes plages désertes balayées par le vent et les vagues incessantes renforcent à merveille ce sentiment d'isolement total. La photographie est soignée et colle parfaitement à cette sensation d'inconfort permanent. De plus, le contraste entre les moments de calme plat et les soirées bien arrosées où l'alcool fait sauter les verrous fonctionne plutôt bien. Les scènes de groupe dégagent une belle intensité. Elles prouvent ce que le film aurait pu donner si le cinéaste avait fait confiance à ses personnages plutôt que de s'enfermer dans ses mystères. Le gros point noir reste définitivement le rythme. 

 

Beaucoup de scènes s'éternisent sans raison et les dialogues donnent la désagréable impression de tourner en boucle sans apporter de nouveaux éléments. Plus le film avance, plus cette lourdeur s'installe, finissant par user la patience du spectateur et par étouffer l'intérêt des débuts. Même la fameuse révélation finale sur le drame du passé tombe à plat, tout simplement parce que le scénario a trop tiré sur la corde. Au lieu de prendre un énorme choc émotionnel, on ressent surtout une pointe de frustration. Je ressors du film assez déçu. L'intention est là, le potentiel aussi, mais l'ennui a fini par prendre le dessus à cause d'un récit qui s'étire et de personnages sous-exploités. On reste avec la sensation persistante d'avoir vu un film qui avait beaucoup de choses à dire, mais qui a préféré se taire.

 

Note : 5/10. En bref, Bubbles n'est pas un navet. Le film a pour lui une belle esthétique, des acteurs solides et quelques séquences marquantes. Le sujet de départ valait le coup d'œil, mais à force de vouloir maintenir une tension stérile sans jamais la faire évoluer, Sebastian Husak livre une œuvre qui manque cruellement d'élan et de punch.

Prochainement en France en SVOD

 

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