Critique Ciné : Comeback (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Comeback (2026, direct to SVOD)

Comeback // De Jan Roosens et Raf Roosens. Avec Billie Vlegels, Veerle Baetens et Gorik Van Oudheusden.

 

On entend souvent dire que le cinéma néerlandais et belge sait y faire quand il s'agit de capter le vrai, l'intime et les fêlures du quotidien. C’est sans doute pour ça qu'en lançant Comeback, on espère de tout cœur tomber sur une pépite brute. Le pitch de départ donne franchement envie : une adolescente de 14 ans prise en étau entre deux parents dysfonctionnels, le tout plongé dans l'univers de la musique techno et des nuits blanches. Le contraste entre la pudeur d'un drame familial et l’énergie saturée des clubs stroboscopiques avait de quoi donner un film percutant, électrique et profondément humain. 

 

Ava, 14 ans, explore les mondes contrastés de ses parents divorcés : Naomi, une ancienne DJ techno en quête de retour, et Dominique, qui a embrassé une vie tranquille. Déchirée entre leurs rêves et leurs attentes, elle découvre à quoi elle doit vraiment appartenir.

 

Malheureusement, la déception arrive très vite. Le long-métrage reste constamment en surface et passe complètement à côté de son sujet. L'histoire commence pourtant de manière assez simple et efficace. Ava vit principalement avec son père depuis la séparation douloureuse de ses parents. Sa mère, Naomi, est une DJ techno qui réapparaît dans sa vie comme une tornade, de façon totalement imprévisible, intense et chaotique. Au milieu de ce déséquilibre permanent, la jeune fille essaie tant bien que mal de grandir, de trouver ses repères et surtout de comprendre où se trouve sa véritable place. C’est un point de départ classique, voire universel, mais le problème majeur est que le scénario ne dépasse jamais vraiment ce simple stade de l'exposition. 

 

On attend le déclic, l'étincelle qui va lancer la machine, mais rien ne vient. Dès le départ, le film pose ses pions de façon un peu trop propre, presque mécanique. On a le père effacé, la mère flamboyante mais instable, et l'adolescente qui encaisse les coups en silence. Tout est installé en quelques minutes à peine, mais la suite n'est qu'une longue répétition de situations similaires. Les tensions familiales existent, bien sûr, mais elles ne décollent jamais pour créer un vrai enjeu. Les scènes de confrontation entre Ava et sa mère manquent cruellement de mordant, d’ambiguïté ou de cette violence psychologique feutrée qui fait habituellement le sel de ce genre de drame. 

 

On comprend très vite où le réalisateur veut nous emmener, et l’absence totale de surprise rend le visionnage très linéaire, pour ne pas dire carrément prévisible. Du côté du casting, le bilan reste assez mitigé. La jeune actrice qui incarne Ava s'en sort vraiment bien. Son jeu est naturel, tout en retenue, et c’est elle qui apporte les rares moments d'émotion sincère au long-métrage. Elle fait tout ce qu’elle peut pour donner de la consistance à son personnage, même quand le texte ne l'aide pas beaucoup. En revanche, les parents souffrent d'une écriture beaucoup trop paresseuse. Le père est tellement en retrait qu'il finit par ressembler à un simple meuble de décor, une ombre qui traverse le cadre sans jamais nourrir le récit ou provoquer d'empathie. 

 

Quant à la mère, Naomi, elle passe totalement à côté de son potentiel narratif. Ce personnage de DJ instable aurait dû être le cœur battant du film, le moteur de toutes les névroses. Au lieu de cela, elle reste figée dans un stéréotype de daronne irresponsable et fascinante, sans que le film ne cherche à gratter sous le vernis pour comprendre sa détresse. Le traitement de la musique techno est une autre grosse frustration de cette œuvre. Sur le papier, c'était l'identité forte du projet, l'élément sensoriel qui devait bousculer le drame familial traditionnel. La musique est omniprésente, que ce soit dans les clubs ou lors des transitions visuelles. Mais à l'écran, l’immersion tourne rapidement à vide. 

 

Les scènes de fête se ressemblent toutes, et la mise en scène se contente de filmer des lumières stroboscopiques et des corps qui bougent sans jamais injecter de folie, de transe ou de poésie. Ce qui devait donner une énergie brute au film finit par l'alourdir considérablement et par casser un rythme déjà bien fragile. On a la désagréable impression de regarder les mêmes séquences en boucle, sans progression esthétique. Visuellement, la réalisation fait son travail proprement, mais sans le moindre relief. Les contrastes visuels entre le pavillon silencieux et morne du père et la fureur nocturne de la mère sont d'un classicisme absolu. 

 

Il n'y a aucune prise de risque, aucun plan qui marque durablement la rétine ou qui raconte something par lui-même. Le manque de progression narrative devient de plus en plus pesant au fil des minutes. Les personnages traversent des situations difficiles, mais ils n'évoluent pas d'un iota. Ils sont exactement les mêmes au début et à la fin du film. Quand une rupture dramatique tente enfin de pointer le bout de son nez dans le dernier tiers, elle arrive de manière tellement abrupte et mal préparée qu'elle rate complètement sa cible. On reste totalement extérieur à ce qui se joue sous nos yeux. Au fond, Comeback souffre d’un terrible sentiment de déjà-vu. Le thème de l'enfant coincé entre deux adultes immatures a été traité des dizaines de fois dans le cinéma européen, souvent avec beaucoup plus de finesse, de noirceur ou d'humour. 

 

Ici, le réalisateur semble avoir peur de bousculer son spectateur ou d'explorer les zones d'ombre de ses personnages. Tout reste beaucoup trop sage, trop poli, alors que le milieu de la techno et de la nuit exigeait de la sueur, du danger, des larmes et des excès. Même cette bande-son, qui devait sauver les meubles, ne sert finalement que de simple décor interchangeable. Ce n'est pas un naufrage complet, et le film se regarde sans déplaisir immédiat grâce à la justesse de sa jeune comédienne principale. Mais il s'oublie aussi vite qu'il s'est terminé. 

 

Note : 4.5/10. En bref, face aux standards élevés du cinéma d'auteur actuel, ce drame familial timoré manque cruellement de personnalité, de tripes et d'audace pour convaincre. Un rendez-vous manqué qui tourne tristement en rond et qui ne laissera pas une grande empreinte dans votre mémoire de cinéphile.

Prochainement en France en SVOD

 

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