11 Juin 2026
Content // De Adam Meilech. Avec Megan Boehmcke, Alex Mills et Adam Meilech.
Le cinéma raconté entièrement à travers des écrans d'ordinateur, on commence à bien connaître le principe. Ce n'est plus du tout une nouveauté, et certains réalisateurs ont déjà prouvé qu'on pouvait créer une tension folle avec ce procédé. Je pense notamment à Searching, qui avait réussi à construire une enquête hyper prenante uniquement avec des applis et des fenêtres ouvertes, ou même aux deux volets de Unfriended, qui utilisaient très bien les codes de l'horreur connectée. Avec Content, le réalisateur Adam Meilech tente à son tour de s'approprier cette mécanique du screenlife. Sur le papier, l'idée de départ tenait plutôt bien la route.
Présenté sur des téléphones et des ordinateurs portables, un réalisateur apparemment poli traque et fait chanter ses acteurs pour qu'ils vivent un vrai film d'horreur.
Mais dans la réalité, le résultat m'a surtout donné l'impression de subir une interminable réunion Zoom qui ne sait jamais vraiment où elle va. Le film se déroule exclusivement via des webcams, des appels vidéo, des réseaux sociaux, des vidéos TikTok ou des interfaces piratées. Visuellement, ça colle évidemment à notre époque. On sent bien que le réalisateur veut proposer une critique grinçante du monde des créateurs de contenu, de cette obsession moderne pour la visibilité et du narcissisme qui va avec. Le problème, c'est qu'avoir un bon sujet ne suffit pas automatiquement à faire un bon film. Pendant près d'une heure et demie, Content repose presque uniquement sur des discussions en visioconférence.
Les fenêtres s'ouvrent, se ferment, les conversations s'éternisent et la mise en scène devient vite super monotone. Là où d'autres productions du même genre arrivaient à maintenir une tension de chaque instant, ici, la lassitude s'installe en quelques minutes. Pourtant, le scénario propose deux ou trois pistes intéressantes. Le personnage principal, AJ Wilby, est un jeune réalisateur persuadé d'être un génie incompris. Il est écrit comme une caricature assez flippante du créateur de contenu toxique, le genre de mec persuadé que tout est justifiable à partir du moment où c'est pour l'art. Il manipule son entourage, utilise les gens comme des pions et efface constamment la frontière entre la vraie vie et sa performance sur le web.
Ce portrait aurait vraiment pu être percutant. Certaines situations virent même à l'absurde et jouent sur un humour noir un peu grinçant qui fonctionne sur le moment. Voir AJ s'enregistrer en train de débiter des conseils de motivation bidons alors qu'il est en train de sombrer complètement dans ses propres délires, ça avait un vrai potentiel satirique. Mais pour que la sauce prenne, encore faut-il que le film reste agréable à regarder. Très vite, la machine se grippe et tourne en rond. Les dialogues s'allongent inutilement, les échanges se répètent et la réalisation semble incapable de renouveler son propre concept. À force, cette utilisation permanente des écrans fatigue le spectateur au lieu de l'immerger dans l'histoire.
C'est d'autant plus frustrant qu'on sent qu'Adam Meilech comprend comment fonctionnent les réseaux sociaux aujourd'hui. Les applications qu'on voit à l'écran sont crédibles, les comportements des personnages sonnent juste et plein de petits détails numériques rappellent notre quotidien. Les messages vus sans réponse, les notifications qui s'empilent ou les petites piques passives-agressives par écran interposé parviennent parfois à créer un début de malaise. Malheureusement, ces petits éclairs de lucidité ne suffisent jamais à sauver le film de sa pauvreté générale. Du côté du casting, il n'y a pas grand-chose à reprocher aux comédiens. Les acteurs, qui ne sont pas très connus, font du bon boulot avec ce qu'on leur donne.
Megan Boehmcke apporte une vraie crédibilité au personnage de Margot, tandis qu'Alex Mills joue très bien le rôle du pote complètement déstabilisé par les manipulations psychologiques d'AJ. Le réalisateur lui-même, Adam Meilech, s'est donné le rôle principal et réussit par moments à rendre AJ à la fois ridicule et profondément dérangeant. Son utilisation de jargon pseudo-intellectuel et de phrases toutes faites sur le développement personnel fonctionne plutôt bien. Mais là encore, les limites du budget et du projet reprennent vite le dessus. Visuellement, on n'attend pas des miracles d'un film qui se passe sur un bureau d'ordinateur, et ce n'est pas un problème en soi.
Sauf qu'ici, cette simplicité technique donne surtout l'impression de regarder un projet amateur plutôt qu'un vrai film de cinéma. Dans sa dernière partie, le scénario tente le tout pour le tout en enchaînant les révélations et les retournements de situation pour brouiller les pistes entre la réalité et la mise en scène. Certains spectateurs trouveront peut-être ça malin. De mon côté, cette accumulation de twists n'a fait que renforcer mon agacement face à un récit qui cherche constamment à paraître plus intelligent qu'il ne l'est en réalité. Quand on pense à Searching ou Unfriended, on voit tout de suite ce qu'il est possible de faire de grandiose avec ce format.
À côté, Content semble terriblement basique et limité. L'intention de départ était sûrement sincère, et le discours sur l'identité numérique ou les dérives d'internet reste d'actualité. Mais un film doit d'abord réussir à captiver son public, et ça n'a jamais été le cas avec moi.
Note : 2.5/10. En bref, Content ressemble juste à une loooongue succession de réunions d'équipe qui donne plus envie de fermer son propre ordinateur que de connaître le dénouement. Ça manque cruellement de rythme, de renouvellement et de cinéma, tout simplement.
Prochainement en France en SVOD
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