10 Juin 2026
Lollipop // De Daisy-May Hudson. Avec Posy Sterling, Idil Ahmed et TerriAnn Cousins.
Quand j'ai lu le synopsis de Lollipop, je me suis dit que j'allais passer un moment fort. Ce drame social britannique avait tous les ingrédients pour me bousculer : une jeune mère qui sort de prison, le combat pour récupérer ses gosses, la misère et la machine administrative qui broie tout sur son passage. C'est exactement le genre de cinéma brut, ancré dans le réel, qui me touche d'habitude. Mais voilà, entre les bonnes intentions du départ et le résultat à l'écran, il y a un fossé. Pendant plus de deux heures, je suis resté bloqué à l'entrée du film, spectateur d'une histoire qui tourne cruellement en rond.
Molly, une jeune femme libérée de prison, peine à retrouver la garde de ses enfants. Lorsqu'elle croise son amie d'enfance Amina, les deux femmes se rendent vite compte que leur seule chance est d'unir leurs forces et de prendre leur destin en main.
Le scénario nous plonge dans le quotidien de Molly. À sa sortie de cellule, elle pense pouvoir serrer ses deux enfants dans ses bras, mais la réalité la rattrape vite : ils sont placés en famille d'accueil. C'est là que commence un véritable cauchemar bureaucratique. Pour récupérer la garde, la justice lui impose de trouver un vrai logement. Sauf que pour décrocher un logement social adapté, l'administration exige qu'elle ait déjà la garde officielle de ses enfants. Ce serpent qui se mord la queue est d'une violence inouïe. Le film montre très bien la froideur de ce système impersonnel qui applique des règles absurdes sans jamais prendre en compte l'urgence humaine.
Cette situation de blocage permanent est révoltante, mais elle devient malheureusement le principal problème du film. Ce sentiment d'impasse totale finit par contaminer la narration. Pendant deux plombes, Lollipop empile les démarches inutiles, les rendez-vous manqués, les crises de larmes et les refus en boucle. On saisit l'injustice de la situation dès les vingt premières minutes. Pourtant, la réalisatrice Daisy-May Hudson s'obstine à répéter les mêmes scènes sous différentes formes, si bien que le récit n'avance plus et que l'ennui s'installe. C'est d'autant plus rageant que le casting fait un boulot remarquable. Posy Sterling incarne une Molly habitée, nerveuse, à fleur de peau.
Ce que j'ai vraiment aimé chez elle, c'est que son personnage n'est pas parfait. Elle s'énerve pour un rien, prend de mauvaises décisions sous le coup de la panique et gâche parfois elle-même ses chances. Cette écriture pleine de défauts lui donne une vraie vérité humaine, loin des clichés de la victime idéale. Les retrouvailles avec ses enfants apportent aussi une jolie sincérité. On sent un amour viscéral malgré les non-dits et la distance forcée. Les gamins jouent avec un naturel désarmant, ce qui évite au long-métrage de sombrer dans le larmoyant facile. Pour amener un peu de lumière dans cette grisaille, le personnage d'Amina fait du bien.
Cette amie d'enfance retrouvée au détour d'une rue apporte une dose d'optimisme bienvenue. Ses échanges avec Molly offrent de rares moments de complicité et de chaleur humaine, mais ces respirations restent bien trop courtes. Le fond de l'histoire transpire l'authenticité. On sent que la réalisatrice puise dans son propre vécu pour nourrir son scénario. Chaque détail des centres d'hébergement ou des bureaux d'assistants sociaux sonne juste. D'ailleurs, le film évite intelligemment de diaboliser le personnel administratif. Les travailleurs sociaux ne sont pas des monstres sadiques, ce sont juste des gens fatigués, coincés dans les rouages d'une machine trop rigide.
Mais le réalisme ne fait pas tout. À force de vouloir coller à la réalité du terrain, le film oublie de construire un vrai rythme cinématographique. La caméra colle en permanence au visage de Molly, façon documentaire, ce qui accentue l'effet d'étouffement au début, mais finit par lasser sur la longueur. De plus, plusieurs pistes scénaristiques restent de simples ébauches. La relation toxique avec sa propre mère, alcoolique et manipulatrice, offrait une super piste dramatique, mais elle est à peine survolée. Idem pour certains personnages secondaires qui traversent l'écran sans laisser de trace. À vouloir trop démontrer la lourdeur du système, Lollipop sacrifie son intensité dramatique.
J'ai compris le message très vite, mais je n'ai jamais réussi à vibrer avec le film. Au lieu de ressentir de la tension, j'ai passé la dernière heure à regarder ma montre, en espérant une évolution qui n'est jamais venue. C'est le gros point noir de cette proposition de cinéma. Le sujet est d'utilité publique, la démarche est sincère et l'actrice principale est excellente, mais le traitement manque cruellement de souffle.
Note : 5.5/10. En bref, Lollipop s'avère être un film nécessaire pour ce qu'il dénonce, mais décevant dans sa construction. Derrière ce constat social percutant se cache une œuvre au rythme étiré qui m'a perdu en route. Malgré toute l'empathie que j'avais pour le combat de Molly, la déception l'a emporté, et je me suis franchement ennuyé.
Prochainement en France
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