Critique Ciné : Slanted (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Slanted (2026, direct to SVOD)

Slanted // De Amy Wang. Avec Shirley Chen, Mckenna Grace et Maitreyi Ramakrishnan.

 

Quand j’ai vu le pitch de Slanted, réalisé par Amy Wang, j’ai tout de suite accroché. Mélanger du body horror léger, de la satire sociale et du drame adolescent pour parler du racisme intériorisé et de la pression esthétique dans un lycée américain, c'est super fort sur le papier. Le film explore cette idée vertigineuse : jusqu’où on peut aller pour s’effacer et se fondre dans la masse quand on ne coche aucune case de la "normalité" occidentale ? Le récit se concentre sur Joan, jouée par Shirley Chen. C’est une fille d’immigrés chinois qui grandit avec la sensation étouffante de ne jamais être à sa place. 

 

Une adolescente complexée, Joan Huang, subit une opération chirurgicale expérimentale pour retirer ses traits asiatiques afin d'être acceptée par ses camarades et peut-être devenir la reine du bal de promo.

 

Le film nous montre ses traumatismes d’enfance en quelques flashbacks bien sentis, comme les moqueries à la cantine sur ses plats traditionnels ou les regards qui excluent. À force d'encaisser ces micro-agressions au quotidien, Joan finit par intégrer ce rejet. Elle passe ses journées à tenter de camoufler ce qu’elle est : pinces pour redresser son nez, filtres blanchissants sur son téléphone, teinture blonde. C'est l'escalade logique jusqu'au jour où elle accepte l'offre d'une mystérieuse entreprise nommée Ethnos. Le deal ? Une transformation physique radicale pour changer de race et devenir Jo Hunt, une fille blanche incarnée par McKenna Grace.

 

Pour mettre en scène cette métamorphose, Amy Wang choisit le décor ultra-classique du lycée américain et sa finalité absolue : le bal de promo. C'est un terrain connu, mais ça marche toujours pour illustrer la hiérarchie sociale et le culte de la popularité. Ici, la reine du bal incarne le standard ultime, inaccessible et pourtant copié par toutes. Joan, devenue Jo, réussit à s'infiltrer dans ce cercle en se liant d'amitié avec Olivia, une influenceuse phare du lycée jouée par Amelie Zilber. Le film s'attarde beaucoup sur ces relations de façade, basées sur l'intérêt et le faux-semblant, montrant à quel point l'intégration est un jeu cruel et instable. C'est là que le film commence un peu à boiter. 

 

L'idée d'une modification corporelle définitive pour changer d'origine ethnique est un concept politique puissant, qui rappelle de grandes œuvres de science-fiction sociale. Pourtant, Slanted refuse de plonger pleinement dans l'horreur. Les scènes chez Ethnos sont presque trop propres, trop sobres. On sent que le scénario effleure les effets secondaires et le calvaire physique, mais sans jamais assumer le côté viscéral du body horror. On se retrouve devant un long-métrage qui hésite constamment, le cul entre deux chaises, balançant entre la comédie satirique, le drame intime et l'épouvante sans jamais choisir son camp. Pourtant, le fond est passionnant, surtout dans sa manière de traiter l'assimilation forcée à l'américanisme. 

 

Joan rejette tout son héritage : elle refuse d'apprendre la cuisine de sa mère, s'éloigne de son père et tourne le dos à ses racines. Cette rupture familiale crée un vrai malaise, renforcé par des détails en arrière-plan comme des affiches publicitaires lisses et des discours scolaires moralisateurs sur les fameuses valeurs américaines. Le problème, c'est que ces thématiques restent souvent de simples décors visuels plutôt que de vrais moteurs pour l'intrigue. La critique des réseaux sociaux et de l'obsession de l'image souffre du même défaut de surface. Le film nous dépeint une génération piégée par les filtres TikTok et l’apparence, mais il le fait de manière assez prévisible. 

 

Les péripéties s'enchaînent mécaniquement et on finit par perdre le fil émotionnel de Joan. Ses décisions semblent parfois dictées par le besoin de faire avancer le script plutôt que par une vraie évolution psychologique. Ce manque d'équilibre explique pourquoi Slanted divise autant depuis sa présentation en festival. C'est un pur film hybride. Pour certains, c’est une proposition originale et courageuse ; pour d’autres, c’est une œuvre qui s'éparpille. De mon côté, je reste sur ma faim. J'ai adoré le point de départ, car aborder le racisme intériorisé par le prisme de la transformation corporelle à l'ère d'Instagram, c'est d'une pertinence folle. Mais l'exécution reste trop timide, trop polie. En privilégiant les rivalités de couloir et les paillettes du bal de promo, le film passe un peu à côté de son sujet de fond.

 

Note : 4/10. En bref, Slanted est un projet ambitieux qui n'ose pas aller au bout de ses promesses. Amy Wang signe une œuvre intrigante, esthétique et pleine de bonnes intentions sur le sacrifice identitaire. C'est un film qui mérite le coup d'œil pour les débats qu'il suscite, mais qui rate la marche du grand film choc qu'il aurait pu être.

Prochainement en France

 

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