Critique Ciné : System (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : System (2026, Amazon Prime Video)

System // De Ashwiny Iyer Tiwari. Avec Sonakshi Sinha, Jyotika et Ashutosh Gowariker.

 

Les films de procès adorent bousculer nos certitudes. Ils nous forcent souvent à nous demander si la justice est une réalité concrète ou juste un privilège réservé à ceux qui ont le bras long. C’est exactement le point de départ de System. Sur le papier, le projet a de quoi séduire et aborde des sujets qui font écho au monde actuel. Pourtant, malgré de vraies bonnes intentions et un duo d’actrices impeccables, on ne peut pas s'empêcher de ressentir une pointe de frustration. Le long-métrage choisit des sentiers un peu trop balisés pour totalement surprendre. L’intrigue nous plonge dans le quotidien de Neha Rajvansh, une jeune procureure ambitieuse issue d’une famille très influente. 

 

La procureuse Neha Rajvansh et Sarika Rawat, la greffière font équipe pour défendre la justice et la vérité, même si cela signifie s’opposer aux plus puissants.

 

Son but est simple : enchaîner les victoires pour intégrer le prestigieux cabinet d’avocats de son père. Elle veut prouver qu’elle doit sa réussite à son propre talent plutôt qu’à son nom de famille. Sur son chemin, elle croise Sarika Rawat, une simple greffière qui connaît les rouages du tribunal comme sa poche. Derrière son apparente discrétion, Sarika possède une expérience précieuse et accepte de guider Neha à travers les pièges du milieu. C’est cette relation humaine qui devient rapidement le point fort de l’histoire. Tout oppose ces deux femmes. L’une vient d’un milieu doré où l’avenir est tracé, tandis que l’autre doit composer avec les galères financières et le poids des responsabilités familiales. 

 

Ce choc social nourrit des dialogues pertinents et pousse Neha à revoir complètement sa vision du monde. Le film insiste d'ailleurs sur une réalité dérangeante : la loi et la justice marchent rarement main dans la main. On peut gagner une affaire sans que la vérité éclate, tout comme on peut appliquer les règles à la lettre en écrasant les plus faibles. Cette zone grise morale est sans doute la plus grande réussite du scénario. Le parcours de la jeune procureure est cohérent. D’abord très naïve et confiante envers les institutions, elle découvre un univers cynique où l’argent et l’influence comptent plus que les faits. Sonakshi Sinha s’en sort d’ailleurs très bien dans ce rôle. 

 

Elle n’essaie pas de rendre son personnage parfait. Ce sont justement ses doutes, ses erreurs et son ambition parfois aveugle qui la rendent humaine et crédible. L’actrice apporte une vraie texture à un rôle qui aurait pu être stéréotypé. Cependant, la vraie force du film vient de Jyotika. Dans le rôle de Sarika, elle livre une prestation pleine de retenue et de sensibilité. Elle n’a pas besoin de grands discours pour marquer les esprits ; un simple regard ou une intonation suffisent à transmettre toute la lassitude et la dignité de son personnage. À chacune de ses apparitions, le film gagne en intensité dramatique. Le problème, c’est que ce superbe duo se heurte rapidement aux limites d’une écriture trop académique. 

 

L’intrigue manque cruellement de surprise. On voit venir les rebondissements bien à l’avance et certains conflits semblent forcés, comme s'ils étaient là uniquement pour faire avancer l'histoire. Les coïncidences un peu trop faciles s'accumulent et gâchent parfois le plaisir du spectateur. Si vous cherchez un thriller juridique sous haute tension, vous risquez d’être déçu. Le suspense reste globalement plat. Les affaires s'enchaînent sans qu'on tremble vraiment pour l'issue des procès. En réalité, le tribunal sert de décor pour filmer l’évolution psychologique de Neha, délaissant l'adrénaline des plaidoiries. Le rythme général pâtit aussi de ce choix narratif. Le réalisateur privilégie les discussions et les cas de conscience au détriment de l'action. 

 

L'idée est louable, mais cela engendre des longueurs et des échanges qui manquent parfois de spontanéité. La réalisation, très sobre, refuse le spectaculaire, ce qui rend malheureusement certaines scènes un peu monochromes. Au bout du compte, System ressemble plus à une chronique sociale en milieu judiciaire qu’à un pur film de procès. C’est dommage, car le potentiel était énorme. Les questions liées à la corruption ou aux inégalités de classes auraient mérité un traitement plus incisif et plus courageux. Le film donne souvent l'impression de s'arrêter au bord du précipice pour revenir se mettre à l'abri dans sa zone de confort. Le résultat final reste un divertissement tout à fait honorable, porté par deux comédiennes habitées et des thématiques fortes. 

 

Note : 4.5/10. En bref, sous ses airs de dénonciation, System reste un drame un peu trop sage qui applique sagement les codes du genre sans jamais réussir à les réinventer.

Sorti le 22 mai 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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