11 Juin 2026
Dès que le générique de Make That Movie a commencé, j'ai tout de suite été intrigué. La musique, l'ambiance visuelle, tout rappelle immédiatement les codes du faux documentaire à la télé, un peu comme ce qu'on a pu voir dans The Office. Qu'il s'agisse d'un clin d'œil volontaire ou d'un pur hasard, ce début donne immédiatement le ton et annonce la couleur de la série. Le concept est ultra simple mais complètement fou. Sur six épisodes de vingt minutes, on suit Sam Campbell dans le rôle d'un réalisateur qui parcourt les routes pour adapter les scénarios farfelus de gens ordinaires en films fauchés. Sur le papier, on pourrait croire à un sketch un peu trop long.
Le réalisateur Sam et son équipe d'élite travaillent contre la montre pour transformer les idées extraordinaires, chaotiques et surréalistes de gens ordinaires en films à succès.
Mais dans la réalité, la série prend un chemin beaucoup plus bizarre. Chaque épisode nous plonge dans un nouveau projet de film. C'est le genre d'histoires tellement loufoques qu'on a du mal à les raconter sans avoir l'air d'inventer n'importe quoi sur le moment. On croise des histoires de serpents improbables ou des retraités qui entrent littéralement dans des ordinateurs pour casser la figure à des cyber-arnaqueurs. On fait face à des situations qui n'ont de sens que pour les personnes qui les ont imaginées. Le point fort de la série, c'est qu'elle ne prend jamais ces idées de haut. Tout le monde joue avec un sérieux presque perturbant. C'est vraiment là que réside toute la personnalité de la série.
Le comique ne vient pas de personnages qui s'amusent du ridicule de la situation. Au contraire, ils se donnent tous à fond dans des projets qui défient le bon sens. Sam Campbell traverse d'ailleurs toute la saison avec un visage totalement inexpressif, ce qui donne l'impression d'observer une sorte de dimension parallèle. On sent bien que le show ne cherche pas à plaire à tout le monde. L'humour est décalé, parfois volontairement lourd ou gênant, avec de grands moments de silence. La série mise beaucoup plus sur l'accumulation de moments bizarres que sur des vannes classiques. Cela explique pourquoi les avis sont si tranchés sur internet.
D'un côté, certains spectateurs adorent cette liberté de création totale et cette façon de réinventer le faux documentaire. D'un autre côté, pas mal de gens se demandent ce qu'ils regardent et trouvent que les scènes s'enchaînent sans logique et sans but précis. Pour ma part, cette fracture me semble tout à fait logique. Make That Movie n'essaie jamais de séduire le public qui n'aime pas l'humour absurde de base. Le show préfère s'amuser avec le malaise, le non-sens et les changements de ton imprévisibles plutôt que d'utiliser les recettes habituelles de la comédie. Après, le format pose parfois problème. Vingt minutes par épisode pour présenter les invités, comprendre leur idée, tourner le film et montrer le résultat final, c'est très court.
Certains concepts auraient mérité de respirer un peu plus au lieu de défiler à toute vitesse à l'écran pour disparaître aussitôt. Les acteurs jouent aussi un grand rôle dans cette ambiance unique. La plupart d'entre eux adoptent un jeu étrange, presque mécanique, comme s'ils venaient d'un autre monde. Selon ce qu'on recherche en regardant la série, ce choix peut autant fasciner que bloquer complètement. J'ai bien aimé la manière dont la série glisse des petites piques sur notre quotidien et notre culture sans jamais donner de grandes leçons. Derrière le grand n'importe quoi des situations, on devine des critiques assez justes sur le monde du travail, la solitude ou nos manies modernes, mais toujours à travers un miroir totalement déformé.
Il y a aussi un côté très touchant dans le regard que pose le show sur le cinéma amateur et les films faits avec trois bouts de ficelle. La série ne se moque jamais méchamment de ces réalisateurs du dimanche. On sent une vraie tendresse pour ces œuvres imparfaites faites avec le cœur. Ce respect pour le cinéma artisanal et un peu bancal se ressent tout au long des six épisodes. Bien sûr, tout n'est pas parfait. Certains épisodes fonctionnent moins bien que d'autres et quelques scènes traînent en longueur sans réussir à décoller. À force de voir défiler des idées bizarres sans arrêt, on peut aussi finir par ressentir une petite overdose d'absurde.
Mais c'est justement ce choix de ne jamais entrer dans un moule rassurant qui rend le projet intéressant. La série ne cherche pas à guider le spectateur par la main ni à lui expliquer ses blagues. Elle avance selon ses propres règles, quitte à laisser du monde sur le côté. Au bout du compte, cette première saison laisse un souvenir tenace. On est loin de la comédie classique pleine de répliques cultes ou d'une histoire linéaire. Le show préfère inventer un monde où le bizarre devient la norme et où les idées les plus folles sont défendues comme des chefs-d'œuvre. Je comprends tout à fait qu'on puisse décrocher après seulement dix minutes comme on peut devenir totalement accro.
C'est typiquement le genre de programme qui ne laisse personne indifférent. Personnellement, j'ai apprécié voir une œuvre qui va jusqu'au bout de son délire sans essayer de lisser son style pour plaire au plus grand nombre. Rien que pour cette audace, Make That Movie mérite qu'on lui laisse sa chance.
Note : 6.5/10. En bref, Make That Movie est une comédie absurde et radicale qui transforme des scénarios amateurs totalement loufoques en courts-métrages fauchés, sans jamais se moquer de ses créateurs. Portée par un humour basé sur le malaise et le second degré, cette série audacieuse divisera le public mais séduira les amateurs de bizarreries qui sortent des sentiers battus.
Prochainement en France
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