6 Juin 2026
Tout va super // De Patrick Cassir. Avec Hakim Jemili, Noémie Lvovsky et Marie Colomb.
Filmer l'accompagnement d'un proche en fin de vie tout en essayant de garder la tête hors de l'eau, c'est le défi casse-gueule que s'est lancé Patrick Cassir avec Tout va super. Mélanger la comédie romantique et le drame familial lourd sur le papier, ça ressemble à un sacré numéro d'équilibriste. Contre toute attente, le réalisateur s'en sort vraiment bien. Il évite le piège du larmoyant et trouve une vraie justesse entre les moments d'émotion pure et les respirations plus légères. Le film tient debout grâce à un trio d'acteurs hyper attachant qui porte une histoire simple, mais qui résonne en chacun de nous : celle d’un trentenaire coincé entre son devoir de fils et son envie d’exister par lui-même.
Elie est soulagé. Après plusieurs années à s’occuper de Sylvaine, sa mère envahissante et malade : elle est guérie ! Il va enfin pouvoir penser à lui. Dans un bar, il rencontre Anaïs. Ils tombent très vite amoureux. Mais l’euphorie est de courte durée, Sylvaine fait une rechute. Tiraillé entre cette nouvelle histoire d’amour et la maladie de sa mère, Elie va être très vite dépassé !
Dans le film, on suit Elie, qui vit encore chez sa mère, Sylvaine. Elle se bat contre un cancer qui, après une période de répit, revient squatter leur quotidien. C'est exactement le moment que choisit le destin pour mettre Anaïs sur la route d'Elie. Le scénario se déploie sur ce double timing. On a d’un côté un fils qui gère la dégradation de la santé de sa mère, et de l’autre, une histoire d'amour naissante qui apporte de la lumière là où tout s'assombrit. Cette collision entre la fin d’un cycle et le début d’un autre fait tout le sel du film. Le réalisateur explore des thèmes qu'on connaît tous, comme la peur viscérale de perdre ses parents, la culpabilité de vouloir être heureux malgré tout, et cette foutue nécessité de continuer à avancer quand le sol se dérobe.
Il faut quand même prévenir le public, car le titre et la bande-annonce sont un peu trompeurs. On n'est pas face à une comédie pure et dure pour se vider la tête un samedi soir. Tout va super s'impose plutôt comme un drame teinté d'ironie, où le rire sert de soupape de sécurité pour ne pas étouffer sous le poids du sujet. Les scènes qui prêtent à sourire marchent bien parce qu'elles naissent des petites absurdités du quotidien et des maladresses des personnages. Plus le récit progresse, plus l'ambiance vire à la mélancolie. Ce virage vers l'émotion brute pourra déstabiliser ceux qui s'attendaient à de la rigolade pure. Personnellement, j'ai trouvé ça hyper cohérent.
La maladie n'est jamais un prétexte pour arracher des larmes faciles au spectateur. On regarde simplement des gens normaux essayer de gérer une situation qui les dépasse complètement. La vraie claque du film vient du choix de l'acteur principal. On connaît surtout Hakim Jemili pour ses sketchs ou ses rôles de bon copain rigolo. Ici, il casse complètement son image et dévoile une facette hyper sensible et retenue. Son Elie est touchant précisément parce qu'il n'a rien d'un héros. C'est juste un mec normal qui fait ce qu'il peut, qui galère entre ses responsabilités familiales et ses désirs amoureux. On s'identifie à lui en deux minutes chrono. Face à lui, Noémie Lvovsky est impériale en mère poule à la fois aimante, étouffante et terriblement digne.
Elle insuffle une énergie vitale au personnage qui l'empêche de devenir une simple figure de victime. Marie Colomb complète le tableau avec une fraîcheur dingue, incarnant une promesse d'avenir sans jamais tomber dans les clichés de la meuf parfaite de rom-com. Les seconds rôles ne sont pas en reste et apportent un vrai relief à l'ensemble. L'auxiliaire de vie engagé pour s'occuper de la maman offre des moments de décompression fantastiques. Son côté un peu perché crée un décalage bienvenu avec la gravité de la situation. Ces petites bulles d'air permettent au film de garder une vraie douceur, même quand la fin approche. Toute cette galerie de personnages donne de la texture à l'univers du cinéaste, enrichissant cette réflexion intime sur la transmission et les liens familiaux.
Tout n'est pas parfait pour autant. Le film souffre de quelques longueurs et certaines intrigues secondaires auraient mérité d’être un peu plus creusées ou carrément coupées. Le rythme s'essouffle légèrement dans la deuxième moitié, avec des passages assez prévisibles qui n'apportent pas grand-chose à la trajectoire des personnages. Heureusement, la sincérité globale du projet sauve la mise. Patrick Cassir filme tout ça avec une grande pudeur, et c’est pour ça que l’émotion cueille le spectateur quand il s'y attend le moins.
Note : 6.5/10. En bref, Tout va super est une chronique humaine très touchante sur l'amour filial, le deuil anticipé et les trains qu’il faut savoir prendre en marche avant qu'il ne soit trop tard. C’est un film qui tape juste, sans chercher à révolutionner le cinéma, mais qui fait du bien par sa simplicité. On repart de la salle avec le cœur un peu serré mais une furieuse envie de profiter de ses proches, ce qui prouve que le pari est réussi.
Sorti le 27 mai 2026 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog