15 Juin 2026
Une famille de bâtards // De Mourad Winter. Avec Hakim Jemili, Benjamin Tranié, Laura Felpin et Kad Merad.
Le pitch de Une famille de bâtards laissait espérer un bon moment de cinéma : des secrets de famille balancés d’un coup, une fratrie forcée de cohabiter et un rade miteux qui sert de couverture à des combines louches. Sur le papier, il y avait carrément de quoi faire une comédie nerveuse, rythmée, avec des quiproquos qui dérapent pour de bon. Mais une fois l’écran allumé, la réalité est bien différente. Le film donne surtout une étrange impression de flottement, comme s’il ne savait jamais vraiment sur quel pied danser. L’histoire démarre pourtant sur les chapeaux de roues avec un événement violent : le daron se fait agresser.
Paname, 1997. À la suite d’une fusillade ayant laissé pour mort son père, Mohamed apprend que ce dernier, visiblement adepte des plaisirs de la chair, lui cachait Maurice et Morgane, deux frère et sœur jusque-là inconnus et aux caractères bien trempés. Pire, l’évènement oblige Mohamed à cohabiter avec ses néo-frangins et ainsi s’occuper de “Chez Momo”, haut lieu du vice parisien, qui brasse autant de mousse que de magouilles et d’amour tarifé. Bien que conseillé par Djilali, pilier immémorial du bar, et Sylvie, entraîneuse historique qui connaît la maison comme sa poche, le trio devra tout tenter pour sauver le bistrot, endetté jusqu’au cou... sans se faire plumer par la pègre locale. Entre arnaque, machines à sous et crises de fratrie, ils découvriront ensemble que les liens du sang, ça tâche, et c’est dur à faire partir.
C’est le déclencheur qui force deux frères et une sœur à découvrir qu’ils partagent le même sang, alors qu’ils ignoraient tout de l’existence des uns et des autres. Pour couronner le tout, ils héritent de la gestion du bar familial. Un endroit loin d’être clean, qui sert en fait de façade à tout un tas de business illégaux. C’est typiquement le genre d’idée qui porte une comédie : plonger des parfaits inconnus dans une galère monumentale au milieu d’un univers criminel dont ils ne pigent pas les codes. Le problème, c’est que le soufflé retombe presque aussitôt. Le scénario s’embourbe dans des scènes plates, où les situations se répètent sans que l’intrigue avance d’un poil.
Passé la première heure, on a la sensation flagrante de tourner en rond, le réalisateur hésitant sans cesse sur la direction à donner à son récit. Le gros point noir du film, c’est son manque cruel de rythme. Les scènes s’étirent en longueur, parfois sans véritable enjeu pour faire avancer le Schmilblick. Côté dialogues, on ont sent que l’écriture cherche la punchline à tout prix, mais la plupart des répliques tombent à plat ou se reposent sur des vannes téléphonées. Le film tente bien de jouer la carte de l’humour provocateur pour secouer le spectateur, mais la mayonnaise ne prend pas, la faute à une mise en scène trop molle pour soutenir le ton. Il y a bien quelques moments un peu plus fun, notamment quand ces parvenus essaient d’apprendre les ficelles du métier de gangster.
L’idée de base est plutôt rigolote, mais elle est usée jusqu’à la corde sans que l’intensité ne monte d’un cran. Le film reste bloqué dans une sorte de routine narrative où les séquences s’enchaînent sans créer la moindre progression dramatique. Si Une famille de bâtards évite le naufrage complet, c’est uniquement grâce à son trio d’acteurs principal. Les personnages ont des caractères bien distincts, ce qui crée enfin un peu de friction et de répondant. L’un d’eux s’en sort d’ailleurs beaucoup mieux que prévu dans ce milieu de voyous, ce qui apporte un peu de fraîcheur et donne vie à quelques scènes. L’énergie du casting sauve clairement les meubles, en particulier lors des engueulades improvisées et des moments de tension familiale un peu forcés.
Mais même avec toute la bonne volonté du monde, les comédiens se retrouvent vite bridés par un texte trop rigide. Les répliques finissent par bégayer et on finit par perdre de vue ce que les personnages cherchent vraiment à accomplir. Autour de ce trio, c’est le désert ou presque. Les seconds rôles font de la figuration intelligente : ils passent, balancent une réplique pour faire avancer l’histoire, puis disparaissent sans avoir pu exister. C’est frustrant parce qu’on sent qu’il y avait du potentiel pour enrichir cet univers, mais le film préfère rester en surface. Le bar, qui devrait être un personnage à part entière et le cœur de toutes les tensions, est sous-exploité. On s’en échappe de temps en temps, mais ces sorties n’apportent aucun bol d’air ni aucun rebondissement.
Tout reste coincé dans un cadre trop strict. Le long-métrage essaie de mélanger la chronique familiale et le thriller de gangsters, mais il rate les deux cibles. Les activités criminelles restent un simple décor de fond, sans substance. Il n’y a jamais de vrai danger, pas de suspense, ni cette étincelle de tension qui viendrait bousculer la dynamique entre les frères et sœurs. Les embrouilles tournent court et les rares moments de tension retombent comme un soufflé. On se retrouve face à un film ultra prévisible où les événements s’enchaînent sagement, sans la moindre surprise. Au fond, ce qui domine après la séance, c’est un sentiment de gâchis.
L’idée de départ avait une vraie gueule : une fratrie qui débarque de nulle part, un héritage empoisonné et un milieu hostile à apprivoiser. Malheureusement, le film ne transforme jamais l’essai. Tout reste au niveau du brouillon. Les situations manquent de relief, les enjeux sont flous et l’humour ne suffit pas à combler le vide du scénario. Même les rares tentatives de faire passer de l’émotion tombent à l’eau, expédiées à la va-vite sans toucher le spectateur.
Note : 4/10. En bref, Une famille de bâtards laisse un goût d’inachevé. On sourit devant deux ou trois répliques, quelques idées se tiennent, et les acteurs font le job avec ce qu’on leur donne. Mais le résultat global reste trop tiède, souvent plat, et s’oublie aussitôt le générique de fin commencé. Une comédie qui avait du potentiel mais qui s’est pris les pieds dans un scénario trop faible pour tenir la distance.
Sorti le 12 juin 2026 directement sur Amazon Prime Viodeo
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