11 Juin 2026
Les Couleurs du Mal : Noir // De Adrian Panek. Avec Jakub Gierszal, Marianna Zydek et Andrzej Chyra.
Après le succès du premier volet, la saga policière polonaise revient avec Les Couleurs du Mal : Noir. On replonge directement dans une ambiance lourde, où se mêlent disparitions d’enfants, secrets de province et silences complices. Sur le papier, ce nouveau long-métrage promettait une immersion totale dans une enquête sous haute tension, menée par un procureur déterminé au milieu d’une petite communauté rurale. Dans la pratique, le résultat est un peu plus mitigé. Le film alterne de vrais bons moments d’angoisse et des passages très prévisibles qui cassent le rythme. L’intrigue nous colle aux basques du procureur Leopold Bilski.
Lorsqu'un jeune garçon disparaît dans une petite ville paisible, un procureur fraîchement muté commence à découvrir des liens inattendus avec une ancienne affaire.
Habitué aux dossiers complexes et aux face-à-face tendus, il se retrouve envoyé loin de tout, dans une zone rurale isolée. L’accalmie est de courte durée puisqu’un jeune garçon disparaît mystérieusement. Très vite, les indices pointent vers une communauté fermée sur elle-même, où le silence des habitants pèse beaucoup plus lourd que les preuves matérielles récoltées par les enquêteurs. C’est un grand classique du thriller moderne : le fait divers ne sert finalement que de prétexte pour gratter le vernis d’une micro-société. Derrière cette disparition inquiétante, le scénario s’attaque à des secrets enfouis depuis des années, à des vieilles rancœurs locales et à un système de protection mutuelle bien huilé.
L’histoire avance pas à pas, révélant la face cachée de la ville au fil des interrogatoires et des explorations du procureur. S’il y a bien un point sur lequel le film marque des points, c’est son atmosphère. La mise en scène installe immédiatement un climat pesant, bien aidé par des décors naturels froids, des forêts sombres et des bâtisses grises qui semblent étouffer les secrets des personnages. Les routes désertes et la météo maussade participent pleinement à cette sensation d’isolement. Dans sa première moitié, cette noirceur visuelle fonctionne vraiment bien et porte l’enquête avec efficacité. Le problème, c’est que cette recette rappelle un nombre incalculable de productions du même style, particulièrement sur Netflix.
Le schéma est connu par cœur : l’enquêteur venu de l’extérieur qui bouscule les locaux, les notables corrompus et la vérité qui éclate dans la douleur. Le film applique sagement le cahier des charges du polar nordique ou est-européen sans jamais tenter de bousculer le genre ou de surprendre le spectateur habitué. Le vrai point faible de Les Couleurs du Mal : Noir réside dans la structure de son écriture. L’intrigue donne souvent l’impression de vouloir courir plusieurs lièvres à la fois sans jamais réussir à lier toutes ses pistes de façon naturelle. L’enquête sur le petit garçon s’embourbe régulièrement dans des sous-intrigues pas toujours utiles : rumeurs de voisinage, flash-backs sur le passé des habitants et révélations qui tombent parfois comme un cheveu sur la soupe.
Par moments, le montage s’accélère brusquement pour boucler une sous-intrigue, créant des ruptures de rythme assez déstabilisantes. Cette gestion narrative se ressent sur la durée totale du film. Après un démarrage solide qui accroche le spectateur, la seconde partie tourne un peu en rond. Les interrogatoires se répètent et les avancées concrètes se font rares, ce qui émousse la tension dramatique qu’on attend d’un tel dénouement. Le réalisateur essaie pourtant de donner une dimension plus profonde à son œuvre en abordant la notion de responsabilité collective. Regarder ailleurs quand le pire se produit, protéger le clan quitte à sacrifier des innocents : ce sont des thèmes puissants pour un thriller psychologique.
Malheureusement, ces pistes de réflexion ne sont qu’effleurées. Elles servent d’arrière-plan mais ne deviennent jamais le moteur principal des personnages. Le film préfère se raccrocher aux mécaniques bien connues du cinéma policier traditionnel plutôt que de creuser la psychologie de cette communauté malade. Le procureur Leopold Bilski incarne bien cette retenue scénaristique. Le personnage est solide, droit et plutôt charismatique dans son rôle de justicier solitaire. Il permet de s’immerger facilement dans l’histoire. Pourtant, le scénario refuse de développer ses propres failles ou ses dilemmes face à l’horreur de la situation. Il reste un pion de l’enquête, efficace mais un peu lisse.
Derrière la caméra, le travail est propre mais manque cruellement de personnalité. La mise en scène fait le job, elle filme la grisaille et la tension de manière très fonctionnelle, mais sans coup d’éclat ni proposition visuelle forte. Les paysages polonais offrent un joli cadre, mais la photographie reste très standardisée, rappelant des dizaines d’autres séries policières disponibles sur les plateformes de streaming. Même le dénouement final, qui cherche à créer l’effet de surprise thérapeutique propre au genre, se devine assez rapidement si on est un habitué des romans noirs ou des thrillers contemporains. Le film privilégie la résolution mécanique de son puzzle plutôt que l’impact émotionnel de ses révélations.
Note : 5/10. En bref, Les Couleurs du Mal : Noir est un divertissement tout à fait honnête qui remplira sa mission lors d’une soirée canapé. L’ambiance est au rendez-vous et l’enquête se suit sans ennui malgré quelques longueurs évidentes au milieu du récit. Je regrette simplement qu’avec un matériau de base aussi sombre, l’équipe n’ait pas pris le risque de sortir des sentiers battus. Un polar efficace, mais qui s’oublie malheureusement assez vite une fois le générique de fin commencé.
Sorti le 10 juin 2026 directement sur Netflix
Les Couleurs du Mal : Noir est le second volet de la franchise Les Couleurs du Mal après Les Couleurs du Mal : Rouge (2024).
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