Critique Ciné : Les Silences de Riyad (2026)

Critique Ciné : Les Silences de Riyad (2026)

Les silences de Riyad // De Haifaa Al Mansour. Avec Mila Al Zahrani, Aziz Gharbawi et Shafi Al Harthy.

 

Avec Les Silences de Riyad, la réalisatrice saoudienne Haifaa Al-Mansour revient sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : la condition des femmes dans son pays. Après avoir marqué les esprits avec des portraits plus intimistes, elle s'attaque cette fois-ci au thriller policier. Le mélange est prometteur sur le papier : utiliser la mécanique d'une enquête pour ausculter une société en plein bouleversement, sans pour autant livrer un simple polar du dimanche. Le résultat ? Un film qui intrigue immédiatement par son univers et son héroïne, mais qui retombe un peu trop souvent dans des rails déjà bien connus. 

 

Dans le désert saoudien, le corps d’une adolescente est retrouvé, sans qu’elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l’affaire est rapidement classée. Mais à Riyad, Nawal, une jeune employée du commissariat, refuse de lâcher ce dossier. En enquêtant sur la victime, elle met au jour des éléments qu’elle n’aurait jamais dû découvrir et se retrouve bientôt entraînée dans une affaire qui la dépasse.

 

L'intention est là, l'ambiance aussi, mais le scénario manque parfois de poigne, jusqu'à un final qui laisse perplexe. Tout commence dans le désert, aux portes de la capitale. Un corps d'adolescente y est découvert, à moitié enfoui dans le sable. Impossible de l'identifier. Si personne ne vient la réclamer, elle finira dans une fosse commune anonyme, oubliée de tous. Cette image de départ donne le ton : dans cette histoire, effacer un corps, c'est aussi le reflet d'une société capable de faire disparaître ses femmes sans laisser de traces. C'est là qu'intervient Nawal. Elle ne travaille pas sur le terrain, elle est employée dans un bureau de police où son rôle se limite à numériser de vieux cartons d'archives. 

 

Sa vie tourne autour du travail, de ses drames personnels et d'une passion discrète pour les podcasts true crime. Quand cette affaire surgit, elle ne peut pas s'en empêcher. Sans aucun mandat, sans être inspectrice, elle commence à fureter. Son atout ? Un regard attentif à des détails que les policiers masculins ne voient même pas, comme un bout de tissu, un type de maquillage ou un indice glissé dans le quotidien des jeunes filles. Très vite, le film nous fait comprendre que le vrai sujet ne se résume pas à savoir qui a commis le crime. À travers cette quête, Haifaa Al-Mansour dresse le portrait d'un quotidien où les femmes évoluent dans un carcan permanent. Nawal elle-même porte les marques de ces pressions. 

 

Divorcée, fragilisée par une blessure intime qu'elle tente d'étouffer, elle avance la tête la première. Retrouver le nom de cette inconnue devient une affaire personnelle, un moyen de redonner de la dignité à une autre pour réparer ce qui a été cassé chez elle. Le film gratte là où ça fait mal. On entre dans le lycée de la victime, et la réaction face aux absentes fait froid dans le dos : personne ne s'étonne vraiment de voir des élèves s'évaporer. L'une a été mariée de force au milieu du trimestre, une autre a déménagé du jour au lendemain sans donner de nouvelles. L'indifférence générale qui entoure ces disparitions en dit long sur le poids des traditions.

 

C'est clairement dans ces moments de chronique sociale que le film touche le plus juste. Comme Nawal est une femme, elle s'infiltre dans des lieux complètement fermés aux hommes : salons de beauté privatifs, écoles pour filles ou arrière-boutiques. L'enquête prend alors un chemin plus intimiste. Le cadre saoudien se dévoile sans caricature, pris entre une modernité assumée et des blocages patriarcaux très tenaces. On croise des hommes bienveillants et d'autres accrochés à leurs privilèges, sans tomber dans le manichéisme facile. C'est malheureusement quand le film se rappelle qu'il doit être un thriller policier qu'il commence à perdre de sa force. L'intrigue avance sur des rails très balisés. 

 

Les indices tombent au bon moment, et si vous avez l'habitude des polars, vous devinerez assez vite la trajectoire des événements. Le suspense fait le travail, mais sans créer de véritable vertige. On sent que la réalisatrice s'intéresse beaucoup plus au propos social qu'à la mécanique de la tension dramatique. Le rythme patine aussi par moments, avec des scènes qui s'étirent alors que l'enjeu a déjà été compris depuis longtemps. Heureusement, l'actrice Mila Al-Zahrani tient le film à bout de bras. Son jeu apporte une vraie rugosité à Nawal. On sent chez elle ce mélange de colère contenue, de culpabilité et d'entêtement pur. Grâce à son interprétation, cette femme qui refuse de lâcher l'affaire devient totalement crédible. 

 

On ressent chaque refus de l'administration comme une injustice directe. Là où le film prend le risque de décevoir, c'est dans son dernier acte. Sans révéler le dénouement, le dernier virage pris par le scénario manque singulièrement d'équilibre. Alors que tout le récit s'efforçait d'être réaliste, ce retournement final cherche l'effet de surprise à tout prix, au détriment de la cohérence. C'est le genre de choix qui fait tiquer et qui gâche l'impression générale au moment du générique. Ce choix laisse plusieurs questions en suspens et abandonne en route des thématiques pourtant bien amorcées. C'est frustrant, car la première partie prouvait la capacité du film à parler d'inégalités sans avoir besoin d'artifices spectaculaires.

 

Côté mise en scène, la réalisation choisit une sobriété très propre. Les plans sur le désert et la ville de Riyad installent une belle atmosphère, mais l'ensemble reste visuellement assez sage. En fin de compte, Les Silences de Riyad est un film honnête et sincère, qui vaut surtout pour ce qu'il montre de la société saoudienne contemporaine. La trame policière sert de prétexte pour explorer les tabous, la condition féminine et le poids du regard des autres. Porté par une Mila Al-Zahrani très convaincante, le métrage souffre d'une écriture un peu trop prévisible et d'un dénouement maladroit. À voir si vous cherchez un regard captivant sur le Moyen-Orient d'aujourd'hui, un peu moins si vous attendez un thriller haletant.

 

Note : 5.5/10. En bref, Les Silences de Riyad est un film honnête et sincère, qui vaut surtout pour ce qu'il montre de la société saoudienne contemporaine. La trame policière sert de prétexte pour explorer les tabous, la condition féminine et le poids du regard des autres. 

Sorti le 5 août 2026 au cinéma

 

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