6 Août 2026
Mauvaise Pioche // De Gérard Jugnot. Avec Gérard Jugnot, Philippe Lacheau et Thierry Lhermitte.
Quand Gérard Jugnot s'attaque à l'affaire du faux Xavier Dupont de Ligonnès de 2019, l'idée a de quoi emballer. Rappelez-vous : un retraité tranquille s'était fait cueillir à l'aéroport de Glasgow parce que des limiers un peu trop pressés l'avaient pris pour le fugitif le plus recherché de France. Une histoire hallucinante, vraie, et surtout un terreau rêvé pour une comédie féroce sur le grand n'importe quoi des médias et la frénésie des réseaux sociaux. Sur le papier, le potentiel saute aux yeux. Entre la bêtise de l'erreur judiciaire, les chaînes d'info en continu qui balancent du scoop sans vérifier et les dégâts immenses sur un pauvre type propulsé malgré lui à la une du JT, il y avait de quoi faire un carnage.
Arrêté par erreur et confondu avec l’homme le plus recherché de France, Serge Martin, paisible retraité, devient la cible des médias. Pris dans un tourbillon sans fin, il va tout tenter pour prouver son innocence et retrouver sa vie... si c’est encore possible !
Sauf que Jugnot reste Jugnot. Au lieu de sortir les griffes, le réalisateur préfère la bienveillance et les bons sentiments. Résultat ? On passe un moment plutôt agréable, mais on reste carrément sur notre faim. Le film suit Serge Martin, un gars ordinaire dont la vie explose en plein vol du jour au lendemain. En deux heures de temps, sa photo tourne partout, son nom devient synonyme de monstre public, et sa réputation est piétinée. Cette mécanique du rouleau compresseur médiatique fonctionne vraiment bien dans toute la première partie. On voit la vitesse affolante à laquelle une rumeur bidon devient une vérité absolue pour l'opinion publique. Jugnot tape juste quand il pointe la course au buzz.
Ces journalistes qui se battent pour avoir la primauté d'une info avant même d'avoir passé un coup de téléphone de vérification, la complaisance avec certaines sources policières... Tout ça est dépeint avec un œil amusé. Quelques séquences font mouche, notamment les faux bandeaux d'information en bas d'écran qui résument à eux seuls le délire collectif. C'est fin, c'est bien vu, et c'est souvent ce qui fait le plus rire. Mais le problème arrive assez vite : le scénario choisit la route la plus balisée possible. Le récit se découpe en gros morceaux bien distincts : l'arrestation, le traitement médiatique, puis les retombées plus intimes dans la vie de Serge. Rien de bien dramatique sur la forme, mais cette découpe donne parfois l'impression de voir une succession de sketchs mis bout à bout plutôt qu'une vraie histoire fluide.
Et puis, surtout, il y a le ton. On nous vend une comédie, mais franchement, on ne rigole pas à gorge déployée. On sourit pas mal, oui, devant l'absurdité de certaines scènes ou grâce à deux ou trois répliques bien troussées. Mais l'ensemble manque cruellement de piquant. Là où il fallait appuyer là où ça fait mal, Jugnot préfère prendre son personnage principal par la main et l'entourer de chaleur humaine. C'est gentil, c'est touchant, mais ça désamorce complètement la satire. Côté jeu d'acteur, rien à redire sur Gérard Jugnot. Il fait du Jugnot, et il le fait bien. Il apporte une vraie sincérité à ce pauvre type complètement dépassé par ce qui lui arrive. On s'attache sans effort à lui, et c'est clairement ce qui sauve le film d'un ennui poli. Pour l'entourer, le film a sorti le grand jeu.
La liste des copains est impressionnante : Thierry Lhermitte, Philippe Lacheau, Pierre Richard, Jean-Pierre Darroussin, Zabou Breitman... C'est un vrai défilé de visages familiers. Ça fait plaisir à voir, chaque acteur a son petit moment à lui, même si pas mal de rôles secondaires restent très superficiels. Mais voilà, aligner les stars ne suffit pas à combler les creux de l'écriture. La plupart des personnages secondaires sont taillés à la serpe : les flics passent pour des billes, les reporters pour des opportunistes idiots, et les voisins pour des benêts crédules. L'exagération fait partie des codes de la comédie, d'accord, mais ici elle frôle souvent le cliché facile et rend le propos un peu artificiel. C'est encore plus visible dans la dernière demi-heure. Sans trop en dévoiler, le film s'emmêle un peu les pinceaux et s'éloigne de son sujet de départ pour empiler les péripéties téléphonées.
La crédibilité en prend un coup, et le fond satirique finit par se dissoudre complètement. C'est vraiment dommage, parce que le drame humain derrière le fait divers méritait un traitement un peu plus percutant. La violence d'une vie brisée par une fausse alerte télévisée est effleurée, mais le film s'arrête toujours au bord du précipice pour ne froisser personne. Sur la réalisation, même constat : c'est très classique. Jugnot emballe son film proprement, sans fausse note mais sans la moindre idée visuelle forte. On a souvent la sensation d'être devant un téléfilm du dimanche soir plutôt qu'au cinéma. La mise en scène fait le job, elle sert les comédiens, mais ne prend jamais le dessus.
Note : 4.5/10. En bref, Mauvaise Pioche est un film qui se laisse regarder très facilement, sans prise de tête, mais qui s'oublie aussi vite. Gérard Jugnot signe une comédie gentillette, portée par un casting très sympathique et un sujet de départ captivant. Mais à force de vouloir rester poli et accessible à tout le monde, le film passe à côté du grand film corrosif qu'il aurait pu être. Ça divertit, ça fait sourire, mais ça ne gratte jamais là où ça démange.
Sorti le 1er avril 2026 au cinéma
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