6 Août 2026
Je m’attendais à un drame familial un peu classique, de ceux qu’on regarde d’un œil distrait le dimanche après-midi. Je me suis retrouvé propulsé au cœur d’une expérience audiovisuelle frôlant le surréalisme pur. La saison 1 de cette production mexicaine partait d’une idée certes éculée, mais qui a déjà fait ses preuves : une ado tombe malade, il faut d’urgence un donneur d'organe compatible, et paf, le test ADN révèle que le papa attentionné n'est pas le père biologique. Jusque-là, tout va bien. C’est le B.A.-BA de la fiction dramatique. Le souci, c’est que ce que les scénaristes ont fait de ce point de départ s’apparente à un sabotage en règle.
Alors que la survie de sa fille dépend d'une greffe, Maca découvre que le seul donneur compatible n'est pas son mari, mais le père biologique de l'adolescente. Pour la sauver, elle doit affronter les conséquences de cette ancienne liaison secrète qui déchire les deux familles. Maca est tiraillée entre le désir d'aider sa fille et le prix de la vérité dans cette histoire qui explore les limites de ce que nous pouvons pardonner.
Dès les vingt premières minutes, la série bazarde sa seule cartouche narrative en balançant le secret à la figure de tout le monde. On aurait pu espérer une tension dramatique construite avec un minimum de patience, une lente montée de l'angoisse. Pas du tout. L'équipe d'écriture a préféré appuyer sur le champignon sans avoir de permis de conduire. Le résultat ne se fait pas attendre : au lieu d'un drame psychologique nuancé, on plonge la tête la première dans une surenchère grotesque qui fait passer les pires soap-operas des années 90 pour du théâtre d'auteur nordique. Le véritable calvaire commence dès qu'un personnage ouvre la bouche. Les dialogues sont d'une lourdeur proprement stupéfiante.
Rien ne sonne vrai, personne ne parle comme ça dans la vraie vie. Les répliques ne servent absolument pas à donner de la chair aux protagonistes ou à installer une quelconque atmosphère ; elles sont juste là pour expédier l'intrigue vers le drame suivant. Chaque scène se conclut par une crise d'hystérie, une révélation sortie du chapeau ou un sanglot surjoué. On en vient à se demander si le script n'a pas été rédigé par un générateur automatique de mélodrames en panne de batterie. Le rythme souffre terriblement de cette hystérie permanente. En voulant enchaîner les séismes émotionnels à la vitesse d'une mitrailleuse, la série détruit toute possibilité de créer de l’empathie. Les événements majeurs se télescopent dans un laps de temps ridicule.
Un personnage apprend qu’il a été trompé pendant quinze ans, hurle un coup, pète un vase, et la minute d'après il est déjà en train d'affronter une nouvelle catastrophe complètement absurde. Rien n'a le temps d'infuser, rien n'a de poids. À force de vouloir nous faire pleurer toutes les cinq minutes, la série provoque exactement l'effet inverse : on finit par éclater de rire devant tant de maladresse. Au milieu de ce joyeux foutoir, nous avons Julieta, l'adolescente censée porter l'enjeu émotionnel et vital de toute l'histoire. Sa situation médicale devrait nous tordre le ventre. Au lieu de ça, on passe son temps à écarquiller les yeux devant des décisions d'une incohérence totale. Ses réactions n'obéissent à aucune logique humaine, mais uniquement aux besoins désespérés des scénaristes de meubler le vide.
Les intrigues secondaires qui lui tournent autour frôlent parfois le grotesque, rendant le personnage particulièrement agaçant alors qu'elle devrait susciter toute notre compassion. Et le reste de la distribution n'est pas mieux loti. Les figures féminines de la série semblent avoir été façonnées selon un moule unique : celui de l'hystérie permanente sans aucune nuance. Pas une seule fois on ne prend le temps de construire une psychologie un tant soit peu subtile. Tout est poussé à l'extrême, tout est caricatural. Les comédiens font ce qu'ils peuvent avec le vide abyssal qu'on leur a donné à jouer, poussant des hurlements ou prenant des airs sombres selon les indications scénaristiques, sans jamais réussir à insuffler le moindre gramme de sincérité dans cette mascarade.
Il faut quand même reconnaître une chose : Silvia Navarro est une guerrière. On se demande encore ce qu'elle est venue faire dans ce naufrage, mais elle se démène avec une énergie qui force presque le respect. Même quand on lui fait débiter des énormités sans nom, elle réussit par moments à garder la tête hors de l'eau et à insuffler une minuscule bribe d'humanité. De leur côté, les deux pères s'en sortent un poil mieux que les autres, principalement parce que la série a évité de faire un profil bêtement manichéen avec le gentil papa d'un côté et le grand méchant de l'autre. C'est l'un des rares micro-points positifs de la saison, mais c'est bien trop maigre pour sauver l'édifice de l'effondrement général. Car sur le plan technique et visuel, ce n'est pas la joie non plus.
La réalisation est platement illustrative, digne d'une sitcom produite à la chaîne. La lumière est impersonnelle, les cadres sont basiques, et la mise en scène s'aligne sagement sur les pires standards du genre. Rien ne dépasse, rien n'accroche le regard, et aucune séquence ne parvient à imprimer la rétine. Le milieu de saison est d'ailleurs un long tunnel d'ennui où les mêmes disputes dans les mêmes salons se répètent en boucle. C'est du remplissage pur et dur pour atteindre laborieusement la barre des dix épisodes. La série tentait vaguement d'aborder une thématique intéressante sur la filiation et ce qui fait la valeur d'un père face aux liens du sang. Malheureusement, ce sujet à potentiel est littéralement broyé sous une montagne de clichés lourdingues et de rebondissements grotesques.
Note : 2/10. En bref, El Otro Padre n'est même pas un bon nanar télévisuel divertissant ; c'est juste un ratage complet, une coquille vide qui étouffe ses rares bonnes volontés dans un mélodrame daté. Un gâchis intégral à éviter soigneusement si vous tenez à votre temps libre.
Disponible sur Netflix
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