6 Août 2026
Voidance // De Marianna Dean. Avec Zoe Cunningham, James Cosmo et Eloise Lovell Anderson.
Les films de boucle temporelle, c'est souvent quitte ou double. Quand c’est maîtrisé, on se régale : voir un personnage butter sur les mêmes erreurs, capter des détails à chaque essai et tenter de casser l'engrenage, ça fonctionne à tous les coups. Voidance s'avance avec un pitch plutôt attrayant : une jeune agente en formation est envoyée dans une simulation ultra-réaliste pour stopper un attentat, avec autant de tentatives qu'il en faut pour régler le problème. Franchement, l'idée donnait envie. Mais une fois devant le film, le soufflé retombe vite. Entre un scénario qui patine, un rythme poussif et un univers qui n'accélère jamais vraiment, on finit surtout avec une pointe de frustration.
Pour rejoindre la Garde d'élite de l'ATIC, Alana Toro doit mettre fin à une simulation d'attaque terroriste, mais chaque tentative l'éloigne de la solution approuvée.
On suit Alana Toro, recrue d'une organisation spatiale anti-terroriste, qui joue sa qualification sur une ultime mission virtuelle. Son job ? Empêcher une attaque à la bombe dans un rade du bout du monde fréquenté par des routiers de l'espace. Chaque échec relance la machine, ce qui doit théoriquement lui permettre de collecter des indices et d'ajuster son tir à la tentative suivante. Si le principe évoque de très bons souvenirs du genre, Voidance n'en fait pas grand-chose de palpitant. Le gros problème du film réside dans l'absence totale de tension. Tout se déroulant dans un simulateur, il devient vite compliqué de se passionner pour le sort des clients du bar.
Les essais s'enchaînent et on a surtout l'impression d'assister à un banal exercice d'entraînement plutôt qu'à une vraie course contre la montre où chaque seconde compte. Le récit s'enferme dans un schéma répétitif qui piétine sans faire avancer l'histoire. Pour ne rien arranger, le scénario choisit de faire passer l'information par d'interminables dialogues explicatifs. Au lieu de laisser l'action parler d'elle-même, les personnages s'arrêtent constamment pour détailler les règles du jeu et le fonctionnement de leur monde. Résultat : l'histoire avance à deux à l'heure et la réalisation de Marianna Dean ne parvient pas à secouer cette torpeur. Les scènes de baston manquent d'impact et la boucle temporelle ne génère pas la moindre étincelle d'urgence.
On regarde la même routine se dérouler sans que chaque nouvelle tentative n'apporte son lot de révélations. Tout n'est pas jetable pour autant. Le film propose un parti pris visuel agréable. L'action se situe majoritairement dans un bouge spatial au look brut et usé, qui rappelle la science-fiction britannique des années 80 et 90. Avoir privilégié de vrais décors physiques et du matériel concret plutôt que de tout balancer sur fond vert donne de la matière et du relief à l'écran. Les costumes versent dans un style cyberpunk artisanal tout à fait convenable. Avec des moyens réduits, l'équipe réussit par moments à bâtir un cadre crédible. Il faut aussi saluer la bande-son, étonnamment ample et travaillée, qui offre parfois une vraie dimension épique que les images ont du mal à suivre.
C'est d'autant plus dommage que le tableau se gâte dès que les effets numériques pointent le bout de leur nez. Certaines incrustations manquent clairement de finition et rappellent le budget limité de la production, ce qui sort du film au pire des moments. Côté casting, Zoe Cunningham s'en sort bien dans le rôle d'Alana. Elle insuffle une belle fraîcheur et une sympathie naturelle à cette apprentie agente. En revanche, dès qu'il s'agit de jouer les combattantes aguerries et d'imposer sa présence, le costume paraît un peu grand pour elle. James Cosmo vient amener sa bouteille habituelle dans un second rôle et fait le boulot, tandis que le reste des comédiens manque d'épaisseur pour marquer les esprits.
Sur la fin, l'intrigue tente enfin de lever le nez du volant. Voidance essaie de dépasser la simple enquête en interrogeant la légitimité et la morale de l'organisation pour laquelle Alana travaille. Ça parle de manipulation, d'abus de pouvoir et d'esprit critique face aux institutions. Ces thématiques sont bienvenues, mais elles arrivent beaucoup trop tard. Après avoir passé une heure bloqué dans un labo virtuel aux enjeux artificiels, difficile de se raccrocher aux wagons. Le twist final s'avère assez prévisible pour quiconque a déjà vu deux ou trois films du genre, et la conclusion manque de crédibilité.
Note : 4/10. En bref, Voidance ressemble typiquement à un concept de court-métrage étiré pour tenir la distance d'un long. C'est une petite SF indépendante qui a du cœur, des idées visuelles sympathiques et un charme rétro évident, mais qui manque d'un script affûté et d'un vrai sens du rythme. Ça se laisse regarder un dimanche après-midi sans déplaisir, mais une fois le générique tombé, la boucle est vite oubliée.
Prochainement en France en SVOD
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