15 Mai 2025
Summer of ’69 // De Jillian Bell. Avec Chloe Fineman, Sam Morelos et Charlie Day.
Summer of '69, premier long-métrage réalisé par Jillian Bell, arrive dans un paysage cinématographique déjà saturé de récits initiatiques adolescents. Et pourtant, malgré ses maladresses, le film parvient à trouver une forme de sincérité dans son approche du passage à l’âge adulte. Il ne révolutionne rien, mais il a cette envie palpable de faire revivre une tradition du teen movie, en y injectant une dose d’ironie et un regard plus féminin. Le film suit Abby, une adolescente introvertie, passionnée de jeux vidéo, qui vit ses dernières semaines de lycée en nourrissant une obsession assez naïve pour un camarade de classe, Max.
Une lycéenne maladroite engage une danseuse pour l'aider à séduire son béguin amoureux avant la remise des diplômes.
Quand elle apprend que ce dernier a une préférence sexuelle bien précise, elle se lance dans une quête improbable : comprendre et maîtriser le fameux "69" pour espérer attirer son attention. Pour ce faire, elle fait appel à Santa Monica, une strip-teaseuse excentrique interprétée par Chloe Fineman, en lui proposant de l’aider en échange d’une importante somme d’argent. Ce pitch, volontairement décalé, installe rapidement le ton du film : une comédie centrée sur l’éveil sexuel, mais traitée avec un humour qui flirte parfois avec l’absurde, sans tomber dans la vulgarité gratuite. Le duo formé par Abby et Santa Monica devient le cœur du récit, et c’est dans cette relation, fondée sur l’écoute et l’échange, que le film trouve ses moments les plus justes.
Si le film repose sur un duo, c’est surtout la performance de Sam Morelos qui attire l’attention. Elle incarne une adolescente comme il en existe tant : gauche, hésitante, pas encore à l’aise dans sa peau. Son interprétation apporte une fraîcheur et une vulnérabilité qui sonnent vrai. À l’inverse, Chloe Fineman, plus expérimentée, peine parfois à habiter son personnage. Bien qu’elle ait le bagout nécessaire, certaines scènes manquent de naturel, et son humour, souvent basé sur des punchlines sexuelles, tombe parfois à plat. Le film cherche un équilibre entre légèreté et gravité, mais vacille d’une tonalité à l’autre.
Certains passages sont sincèrement drôles, d’autres semblent trop forcés, comme si la mise en scène appuyait trop fort sur les ressorts comiques. Cette oscillation constante entre le burlesque et l’émotion freine parfois l’engagement. Pour une première réalisation, Jillian Bell fait preuve d’une certaine ambition. La direction d’acteurs est globalement efficace, et quelques scènes, bien que visuellement chargées, montrent une vraie volonté de stylisation. Une séquence dans un sex shop transformé en maison hantée, par exemple, aurait pu être un moment fort si elle avait été mieux rythmée. L’idée est là, l’exécution reste perfectible.
Le film alterne entre différents arcs narratifs – l’amitié en formation, les histoires personnelles des personnages, la survie du club de strip-tease – mais peine à les harmoniser. Certains fils sont abandonnés trop vite, d’autres prennent une place excessive. Ce manque de cohérence donne une impression de dispersion, comme si plusieurs épisodes d’une série avaient été rassemblés sans fil conducteur clair. L’un des aspects les plus intéressants de Summer of '69 réside dans la manière dont il détourne les codes du teen movie traditionnel. Au lieu de mettre l’accent sur la quête amoureuse ou la conquête sexuelle masculine, le film choisit de s’attarder sur une amitié naissante entre deux femmes issues de mondes très différents.
Cette perspective apporte une fraîcheur bienvenue, même si elle n’est pas toujours exploitée à son plein potentiel. Le regard que porte Bell sur ses personnages est empreint de bienveillance. Même lorsque les situations deviennent absurdes ou exagérées, le film garde une certaine tendresse envers ses protagonistes. Cette approche permet de pardonner les nombreux raccourcis scénaristiques ou les scènes parfois trop appuyées. L’un des points faibles du film reste certains choix de casting. Si Sam Morelos trouve sa place avec naturel, d’autres rôles secondaires manquent de consistance ou tombent dans des stéréotypes trop faciles.
Certains personnages n’apportent pas grand-chose au récit, si ce n’est une fonction narrative un peu mécanique. Cette impression est renforcée par le sentiment que certains rôles ont été attribués par affinité personnelle plus que par adéquation artistique. Un défaut fréquent dans les premiers projets de jeunes réalisateurs, et qui nuit ici à l’homogénéité du ton. Summer of '69 n’est pas un film qui cherche à plaire à tout le monde. Il assume son ton particulier, son humour parfois borderline et sa structure un peu décousue. Mais derrière cette façade, il y a une vraie envie de raconter quelque chose de sincère sur l’adolescence, sur la peur de grandir, et sur le besoin fondamental de se sentir accepté.
Certains passages traînent en longueur, d’autres tombent un peu à plat, mais l’ensemble reste plutôt plaisant à suivre. Il ne s’agit pas d’un film marquant ou révolutionnaire, mais plutôt d’un petit moment de cinéma honnête, porté par des intentions claires, même si l’exécution laisse parfois à désirer. Summer of '69 est une comédie adolescente qui prend des risques, parfois payants, parfois moins. Si le film manque de rigueur dans sa construction et souffre de quelques choix artistiques discutables, il n’en demeure pas moins une tentative honnête de revisiter un genre codifié sous un angle plus personnel.
Jillian Bell signe une première réalisation inégale, mais qui témoigne d’une envie de cinéma et d’un regard à affiner. Ce n’est pas un film inoubliable, ni un ratage complet. C’est une œuvre de transition, un essai prometteur, parfois maladroit mais porté par une certaine humanité. Et à une époque où tant de productions semblent formatées, il est toujours appréciable de voir une proposition qui tente, même timidement, de faire les choses autrement.
Note : 6/10. En bref, Summer of '69 n’est pas un film qui cherche à plaire à tout le monde. Il assume son ton particulier, son humour parfois borderline et sa structure un peu décousue. Mais derrière cette façade, il y a une vraie envie de raconter quelque chose de sincère sur l’adolescence, sur la peur de grandir, et sur le besoin fondamental de se sentir accepté
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